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Billet de blog 11 mai 2022

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Dans la peau de l'ultra-riche

On peut concevoir qu’il consomme de manière peut être un peu excessive, tel le pluvier de Platon qui finit par consommer et déféquer en même temps. On peut aussi concevoir qu’il épargne de manière un peu exubérante, tel le bousier sacré qui fait rouler sa bouse pour la manger plus tard. Mais les deux en même temps, infiniment, c’est quoi le projet ?

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Parfois, il n’y a rien à comprendre à certains problèmes. L’ultra – riche est peut - être une réponse qui n’a pas de question. 

Mais bon, on veut savoir, on a même besoin de savoir. On en a besoin car il y a cette sensation désagréable, pas loin de l’irritation annale en vérité, à voir l’ultra riche prendre la moitié du gâteau pour lui tout seul, et le reste pour le reste. Comme si, « il ne suffit pas à l’ultra – riche d’être heureux, il faut encore que les autres ne le soient pas », Jules Renard d’humeur égale.

Mais comment savoir ? Comment savoir ce qui passe par la tête de l’ultra – riche ? 99 milliards, 100, 101… c’est quoi la différence pour lui ? Qu’est - ce qu’il obtient avec 1 milliards de plus, qu’il n’avait pas déjà avec 1 milliards de moins ? L’ultra – riche a quelques arguments, qui se défendent.

La défense de l’ultra - riche

Le problème de vision : « à l’infini on ne distingue plus le plus du moins », nous dit Pascal. Si l’ultra-riche accumule ainsi, ce n’est pas par besoin, ni par désir, ni par pulsion. C’est simplement parce qu’il ne lui est pas signifié clairement de s’arrêter. D’ordinaire, Némésis s’en charge. Mais Némésis n’est pas là, la Covid peut être. 

Le problème du yaght. L’ultra – riche sait bien que 1 euro supplémentaire ne lui procure pas le même bien être que chez l’Homo economicus de la rue (plus faible propension marginale à consommer). L’ultra – riche accepte alors de se faire violence pour consommer comme le gars de la rue. Puisqu’il dispose déjà du nécessaire et suffisant, il opte pour l’ostentatoire : le yaght, puis les yaghts.

Le problème de la difformité. L’ultra – riche a peut – être d’autres besoins que le gars normal, parce qu’il n’est pas normal par exemple. Ses excroissances sont matérielles, et le rendent difforme. L’ultra – riche pense qu’il est différent, qu’il peut faire le truc que toi non. L’ultra - riche pense qu’il n’est pas né quelque part comme tout le monde, mais qu’il est né là où « quand tu veux quelque chose, tout l'Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir », Paolo Coelho.

Le problème du pompon. Pas de bol pour l’ultra – riche, il est tombé sur un manège infernal où le gars élève toujours plus le pompon à attraper, sans même qu’il ne donne droit à un tour gratuit… Ce n’est pas la faute de l’ultra – riche s’il veut toujours ce qu’il voudra encore demain. « La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire. L’homme est une création du désir, et pas une création du besoin ». Gaston Bachelard.

Le problème du rêve à rêver. À quoi peut donc rêver l’ultra – riche ? À rien, puisqu’il n’a plus rien à rêver. Le rêve c’est ce que l’on n’arrive pas à réaliser dans la vraie vie. Mais si on peut tout se payer, alors cela ne sert plus à rien de rêver. Vous pouvez solder le rêve, cela ne changera rien. L’ultra – riche n’a plus de rêve à rêver. Alors il tente de compenser, d’où une certaine tendance à la boulimie des choses du réel.  

Le problème du suffisantisme. L’ultra – riche veut bien croire qu’il exagère un chouilla. Mais en même temps, il nous fait remarquer que nous sommes peut-être un peu excessifs. Après tout, manquons – nous de quelque chose de tellement nécessaire que cela nous empêche de passer quelques bons moments au quotidien ? Non, il est vrai que nous arrivons à sourire parfois. Certes, nous jacassons pas mal, mais « la chèvre qui bêle n’a pas si soif que ça, puisqu’elle a encore la force de bêler », Massa Makan Diabaté. 

Le problème de la part de gâteau. Les inégalités seraient le prix à payer pour avoir de la croissance économique robuste et durable, entretenue par l’audace des plus méritants. Ca se tient. D’ailleurs, la recherche académique a du mal à prouver le contraire, même si elle a aussi du mal à prouver que c’est vrai. Par contre, pas la peine d’invoquer le ruissellement économique, qui lui n’existe pas, ni dans les faits ni dans la théorie.   

Le problème du point fixe. Il faut « laisser faire, et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Ca a l’air d’une ânerie présenté comme ça, mais c’est un des (le) plus grand résultat de la théorie économique. Fascinés par l’opérabilité du théorème du point fixe, les économistes n’ont pu s’empêcher d’imaginer un cadre formel qui permette d’en reproduire les effets. Ainsi naquit le théorème de l’équilibre général, qui dit entre autres choses qu’il n’y a pas d’intérêt de prendre un peu à l’ultra – riche pour en donner aux autres. En gros, « vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche », Lincoln.

Bref

Bref, l’ultra – riche est agaçant. Il agace parce qu’il est agaçant, et il agasse parce qu’il n’est pas lui-même agacé par la situation. Peut être n’a-t-il pas le temps d’être agacé, il est trop occupé, c’est un Homme pressé. Tiens, ça fait encore un argument pour lui. Mais bon, sa liste d’arguments peut être aussi longue qu’il le souhaite, elle ne peut épuiser la démesure de ses agissements.

Rien de très nouveau en vérité. L’ultra riche a probablement été un peu moins riche par le passé, ou un peu plus riche, qu’importe. Il a toujours été bien plus riche que le gars normal. « Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça », Coluche.

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