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Billet de blog 19 mars 2020

En marche vers une assignation à résidence massive de la population française?

J'ai longuement hésité avant de vous livrer mes quelques réflexions. Je ne suis pas plus légitime qu'un autre pour le faire. Pourtant ma sensibilité après 12 ans d'assignation à résidence m'oblige à partager avec vous ces quelques idées intimes.

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J'ai longuement hésité avant de vous livrer mes quelques réflexions sur ces quelques tweets. Je ne suis pas plus légitime qu'un autre pour le faire. Pourtant ma sensibilité après 12 ans d'assignation à résidence m'oblige à partager avec vous ces quelques idées intimes. Je ne sais pas où je vais et peut-être que mes phrases seront confuses, imprécises, brumeuses mais je me lance quand même. Au pire, il suffira d'effacer ces quelques tweets d'un clic.

Capture d'écran du film : les fils de l'Homme d'Alfonso Cuarón

Lorsque j'ai appris la nouvelle, j'étais dans un café associatif en train de regarder un spectacle sur l'expérience de 2 personnes dans une communauté autogérée. A l'entracte, un responsable annonça que désormais tous les lieux ouverts au public devaient fermer à minuit.
Je m'enquis auprès de la personne qui avait annoncé la nouvelle pour lui demander s'il s'agissait d'une mesure suite à un événement particulier de la soirée qui aurait justifié cette décision. Il me répondit que non, il s'agissait simplement d'une mesure liée au coronavirus.


Durant l'entracte quelques personnes discutaient, certaines de la pièce, d'autres de la nouvelle. J'entendais quelques bribes de conversations inquiétes, quelques couplets à tonalité complotiste sur un virus échappé d'un laboratoire, d'autres qui prenaient cela avec légèreté.
Devant moi-même revenir avant 21h00 à mon domicile, je décidai de m'acheter un sandwich comme pour conjurer le sort comme si ce geste anodin prenait presqu'un air de défiance. J'entendais les commentaires des gens autour de moi répétant la nouvelle comme pour s'en convaincre.


Je vis dans une petite ville de province (Aurillac). On a vite fait de quitter le cœur de la ville pour se retrouver seul à entendre ses propres pas résonner et rythmer tel un métronome ses pensées fugitives qui se résumaient à cette antienne : « jusqu'à nouvel ordre. »


Je sais plus que quiconque ce que signifie cette phrase. Le nouvel ordre après une mesure bâillonnant une liberté publique n'est jamais le même après qu'avant. Le cliquetis de ce qu'on appelle l'effet cliquet produit le même effet que celui du chien de la roulette russe.
Tout aussi métallique. Tout aussi stressant. Tout aussi suffocant. L'effet cliquet d'une mesure privative de liberté ne vous ramène jamais a l'ante statu quo. Il vous conduit à coup sûr vers une fuite en avant vers un état de sidération puis d'acceptation.


On se retrouve comme une grenouille dans une marmite pleine d'eau mijotant jusqu'à ébullition. La température monte doucement mais sûrement. On se complaît dans ce jacuzzi improvisé jusqu'à être ébouillanté. De retour chez moi, je regarde les commentaires sur Twitter.
Deux choses me sautent aux yeux : la discrimination entre les activités utiles à la vie de la Nation (parmi lesquelles le vote aux municipales et la consommation) et les préoccupations nombrilistes de tout un chacun pour acclimater son futur confinement volontaire.


Ainsi le coronavirus est assez dangereux pour empêcher aux gens de s'enjailler après une épuisante semaine de travail mais pas assez dangereux pour se confiner dans un bureau de vote et donner le quitus de sa servitude volontaire à un prévôt qui s'empressera de vous trahir aussitôt les urnes dépouillées du peu de crédibilité qu'il reste à la démocratie.
Le coronavirus est assez dangereux pour créer une bulle sanitaire autour de vous réduisant chaque quidam à une menace potentielle mais pas assez pour faire de vous un citoyen consommateur responsable touché par une fièvre acheteuse, tout juste utile à résorber compulsivement le point de croissance que cette pandémie risque d'annihiler.


Pour tenter de m'en ôter le doute, je fais défiler les tweets. Et je ne peux que constater comment tout un chacun essaie contre mauvaise fortune, bon cœur, d’exhiber ses futurs réserves stratégiques de victuailles, de spiritueux à coup de selfies. Comme si chacun avait la préscience qu'un ancien monde s'achevait et qu'un autre se dessinait jusqu'à nouvel ordre. Un ordre décidé d'en haut.


Alors, oui me direz-vous il y a urgence. Ce coronavirus est dangereux. Il vaut mieux prévenir que guérir... Soit tout cela est audible mais une chose est sûre : quand un pouvoir a une opportunité d'asseoir son emprise, il le fait avec le plus grand empressement.
Une phrase de l'allocution du PR résonne encore dans ma tête : nous tirerons toutes les leçons de cette situation. En 3 mois, cette merveilleuse expérience de confinement, de désocialisation à bas bruit, de paranoïa low cost est une occasion rêvée pour un pouvoir moribond.


Cette expérience de Nation rebuilding (mais pas en Afghanistan ou au Mali) mais ici chez nous va laisser des traces. Et des ministres d'y aller de leur couplet. « On pourrait faire des tests de traçage avec de l'IA et de la reconnaissance faciale. », « On pourrait tester le télétravail à grande échelle. » et j'en passe et des meilleures.
Je vous rappelle qu'une nouvelle mouture de la loi Surveillance Intérieure et Lutte contre le Terrorisme est sur la table. Elle passera comme une lettre à la poste comme la précédente. Les gens seront trop préoccupés à ne pas figurer parmi les victimes du virus tueur.


J'aimerais me tromper, vous dire que tout cela sera un mauvais souvenir, que notre vie reprendra comme avant. Mais malheureusement mon expérience personnelle m'oblige à vous dire que l'on finit par se raccrocher à des miettes de liberté comme un condamné à mort qui égrène les derrières minutes qui le séparent de son exécution en profitant de chaque instant de vie dans les couloirs de la mort. Les foules fougueuses n'obéissent plus, alors on ressort les vieilles recettes.


Et la peur irrationnelle est le sentiment le plus facile à manipuler, le temps d'ajuster quelques nouvelles techniques de contrôle social mâtinées de technologies de contrôle et de surveillance rutilantes. Mais d'ici là nous aurons perdu encore un peu de notre liberté.
Nous aurons bradé un peu plus de notre libre-arbitre. Et quand le coronavirus ne sera plus qu'un mauvais souvenir, nous regretterons déjà, la mort dans l'âme, le temps d'avant le nouvel ordre, le temps où nous jouissions d'un peu plus de liberté.

Merci de m'avoir lu. Bonne nuit.

Publié originellement sur Twitter le 14 mars 2020

Fil Twitter du 14 mars 2020

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