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Billet de blog 10 mai 2023

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Guili-guili politique

La promesse politique fonctionne sur le même mode que la chatouille, efficace sur le chatouillé, sans effet sur le chatouilleur.

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Les chatouilles sont transitives, elles ne fonctionnent que du chatouilleur au chatouillé. En effet, chacun aura pu constater que se chatouiller soi – même mène rarement au fou - rire.

Il se trouve que la promesse politique fonctionne sur le même mode que la chatouille.

Celui qui fait la promesse a le rôle du chatouilleur politique. Le politique ne croit pas à sa propre promesse, de la même façon que le chatouilleur n’est pas sensible à sa propre chatouille. Le chatouilleur politique sait très bien qu’il est en train de balancer une énorme ânerie, un vilain mensonge, une promesse intenable. Mais il s’en moque. La vertu n’est pas convoquée par la promesse.  

Celui à qui on fait la promesse a le rôle du chatouillé. Il croit très fort à la promesse du politique, de la même façon qu’il rit très fort à la chatouille du chatouilleur. Pourtant, il sait bien que c’est ridicule. Il sait bien que cette promesse défie les lois de la gravité budgétaire. Mais c’est plus fort que lui. Il ne peut pas se retenir d’y croire. Il faut dire que la chatouille du politique est d’une efficacité redoutable sur le chatouillé, car elle est toujours exercée à un endroit stratégique : la fiscalité par exemple, ou les aides autre exemple. 

La chatouille politique : efficace et pas cher

La chatouille est un peu la meilleure carte du rire. Elle ne demande aucun effort intellectuel à la différence d’un exercice de stand up ou de la blague potache, n’est pas contextuelle à la différence de la chute ridicule ou du comique de répétition. En rapport qualité – rire, il n’y a pas mieux que la chatouille. La promesse aussi est un peu la meilleure carte du politique. Elle ne demande aucun effort intellectuel, ne dépend pas du contexte. La promesse du politique s’affranchit du possible et du probable. Elle peut être faite à tout moment, quelles que soient les circonstances. En rapport crédibilité – rire, il n’y pas mieux que la promesse électorale

Dans des cas extrêmes, il est aussi possible que la chatouille suscite une réaction qui dépasse les espérances du chatouilleur. Comme si la chatouille touchait un point G du chatouillé. C’est aussi le cas de promesses auxquelles on a tellement envie de croire. Elles finissent par provoquer une adhésion plus grande encore que celle espérée par le politique. D’ailleurs, enivré par l’orgasme comique suscité, le chatouilleur politique peut être alors pris dans son élan, chatouillant que de trop, jusqu’à provoquer l’hilarité du chatouillé ou / et exacerber la crédulité du gouverné.  

Ainsi donc, l’analogie entre la chatouille et la promesse politique semble produire des résultats assez troublants. Poussons là plus loin encore, juste pour voir.   

La promesse poilante

Nous pourrions imaginer que le chatouilleur politique fasse carrément une promesse poilante. Le chatouillé rit de cette promesse car il s’est déjà fait enfumer un certain nombre de fois par le chatouilleur politique. L’accumulation de promesses foireuses produit alors une forme de fatigue nerveuse chez le chatouillé, on parle de rire nerveux. Quant au chatouilleur, Il ne peut pas rire de sa propre promesse, peut être parce qu’il en a honte, ou pire, parce qu’il y croit.

La science n’est pas très bavarde sur la chatouille, mais elle dit quand même un truc marrant. Le rire provoqué par la chatouille serait une forme de réflexe de protection. Comme si la chatouille était une agression. Pourquoi pas. Mais c’est embêtant pour notre analogie avec la promesse du politique. Car en effet, on a du mal à imaginer alors que la croyance en la promesse du politique soit aussi un réflexe de protection du gouverné. Sauf dans le cas des dictatures, où il est vrai que la promesse du dictateur peut être vécue comme une agression, mais à laquelle il vaut mieux adhérer. On sera alors plutôt dans le cas du rire forcé du chatouillé, qui ne souhaite pas que le chatouilleur doute de l'effet qu'il produit.

« Est-ce moi qui rie de tes chatouilles, ou tes promesses qui se rient de moi ? »

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