Pourquoi le Black History Month célèbre Pierre Cherruau ?

Pour sa clôture le 29 février, le Black History Month Bordeaux récompense à titre posthume un journaliste dont l’essentiel du travail a porté sur les mondes africains.

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Mort en 2018 sur les côtes bordelaises, la veille de son 49e anniversaire, alors qu’il portait secours à son jeune fils, Pierre Cherruau aura marqué le journalisme en Afrique durant son trop court passage sur terre. Sa disparition brutale est un véritable choc et une émotion partagée dans les milieux intellectuels et journalistiques.

Toujours chaussé de basket, de Dakar à Paris, une fausse timidité cachée sous l’apparente bonhomie qu’il dégageait, Pierre Cherruau finira sa vie sur les cotes françaises qui auront le plus conversé, pour le meilleur et le pire, avec les peuples africains.

Avalé par une Atlantique encore gourmande de jeunes vies africaines. Sur ces côtes bordelaises qui auront vu grandir ce natif du Nord de la France que le défunt père, journaliste et co-fondateur du club de la presse de Bordeaux, installe, avec toute la famille dans le Sud-Ouest.

Formé à Sciences-Po Bordeaux qu’il quittera vite pour Paris et l’Afrique où il fonde sa propre famille et dont il fait de l’actualité sa croix, Pierre Cherruau n’a eu de cesse de faire des allers-retours entre deux mondes que sa curiosité, sa lucidité, son talent et son amour savaient unir par-delà les frontières, les histoires et les contraintes géopolitiques.

S’il s’unit au Sénégal par les liens sacrés du mariage, il continuera de parcourir le continent. Des Afriques Lusophones aux Afriques Anglophones en passant par les Afriques Ibériques, il s’investit, corps et âmes, dans une production intellectuelle et journalistique pour comprendre et partager la vitalité d’un continent dont il aimait reprendre la citation de l’écrivain suédois Henning Mankell : « Avec les médias, on sait comment les Africains meurent mais pas comment ils vivent. »

En Guinée-Bisssau à la recherche des nouvelles routes de la drogue, au Mali et en Cote-d’Ivoire, pour rendre compte des élections, à Bordeaux pour la mémoire de l’esclavage, au Nigéria pour l’héritage culturel et politique de Fela, Pierre habite le territoire d’un peuple dispersé qu’il n’aura de cesse de réunir autour de la vérité et de la culture. Respectant ses interlocuteurs, du diplomate au mendiant, de l’homme politique à l’activiste, opiniâtre et apte à la remise en cause, Pierre réhabilite le peuple des exclu-e-s des sociétés africaines et afro-diasporiques.

S’écartant des sentiers battus par des expatriés européens à la recherche soit d’exotisme soit de confort, Pierre Cherruau a chaussé des baskets qu’aucune mémoire ne saurait clôturer et coure vers l’intérieur du continent.

En lui décernant son 3e prix « Mémoires Partagées », le Black History Month Bordeaux récompense d’abord un fils de Bordeaux. Mais surtout un journaliste hors pair dont l’œuvre participe à la connaissance, à la défense et au respect de l’Afrique et de ses descendants.

Le 29 février 2020, en partenariat avec le Club de la presse de Bordeaux, Mémoires & Partages décerne le prix « Mémoires Partagées » à Pierre Cherruau.

Une table-ronde « Journalisme et question noire » sera animée par les journalistes et écrivains Renaud Dély, Marcus Boni Teiga, Aurélie Bambuck et Eugène Ebodé.

Le prix « Mémoires Partagées » a pour vocation de récompenser des personnalités, qui s’attaquent aux sources du racisme et des exploitations : fondamentalismes religieux, colonialisme, discriminations fondées sur la race, la nationalité, la religion ou le sexe. En 2017, le prix avait été décerné au leader Mauritanien Biram Dah Abeid. En 2018, c’est la militante contre l’excision Halimata Fofana qui a été primée.

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