Coronapolice, vos papiers !

Extrait de l'émission : Les amis d'Orwell — Fréquence Paris Plurielle (en abrégé : FPP), 106,3 MHz. Émission du 24 avril 2020, Regards croisés sur l’assignation à résidence : celle imposée par la crise covid-19, et celle organisée par le régime antiterroriste, qui a rendu possible l’assignation à résidence perpétuelle de personnes ayant pourtant purgé leur peine.

L’assignation à résidence, je la subis nuits et jours depuis plus de douze ans. Je dois toujours pointer au commissariat de police deux fois par jours, toute la semaine et toute l’année. Mon lieu de résidence peut changer à tout moment, au bon vouloir du ministre de l’Intérieur.

Poursuivi en septembre 2001 pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » puis condamné en appel à 6 ans de prison ferme accomplis intégralement et déchu de la nationalité française, l’État français décide de m’expulser vers l’Algérie (que j'ai quitté à l'âge de 5 ans). Cette mesure a été annulée par la Cour européenne des droits de l’homme. Pourtant, depuis douze ans je suis maintenu sous surveillance constante, en attente de trouver un « pays d’accueil ». Mon lieu d’assignation ne tient aucun compte de ma vie de famille (je suis marié et j'ai 3 enfants), qui vivent aujourd’hui à 250 km de chez moi.

L'état d’urgence sanitaire comme le régime antiterroriste obéissent à la même logique : la loi d’exception qui a tendance à s’installer dans le droit commun et devenir la règle générale.
(émission complète : Les amis d'Orwell, 24 avril 2020)

Coronapolice, vos papiers ! © Kamel Daoudi

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