Reto(u)rs volontaires ou la ruse tortueuse de l’OFII

J’ai lu quelques articles, et cela a bien suffi, sur les retours volontaires des migrants vers leur pays de naissance, moyennant des soi-disant primes d’installation pouvant aller jusqu’à 5000 euros. Il existe même un site internet avec des vidéos explicatives...

https://www.retourvolontaire.fr

A la façon de produits touristiques, des agents de l’Etat font la promotion de tels retours.
Des clients de la Startup Nation contents de leur voyage en aller simple expliquent les démarches et montrent une mine épanouie, heureux de leur choix et surtout de leur nouvelle vie.
Ils partirent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants, [générique de fin]

C’est un conte et même un compte judicieux et astucieux.

Subitement je me suis retrouvé comme assis dans un avion regardant la notice explicative en cas de catastrophe aérienne (indépendante de ma volonté, je le précise car dans une dystopie à la Minority Report, cette simple phrase pourrait me valoir une nouvelle note blanche)
Je suis entouré de Jack et de Tyler Durden les protagonistes d’un de mes films favoris : Fight Club de David Fincher.

La rencontre entre Tyler et Jack © b3n0itz

Je plonge progressivement dans une réflexion de plus en plus nihiliste influencée par ce surhomme nietzschéen joué par Bratt Pitt. Pour résumer la séquence du film que d’aucuns n’aurait pas encore vue : Tyler explique à Jack, tout en tenant une valise de nitroglycérine confectionnée avec de la graisse liposucée d’américaines obèses, comment nous sommes pris pour « des veaux ».
Il se met à analyser le protocole à suivre si l’avion se met à chuter... Comment sortir les masques à oxygène et la conduite à tenir.
Tyler réussit à démontrer que si l’avion en vient à tomber, toute solution quelle qu’elle soit sera de toute évidence inefficace. Même un élève de première section de primaire pourrait comprendre le raisonnement par l’absurde.
Si l’avion en haute altitude tombe, il ne reste qu’à prier...ou crier.
Mais son analyse ne s’arrête pas là, et confirme le fait que les zélateurs de cette société de consommation nous prennent vraiment pour des décérébrés. Tyler va même au delà en pointant du doigt la grande manipulation émotionnelle qui englobe tout le fonctionnement de cette société qui nous consume.
Tyler pose à Jack la question suivante : « Comment sont représentés sur les dessins explicatifs, les personnes qui vivent l’accident, comment sont leur visage quand ils prennent le masque à oxygène, quand ils vivent le protocole alors que la carlingue est à la verticale et que la pression chute à vive allure ? »
Simple question rhétorique, la réponse, il la donnera lui-même : « détendus ».
Les auteurs de cette notice trompeuse désirent garder le contrôle, sur chaque chose aussi insignifiante soit-elle, par le biais de nos émotions et éviter l’hystérie collective ou cette longue périphrase entre tirets cadratins – névrose entraînant des convulsions douloureuses et des troubles psychiques graves comme un délire ou des hallucinations – pour ne pas froisser mes lectrices que l’étymologie du mot faisant référence à une partie de leurs atours aurait choquée, même si au final, et c’est le comble de l’absurde, le dénouement sera fatal.

Quel étranger étrangement étrange accepterait un retour volontaire vers le pays qu’il a quitté contraint et forcé pour les raisons qui lui sont propres, avec la certitude de construire un projet solide de réinsertion grâce à ses 5000 euros en poche. Toujours le visage détendu, apaisé et ressuscité par les quelques mois d’hospitalité que lui a généreusement offert la France ?

Vous donnez votre langue au chat ?
Réponse(s) : l’étranger aux yeux rouges de tristesse en manque de C10H12N2O*. L’étranger aux yeux cramoisis par la folie. L’étranger au bout de son humiliation. L’étranger dos au mur de l’incompréhension qui ne trouve aucune solution. L’étranger suicidaire qui met sa vie entre les mains de l’état Français républicain, démocratique et populaire.

Heureusement que le ridicule ne tue pas !
Sinon, je crois que la fin de l’histoire de Francis Fukuyama serait un Fukushima cataclysmique et tragicomique.

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*PS : vous vous demandez sans doute ce qu'est la C10H12N2O, non ce n'est ni la formule chimique de la nitroglycérine ni celle du napalm mais celle de la sérotonine, très à la mode chez les écrivains bretons cafardeux, en ce moment...

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