Le président Maduro est – il chauve ? La réponse est donc non. Mais les raisons du non divergent. La première raison possible est qu’ il n’est effectivement pas chauve, il suffit de le constater de visu, en ce moment c’est très facile il est sur tous les écrans. La deuxième raison est qu’il n’est plus président, donc il ne peut pas être un président chauve ou de chevelure clairsemée ou de coupe franciscaine. C’est un peu comme dire que Pegase n’a pas d’ailes, évidemment qu’il ne peut pas avoir d’ailes puisqu’il n’existe pas.
Et ce qui devient intéressant c’est que ces deux lectures du non vont révéler votre sensibilité politique. Par exemple, si vous êtes plutôt typé souveraineté nationale, traités internationaux, etc…, c’est à dire si vous faites preuve d’un certain angélisme géopolitique, alors vous privilégierez la première justification du non. Vous direz « Le président Maduro n’est pas chauve puisque je vois bien qu’il n’est pas chauve ». Le fait qu’il soit président ou pas n’a alors aucune importance. Ce n’est pas un critère conditionnant votre jugement. Et ce n’est pas non plus un critère devant justifier aucune décision de qui que ce soit. Il se trouve qu’il n’est pas chauve, et cela ne se décrète ni par oukaze ni par un tweet.
Mais si vous êtes plutôt versé impérialisme, grand récit national, bref si vous êtes plutôt hostile au monde apaisé, alors vous privilégierez la seconde lecture du non. C’est-à-dire vous direz « le président Maduro n'est pas chauve, parce qu’il n’y a plus de président Maduro ». Puisqu’il n’est plus président, il ne peut pas être un président chauve de surcroit. Ce n’est pas le fait qu’il soit chevelu qui vous convainc, c’est le fait qu’il ne soit plus président. Les attributs d’un président Maduron ne peuvent exister que s’il existe quelque part un président qui s’appelle Maduro. Chauve ou pas, il faut bien qu’il y ait un crâne pour supporter tout ça.
Une telle nuance semble bien anecdotique au vu des enjeux qui se jouent en ce moment. Mais il s’agit d’une question qui a longtemps animé les débats entre logiciens. Car il y avait un problème jugé sérieux à l’époque. Ce problème était le suivant. A-t-on le droit de poser comme question « le président Maduro est – il chauve ? » s’il n’y a plus de président Maduro en exercice ? Pour certains logiciens, la réponse fut non. Poser une telle question est vide de sens. La réponse n’est ni oui ni non, il n’y a pas de réponse possible car la réponse est récusée pour cause de vice de forme syntaxique. Evidemment, cela n’empêche pas Maduro d’être chevelu. Mais cela vous interdit de le prouver en quelque sorte.
Heureusement Bertrand Russell, philosophe logicien et artisan démolisseur de la théorie des ensembles, parvint à résoudre le problème. Il découpa la question « le président Maduro est – il chauve ? » en 3 sous – questions, la première conditionnant la deuxième, puis la troisième.
1. Existe-t-il un président Maduro ?
2. Ce président est – il unique ?
3. Cet unique président Maduro est - il chauve ?
Si vous répondez non dès la première sous - question, c’est-à-dire « non il n’existe pas de président Maduro »,alors inutile d’aller plus loin. La réponse sera non pour les 2 autres. En effet s’il n’existe pas (plus) de président Maduro, alors par déduction il ne peut pas être unique (2), et il ne peut pas être chauve non plus (3). Ouf. La question « le président Maduro est – il chauve » n’est plus vide de sens. Et sa réponse est non. Le bon sens est sauvé. C’est déjà ça.