Portugal – Des militants antiracistes et leurs familles ont 48h pour quitter le pays

Après une parade digne du « Ku Klux Klan », une organisation d’extrême droite menace plusieurs militants. Depuis le meurtre, le 25 juillet dernier, d’un jeune comédien Noir, les exigences de justice irrecevables dans un pays au passé colonial et raciste soigneusement caché.

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C’est à une parade digne du « Ku Klux Klan » qu’un groupe de nationalistes portugais, dénommé « Résistance nationale », s’est livré samedi dernier au siège de SOS Racismo à Lisbonne.

Profitant de la torpeur de l’aube caniculaire de ce samedi 8 aout, une douzaine de manifestants, portant masques blancs, ont défilé pendant quelques heures pour réaffirmer leur patriotisme et ainsi menacer les militants antiracistes portugais.

Et c’est sur le réseau social Facebook que ce groupe a revendiqué cette manifestation aux flambeaux dont le choix symbolique, du jour 8/8, fait inévitablement référence aux mouvements fascistes fascinés par le chiffre faisant penser au double H, huitième lettre de l’alphabet, renvoyant au slogan « Heil Hitler ».

SOS RACISMO

L’organisation antiraciste, SOS Racismo qui avait d’ailleurs vu sa façade taguée de slogan haineux, « guerre contre les ennemis de ma race », en juillet dernier, a décidé de porter plainte, décrivant l’action comme un « défilé du Ku Klux Klan » et ses experts juridiques préparent une plainte pour menaces à l’intégrité physique, infractions morales, dommages matériels et incitation à la haine et à la violence. 

Le jeune parti portugais Livre, dont plusieurs membres sont aussi visés, ne s’y est pas également trompé dénonçant par communiqué des « images qui circulent de cet événement choquent et montrent que notre pays n’est pas à l’abri de la propagation de la graine du fascisme et des nationalismes qui refont surface dans différentes parties de l’Europe ».

« QUITTER LE TERRITOIRE NATIONAL DANS LES 48 HEURES »

Surenchérissant, ce nouveau groupe d’extrême droite a fait parvenir un courriel à une dizaine de personnes convoquées à quitter le « territoire national dans les 48 heures », d’annuler « leurs fonctions politiques » et si ce « délai est dépassé, des mesures seront prises contre ces dirigeants et leurs familles afin d’assurer la sécurité du peuple portugais. Août sera le mois de la lutte contre les traîtres de la nation et de ses partisans. Août sera le mois de la ré-érection nationaliste. »

Parmi eux, les députés Beatriz Gomes Dias, Mariana Mortagua (bloc gauche) et Joacine Katar Moreira (adjointe non inscrite), Mamadou Ba, leader de SOS Racismo, Danilo Moreira, syndicaliste, Jonathan Costa et Rita Osório, le front antifasciste unitaire, Vasco Santos, le Mouvement socialiste alternatif, Melissa Rodrigues, et Luis Lisboa.

kkk

Pour l’un des dirigeants de SOS Racismo, Mamadou Ba, "C'est une escalade. C'est une chose d'organiser une manifestation dans l'espace public où ils prennent une position politique contre l'antiracisme, ce qui est inacceptable dans une démocratie, mais élire une organisation antiraciste comme cible à abattre, proférer des menaces de mort et, non content, faire un défilé militaire à la manière du Ku Klux Klan dépasse toutes les limites de la confrontation idéologique »

Ce terrorisme politique, qui se renouvelle dans le pays européen le plus amnésique sur son histoire coloniale, esclavagiste et raciste, rappelle les minutes interminables de l’agonie de l’Afro-américain George Floyd et la froide détermination de l’assassin du jeune Noir portugais, Bruno Candé Marques, qui soutiendra lors de son interrogatoire que « Des comme lui, j’en ai tué beaucoup en Angola ».

A L’ORIGINE DE LA COLONISATION DE L’AFRIQUE

Le Portugal, à l’origine de la conquête de l’Afrique, première nation européenne à commencer la traite et l’esclavage des noirs, pays chez qui ce crime contre l’humanité a été le plus massif et le plus durable, déportant des centaines de milliers d’africains à Lisbonne dés le 16e siècle, en faisant la ville européenne où il y avait le plus de Noirs à l’époque, exportant prés de 5 millions d’africains au Brésil, colonisant et soumettant au travail forcé plusieurs peuples d’Afrique dont l’Angola quatre fois plus grand que la Lusitanie (ancien nom du Portugal) et résistant jusqu’aux derniers et tragiques moments au mouvement de décolonisation et à la volonté d’émancipation des peuples africains, il faut attendre 1975 pour que toutes les colonies africaines portugaises accèdent à une indépendance que les colonies françaises et anglaises acquièrent dans les années 60, reste un pays qui marine à l’étouffée !

Nullement honteuse de la genèse de sa prospérité coloniale, le Portugal, à force de se cacher derrière sa pauvreté contemporaine, ignore tout le mouvement des droits humains et de reconnaissance du passé colonial européen et livre ses ressortissants africains et ses militants antiracistes aux monstres.

Karfa Sira DIALLO

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