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Billet de blog 10 mars 2024

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Impôt cible ?

Le gouvernement a beau tourner autour du pot. L’inaudible impôt finira probablement par s’imposer comme le seul choix possible s’il veut atteindre tous ses objectifs pour les années à venir.

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Au départ, l’Etat a le choix des armes pour atteindre ses objectifs. Soit il s’endette, soit il réduit ses dépenses, soit il augmente les impôts. Puis l’exercice du pouvoir l’invite rapidement à procéder par élimination. D’abord, il y a l’endettement qu’il récuse d’office pour cause de vertige. Puis il y a l’impôt rendu confiscatoire pour cause d’inflation. Ne reste que les dépenses qu’il faut donc réduire, mais lesquelles ? Là encore la stratégie reste la même, procéder par élimination. On évite les sujets sensibles, et on tape dans le reste. On trouve alors 10 milliards. Une goutte d’eau par rapport aux défis qui nous pendent au nez.

L’avantage des défis c’est qu’ils permettent d’imaginer un monde meilleur. Un monde où la transition énergétique a pu être financée (rapport Pisani – Mahfouz), tout en ramenant la balance budgétaire à l’équilibre en 2032, et en garantissant la survie de notre modèle social. Mais l’inconvénient des défis c’est qu’ils trahissent rapidement les impasses qui se dressent à mesure que le projet avance. « The Proof is in the pudding ». On ne parle plus de 10 milliards, mais de centaines de milliards à trouver chaque année pour les 10 prochaines années.

Les pis – aller

On imagine bien que la dette sera pressée jusqu’au bout pour financer tout ce qui peut l’être, jusqu’à ce qu’elle finisse par faire peur aux marchés. Car les choses ont bien changé depuis la parenthèse enchantée ultra – accommodante des Banques centrales. L’inflation est passée par là, et constituerait une menace durable si l’on en croit les gens qui savent. On n’est pas obligé de croire avec eux. Mais l’aveuglement volontaire n’est pas forcément la meilleure stratégie à suivre. Dans ce scénario, les Banques centrales ne sont plus le fournisseur officiel de monnaie magique à l'Etat, et l'Etat n'est donc plus en mesure de s'endetter à coût nul. 

De même, on imagine bien que les dépenses seront pincées jusqu’au bout pour réduire le déficit budgétaire, jusqu’à ce qu’elles menacent le financement du modèle social. Ce qui réduit pas mal les possibilités quand même. Car alors un certain nombre de dépenses sont considérées comme sanctuarisées, et ne seront donc pas retenues comme candidates à la réduction. Déjà, les dépenses militaires se joignent à la liste. Quant aux dépenses potentiellement réductibles, il faut là encore faire attention, puisque taper dans l’éducation, la formation, et la recherche revient à s’amputer quelques points de PIB potentiels pour les années à venir.  

Encore un peu plus dette, un peu moins de dépenses. C’est donc possible. Mais cela suffira t-il pour financer tous les objectifs affichés par le gouvernement ? Ce que l’on peut dire sans prendre trop de risque, c’est que la marge de manœuvre semble tout de même très limitée si l’on se contente du seul recours à la dette ou d’une réduction des dépenses. On envisage alors des choix plus audacieux.

Les solutions exotiques

Une première solution, ne pas être aussi ambitieux. Le déficit budgétaire par exemple, il n’est jamais revenu à l’équilibre depuis près de 50 ans. On ne guérit pas d’un mal chronique juste par un effet d’annonce. Alors imaginons. Imaginons que le déficit ne revienne jamais à l’équilibre, contrairement à ce qu’annonce le gouvernement. La partie est – elle terminée pour autant ? La dette va-t-elle crever le plafond ? Pas forcément. En effet, il existe une thèse angélique de certains économistes. Cette thèse mise beaucoup d’espoirs sur l’autre moteur de la dette : le différentiel entre la croissance économique et le taux d’intérêt réel. D’après cette thèse, on peut très bien imaginer que le déficit budgétaire reste élevé, mais à condition que d’un autre côté la croissance soit bien supérieure aux taux réels (taux moins l’inflation).

Le problème, c’est que depuis 50 la croissance a toujours été inférieure aux taux réels, sauf durant les 10 dernières années mais pour des raisons exceptionnelles. En effet, durant cette période les politiques monétaires ultra – accommodantes ont aspiré les taux vers le bas, et l’inflation post Covid a exagéré la baisse des taux réels. Mise à part cette parenthèse enchantée, le différentiel entre la croissance et les taux a toujours été négatif, entretenant la hausse du ratio de dette sur PIB. Difficile dans ces conditions d’adhérer à un scénario où la croissance deviendrait durablement supérieure aux taux réels. 

Pourtant, il existe une autre version encore plus angélique des économistes. Il s’agit d’un scénario où la croissance serait réhaussée d’un ton, dopée par le progrès technique (IA) par exemple. Dans le même temps, les taux réels reviendraient vers des niveaux plus bas socialement responsables (voir le débat entre Stern et Nordhaus). Dans ce scénario, le différentiel entre la croissance et les taux resterait durablement positif, et serait donc susceptible de compenser le maintien d’un déficit primaire (déficit sans compter les intérêts). Dans ce scénario donc, la dette n’irait pas plus haut, malgré le financement des différents défis. Pourquoi pas. On peut croire aux histoires si elles sont bien racontées. Mais bon. « Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien », Michel Houellebecq. 

La solution obvie

Alors si ni la dette, ni les dépenses, ni la croissance, ni les taux, ne suffisent pour atteindre les objectifs, que reste t’il à la fin ? L’impôt. Celui que personne ne veut entendre. Celui déjà insupportable, car mal pensé, injuste, pas assez progressif, double peine avec la hausse du coût de la vie, confiscatoire, etc. Tous les maux lui vont. Comme si l’homo economicus était déjà de l’autre côté de la courbe de Laffer, cette courbe illustrant l’intuition selon laquelle au-delà d’un certain taux d’imposition, le cœur n’y est plus, et le consommateur range son caddie. Le remède devient alors pire que le mal. Remonter encore le taux d’imposition ? L’homo économicus a déjà le taux courbé. Pourra t’il supporter encore cette charge supplémentaire ?

La question se pose, en même temps qu’elle ne se pose pas. Ce serait l’impôt ou l’impasse. Quelle que soit le nom qu’on lui donne : impôt post Covid, impôt planète, impôt confiscatoire... Si le gouvernement veut atteindre tous ses objectifs, de financement de transition énergétique, de retour à l’équilibre de la balance budgétaire, de maintien de notre modèle social, etc., il n’aurait pas d’autre choix que l’impôt cible (?) A suivre.  

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