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Billet de blog 8 avril 2023

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Penseur à la sauvette

Insupportable. On ne peut plus déambuler tranquillement sur les écrans de nos smartphones, tablettes ou téloches, sans qu’un penseur à la sauvette tente de nous refiler sa camelote, une opinion bon marché qui ne tient pas debout.

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Le penseur à la sauvette, c’est exactement le même principe que le vendeur à la sauvette. Quelqu’un qui essaie de vous vendre de la contrefaçon, à bon prix. Et ça peut le faire ! car de loin on y voit presque que du feu. Il faut se rapprocher un peu, ou bien être un initié pour remarquer les défauts. A moins qu’on laisse faire le temps qui finira bien par éprouver le produit plus vite que l’original.

Le penseur à la sauvette utilise donc les mêmes ficelles que son confrère, le vendeur à la sauvette. Sauf que le penseur à la sauvette ne tente pas de vous vendre des produits mais des pensées, bon marché. Des raisonnements un peu bancals mais qui tiennent la route un moment. Jusqu’à ce que qu’ils finissent par se déliter avec le temps, le bon sens finissant le plus souvent par éprouver la pensée foireuse du penseur à la sauvette.

Penseur et vendeur à la sauvette appartiennent donc à la même catégorie socio- professionnelle. Sauf que le penseur à la sauvette bénéficie d’un traitement de faveur. En effet, lui peut vendre sa pensée mal ficelée sur tous les supports médias, alors que le vendeur à la sauvette sera embarqué manu militari par la police s’il se fait attraper en plein exercice. Pourquoi une telle injustice ?

Peut être parce que le penseur à la sauvette a pris une envergure particulière seulement récemment, alors que le vendeur à la sauvette existe depuis fort longtemps. Peut - être n’est ce qu’une question de temps avec que l’on réserve le même traitement au penseur à la sauvette ? Et qu’on interdise alors n’importe qui de raconter n’importe quoi n’importe où ? Attention ! Terrain miné. Il faut marcher sur du velours avec la liberté d’expression, même celle des abrutis.  

Ainsi, les penseurs à la sauvette sont le prix à payer pour que d’autres penseurs puissent s’exprimer eux aussi. C’est comme ça. On ne peut pas toujours savoir à l’avance si ce qui va être dit est digne d’intérêt, débile, ou horrible. Il faut laisser parler avant que de choisir de ne pas écouter... C’est mal foutu, mais ce n’est pas moi qui ai fait les lois de la physique : le son n’arrive aux oreilles qu’après avoir été produit, de même que les mots ne sont lus qu’après avoir été écrits.

Notre seule parade est le bon sens, lui seul peut nous permettre de distinguer le penseur à la sauvette du penseur tout court. Bon, à force on finit par les reconnaitre, la plupart en tous les cas. Mais pas tous il est vrai. Il faut dire qu’ils sont tellement nombreux, et parfois très malins, hostiles mais pas débiles. Certains apparaissent même en tête de gondole, en haut de la pile des algorithmes, ou en chroniqueur régulier de plateau télé. Ils sont forts.

Les penseurs à la sauvette n’ont pourtant pas grand-chose à dire mais il semblent le dire mieux que les autres. Manifestement, ils font preuve d’une certaine forme d’imagination, qu’ils préfèrent renommer intuition. Il parait qu’un gars (Henry Bernstein, dramaturge) a dit un jour que l’intuition c’était de l’intelligence qui faisait des excès de vitesse. Je pense que s’il vivait encore, il dirait plutôt que l’intuition c’est aussi de la sotte pensée qui fait des excès de vitesse, et que c’est pire car c’est sous l’emprise de raisonnements foireux.

« Le sublime est en bas, souvent la fange est lustre », Victor Hugo.

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