Vidéo – Chez le «père des Antilles françaises», Pierre Belain d’Esnambuc

Indifférente à la fièvre que déclenche le rejet de son œuvre aux Antilles depuis quelques mois, Allouville-Bellefosse perpétue le culte de Pierre Belain d'Esnambuc.

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Voyage à Allouville-Bellefosse, sur les terres normandes du premier colonisateur de la Martinique.

Présenté dans son village comme « le père des Antilles françaises », Pierre Belain d’Esnambuc est le marin qui a conduit l’installation de la colonie française en Martinique en 1635. Il mourra deux ans après. Il est l’artisan de la conquête du territoire, de l’évangélisation et de l’extermination des amérindiens et des prémisses de la déportation des africains sur les terres antillaises.

Sa statue, érigée en 1935 à l’occasion du tricentenaire du début de la colonisation en Martinique, a été déboulonnée le 26 juillet dernier par des activistes martiniquais qui le poursuivent de leur courroux depuis plusieurs décennies. En effet, après des tentatives régulières d’incendies, d’arrachages et de barbouillages, les militants martiniquais n’auront pas attendu les résultats de la commission installée par le maire de Fort de France pour statuer sur les symboles de la colonisation dans la ville.

Depuis le 22 mai, la Martinique est secouée par une énorme contestation des symboles de la colonisation sur fond de crises sociales et sanitaires auxquelles la population est soumise.

Du 7 au 9 aout 2020, en déplacement au Havre pour diverses activités liées au travail de mémoire sur l’esclavage et la traite des noirs, une délégation de Mémoires & Partages est allée dans le village de naissance du premier colonisateur de la Martinique pour constater la vénération dont il fait encore l’objet.

A Allouville-Bellefosse, village de 1 500 habitants à une cinquantaine de kilomètres du Havre, c’est d’abord à l’Eglise que commence l’évocation orgueilleuse de Pierre Belain d’Esnambuc qu’on voit sculpté dans une posture dominatrice sur un tableau prés d’une caravelle qui accoste sur une rive où deux femmes indigènes, représentées dans une mine lascive et soumise, la tête basse, ne peuvent que se plier à la volonté d’un homme dont la main ferme semble tenir l’Ile qu’on aperçoit, avant de « la donner » à la France.

Fière de cette oeuvre, la commune de naissance a aussi donné le nom du fils prodigue à une rue. Et dans le bar, le seul du village, le culte se poursuit autour d'une proposition alléchante d’un « Belain d’Esnambuc », sorte de punch à la mode du pays. Au mur, une affiche représentant  un visage de femme noire, la tête ceinte d’un madras, clôture le tableau exotique en invitant à la fête, à l'exotisme d'Iles que le marin aura rendu familières aux enfants du pays.

Edité lors des 400 ans de la naissance de Belain d’Esnambuc (en mars 1985), un livret nous a été gentiment offert par la tenancière du bar dont notre propension au punch a surement endormie la méfiance. 

Ce livret, consacré à la description de la vie trépidante du marin, n’omet pas le terrible crime contre l’humanité, même si cette qualification juridique n’apparait pas dans le texte, que le "Père des Antilles Françaises" va entrainer à sa suite. En effet, allant au-delà de la vie de Desnambuc, il aborde la traite des noirs et l’esclavage, le nombre d’esclaves déportés, le mécanisme d’un système qualifié « d’entreprise commerciale des plus odieuses » qui « déracina plusieurs millions de femmes et d’hommes » considérés comme « meubles ». Sur au moins 4 des 26 pages du livret, on perçoit la volonté de ses rédacteurs, « association Pierre Belain d’Esnambuc », de complexifier, malgré la vénération palpable, la figure de ce fils du pays.

En visite dans le village ce 8 aout 2020, Karfa Sira Diallo et Anaïs Gernidos, présidente de la nouvelle association « Havre – Mémoires & Partages », ont échangé avec le maire de la ville et livrent leurs impressions sur ce périple édifiant.

(Pardon pour la petite coquille de date sur la vidéo : comprendre 8 aout 2020 !)

A Allouville-Bellefosse, chez le " père des Antilles françaises ", Pierre Belain d'Esnambuc © Mémoires Partages

 

 

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