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Billet de blog 13 juin 2020

La rébellion de la génération Z.

Ma traduction personnelle de l'article de Nick TURSE (The Intercept) sur la ZEDBELLION.

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Les troupes de la Garde nationale sont postées devant le bureau du procureur lors d'une manifestation pacifique sur la mort de George Floyd le 3 juin 2020 à Los Angeles. Photo: Mario Tama / Getty Images

Des documents obtenus par @theintercept révèlent qu'un exercice militaire du Pentagone proposait un scénario dans lequel la génération Z (appelée aussi génération C (Communication Collaboration Connexion et Créativité)), poussée par le malaise et le mécontentement, lance une « Zbellion » aux États-Unis au milieu des années 2020.

Face à des manifestations composées en grande partie de jeunes, la présence des militaires étasuniens dans les rues des grandes villes a été un sujet de controverse. Mais ce n'est pas la première fois que la génération Z  — ceux nés après 1996  — fait son apparition sur le radar du Pentagone.

Des documents obtenus par @theintercept via le Freedom of Information Act révèlent qu'un exercice militaire du Pentagone, appelé Programme conjoint stratégique terrestre aérien et maritime de 2018 JLASS, proposait un scénario dans lequel des membres de la génération Z,

Rapport JLASS 2018 (exercice militaire sur la Zbellion)


poussés par le malaise et le mécontentement, lançaient une « rébellion » en Amérique au milieu des années 2020.
Le complot de la Zbellion était une petite partie de JLASS 2018, qui présentait aussi des scénarios impliquant des militants islamistes en Afrique, des extrémistes anticapitalistes et des successeurs de l'Etat Islamique. L'exercice militaire a été mené par des étudiants et des professeurs des collèges de guerre de l'armée américaine, terrain d'entraînement des futurs généraux et amiraux.

Bien qu'il ne soit explicitement pas une estimation du Renseignement national, l'exercice militaire, qui couvre la période allant jusqu'à début 2028, est « destiné à refléter une représentation plausible des principales tendances et influences dans les régions du monde », selon plus de 200 pages de documents.

Selon le scénario, de nombreux membres de la génération Z — marqués psychologiquement dans leur jeunesse par le 11 septembre et la grande récession, écrasés par la dette des collèges et désenchantés par leurs possibilités d'emploi — ont renoncé à leurs espoirs de vivre bien et croient que le système est ligué contre eux. Voici comment les origines du soulèvement sont décrites :


Les attaques terroristes du 11 septembre et la Grande Crise ont grandement influencé les attitudes de cette génération aux États-Unis et ont créé un sentiment de déstabilisation et d'insécurité parmi la génération Z. Bien que les Millénials aient vécu ces événements pendant leur majorité, la génération Z les a vécu dans le cadre de son enfance, affectant leur réalisme et leur vision du monde, beaucoup se sont retrouvés coincés avec une dette de prêts étudiants excessive quand ils ont découvert que les options d'emploi ne répondaient pas à leurs attentes.

La génération Z est souvent décrite comme recherchant l'indépendance et l'opportunité, mais elle est également parmi les moins susceptibles de croire qu'il existe une chose telle que le « rêve américain » et que le « système est truqué » contre eux. Se voyant souvent comme des agents du changement social, ils ont soif d'épanouissement et d'excitation dans leur travail pour aider à « faire avancer le monde ». Malgré les compétences technologiques qu'ils possèdent, la génération Z préfère en fait le contact de personne à personne plutôt que l'interaction en ligne. Ils se décrivent comme étant impliqués dans leurs communautés virtuelles et physiques, et comme ayant rejeté le consumérisme excessif.


Début 2025, un groupe de ces Zoomers mécontents lancent un mouvement de protestation. Commençant dans « les parcs, les rassemblements, les manifestations et les cafés » — d'abord à Seattle ; puis New York ; Washington DC. ; Los Angeles ; Las Vegas ; et Austin — un groupe connu sous le nom de Zbellion lance une « cyber-campagne mondiale pour dénoncer l'injustice et la corruption et soutenir les causes qu'il juge, bénéfiques ».

Lors du recrutement en face-à-face, les membres potentiels de la Zbellion reçoivent des instructions pour se rendre sur des sites du dark web qui leur permettent d'accéder à des logiciels malveillants sophistiqués afin de siphonner les fonds des sociétés, des institutions financières et des organisations à but non lucratif qui soutiennent « l'Établissement ». Les gains sont ensuite convertis en Bitcoin et distribués à des « dignes destinataires », y compris les autres membres de la Zbellion qui réclament un besoin financier.

Le leadership de la Zbellion, dit le scénario, assure à ses membres que leur redistribution des richesses à la Robin des Bois n'est pas seulement traçable par les forces de l'ordre, mais « finalement justifiable »,car les cibles sont sélectionnées sur la base d'un « sondage sécurisé » des «délégués du réseau». Bien que ses origines soient américaines, à la fin des années 2020, les activités de la Zbellion se produisent également à travers l'Europe et les villes à travers l'Afrique,l'Asie et le Moyen-Orient, y compris Nairobi, Kenya ; Hanoi, Vietnam et Amman, Jordanie.

Dans le monde du JLASS 2018, les membres les plus militants de la génération Z ont essentiellement choisi de taxer en privé, les grandes sociétés et autres institutions pour lutter contre les inégalités de revenus ou, comme le disent les stratèges de guerre, utiliser le « cyber-monde pour lancer un appel à l'#anarchie ».

L'exercice du JLASS émerge dans le contexte où le Pentagone joue un rôle controversé et visible dans les manifestations nationales en cours contre le racisme et la brutalité policière aux États-Unis.
Des unités de la Garde nationale ont déjà été déployées à divers endroits, et certaines forces militaires en service actif ont été envoyées par l'administration Trump dans la région de Washington DC.

« Je pense que plus tôt vous vous masserez et dominerez l'espace de combat, plus vite cela se dissipera et nous pourrons revenir à la normale », a déclaré le secrétaire à la Défense Mark Esper plus tôt cette semaine lors d'une téléconférence qui a aussi vu le président Donald Trump ridiculiser les gouverneurs américains pour leur réponse « faible » aux protestations contre le meurtre de #GeorgeFloyd. Trump a même déclaré qu'il avait mis le gén. Mark Milley, le n°1 des chefs d'état-major interarmées, « en cause »

Plus tard dans la journée, après que les forces de sécurité ont chassé des manifestants et des membres du clergé de Lafayette Square à Washington DC avec des gaz lacrymogènes, Milley, vêtu en tenue de combat, a suivi Trump, le proc. général William Barr, Esper et d'autres personnes pour une séance de photos fermement condamnée devant l'église épiscopale de St. John's. Cela s'est produit dans le contexte de menaces d'employer des militaires en service actif pour réprimer avec force les manifestations, et le déploiement d'unités de réaction rapide de la 82ème Division aéroportée dans des bases juste à l'extérieur de Washington DC.

Avec des amiraux et des généraux à la retraite, Trump — et dans une moindre mesure Esper et Milley — condamnés de longue date pour les violations des normes dans les relations civilo-militaires,il convient de considérer comment les stratèges de guerre du Pentagone ont choisi de concentrer l'attention des militaires sur une génération qui manifeste maintenant pacifiquement dans les rues de l'Amérique.

Article original : Nick Turse (The Intercept)

Traduction : ᔤᕨᘘᖶᓲᕩᖇ ᗸᗅᖶᖶᗩᘙᖶ ᖽᐸᕬᙢᕦᒪ ᗬᕱᘎᘮᗪᓲ

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