Philippe Poutou, un candidat pour faire rêver Bordeaux

La désignation du syndicaliste comme tête de liste d’une coalition de gauche fait respirer une démocratie bordelaise coincée par des apparatchiks dépassés par une réalité politique et sociale qui n’a jamais été aussi mouvante.

78385169-10221269196858228-3236497014199943168-o
Ce mardi soir, la votation citoyenne a bien failli capoter. Et il aura fallu tout le sens des responsabilités des promoteurs de cette alliance pour arriver à conclure un accord historique.

Pour la première fois, les formations dites d’« extrême gauche », NPA, LFI et la coalition « Bordeaux Debout » se sont mis d’accord pour soutenir une liste commune, dirigée par Philippe Poutou, qui devra représenter une gauche bordelaise désarçonnée par la quasi-disparition du Parti socialiste et la cécité politique des écologistes.

Deux fois candidat aux élections présidentielles (2012 et 2017) qui, si elles l’ont propulsé sur la scène nationale n’ont pas réussi à en faire un candidat sérieux au niveau local, Philippe Poutou a, néanmoins gagné une crédibilité certaine depuis les combats syndicaux menés pour sauver l’Usine Ford Aquitaine Industries. Sa maîtrise des dossiers et les alliances qu'il a su mener avec les élu-e-s de droite et de gauche l'ont incontestablement responsabilisé.

Si sa dernière candidature aux municipales bordelaises de 2014 est passée inaperçue, depuis le syndicaliste, sans jamais renier ses premières appartenances, s’est ouvert aux autres forces sociales et politiques avec tellement de constance et de détermination que son absence dans le scrutin municipal était redoutée par nombre d’observateurs et de citoyennes.

C’est que Bordeaux, ville dont la colère a été une des plus retentissantes lors du mouvement des Gilets Jaunes, au point d’arriver à en chasser son ancien omnipotent maire, Alain Juppé, risque de tomber dans des escarcelles amnésiques et sourdes aux nouvelles aspirations d’une population excédée par un développement urbain non maîtrisé et des élites claniques.

Comment la 2e ville où le mouvement des Gilets Jaunes a été le plus intense pouvait ne pas donner une voix à tous ces sans-voix ? Comment se pouvait-il qu’aucun candidat ne puisse représenter ce mouvement social et politique ? Comment une telle attente politique de justice sociale pouvait-elle se suffire de l’insuffisante offre politique des candidats d’un système contesté ? Qui mieux que Philippe Poutou pouvait prendre la tête d’une telle espérance ? Qui mieux que la coalition « Bordeaux Debout » pouvait en avoir l’intelligence et la générosité d’en prendre l’initiative ?

Soutenue par la France Insoumise, dont l’efficace député Loïc Prudhomme, pourtant crédité d’un pourcentage sérieux sans s’être déclaré, a préféré se consacrer à un mandat national rempli avec détermination, cette nouvelle offre des municipales bordelaises va éclaircir une scène politique gangrenée par des accords d’appareils déjà parsemés de victimes.

L’espérance à laquelle Philippe Poutou a appelé ses camarades du NPA, dont on sait et la pugnacité et les réserves en termes d’ouverture, est forte d’une image positive du syndicaliste de la CGT dans toutes les couches de la société bordelaise.

Des quartiers Nord de Bordeaux où filles et fils d’ouvriers d’ici ou d’ailleurs végètent dans un chômage endémique aux nouvelles zones d’habitat de la Bastide où les rythmes de construction d’immeubles s’accélérent, partout Philippe Poutou est reconnu comme celui qui sait exprimer avec justesse le malaise social d’une population française excédée par un régime politique incapable d’offrir une alternative d’équité.

Un challenge que Philippe Poutou a, désormais, tous les moyens d’atteindre par la constitution d’une liste ouverte aux bordelaises et bordelais. Mais aussi par le sérieux d’un programme de candidature qui devra s’éloigner des vieux poncifs de l’extrême gauche pour offrir de réelles solutions et un espoir d’intégration et d’épanouissement dans cette ville qui continue de faire rêver.

Karfa Sira DIALLO

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.