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Billet de blog 13 février 2024

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De l’utilitarisme au futilitarisme

L’utilitarisme consiste à maximiser le bien être du plus grand nombre. Le futilitarisme consiste à maximiser le « rien être » du plus grand nombre. Pas pareil.

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« Les porcs débarquent dans des ports », Robert Desnos

À sa façon, la théorie économique cherche à se faire belle. Elle est peut - être maladroite, mais elle y met du cœur. Parfois trop peut - être, comme lorsqu’elle se pare d’ornements techniques intimidants invitant le philistin à ne pas soutenir son regard. Mais bon. On ne va quand même pas lui reprocher de prendre soin d’elle. C’est juste qu’il faudrait qu’elle prenne aussi un peu plus soin de nous.

Hélas ou heureusement, la théorie économique n’a rien à dire sur la morale économique. Mais comme la morale ne lui dit rien, alors la théorie en profite. Se développent ainsi tout un tas de religions économiques prêtes à porter, partageant toutes la même croyance en la même unité de valeur : Kalos kagathos (le beau est bon). Evidemment, la tentation du bien – être échoue invariablement, quelle que soit la religion pratiquée.  

À l’attention du lecteur, on n’avancera pas d’un pouce sur le sujet en lisant ce qui va suivre. Mais le tour de piste proposé permettra de voir du paysage, celui d’un glissement de l’utilitarisme vers le futilitarisme.

Utilitarisme, y a plein de syllabes, ça fait sérieux. En plus, ça a l’air sympa : maximiser le bien - être du plus grand nombre. La difficulté, c’est de n’oublier personne. « Maximisez la taille du gâteau… ». Après, débrouillez - vous pour que chacun ait une part plus grosse. L’utilitarisme ne se prononce pas sur les moyens mis en œuvre, les externalités négatives, comme les inégalités par exemple. Ce n’est pas son sujet.

« Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres », Conte de Lautréamont, (Isidore Ducasse)

L’utilitarisme est une doctrine conséquentialiste, comme on dit : la fin justifie tous les moyens du bord. Pourquoi ?  Parce que. Une doctrine inspirée par Bentham (philosophe, pas économiste) que l’on opposera naïvement à l’impératif catégorique de Kant (aussi philosophe, et toujours pas économiste) : fais tout ce que tu veux, mais à condition que ça n’empêche pas l’autre de faire comme toi. Voilà pour la parenthèse bullshit blabla.

Mais l’utilitariste a une sale tronche aujourd’hui. La gueule de bois, on dirait. On l’avait prévenu. Un rêve ça va, deux rêves ça vomit. L’ivresse est à ce prix. La bouche pâteuse et la voix rauque, il vocifère des trucs abstrus : «…rolex, iphone, netflix, amazon, insta … ». Confiné canapé, sa cellule de dégrisement. Le docteur économicus a bien une idée de ce qu’il a trop bu. « Monsieur l’utilitariste, il se pourrait bien que vous soyez devenu futilitariste… en tous les cas vous en présentez tous les symptômes : adiaphorie, véroterie … ».

Le futilitarisme n’est pas une maladie, ce n’est pas non plus une drogue. C’est un état particulier confinant au néant. Pour y parvenir, il suffit d’un excès de vide existentiel. L’utilitarisme n’est pas une condition nécessaire pour y parvenir, mais peut - être est - elle suffisante ? Aucune acrimonie, juste une réponse. 

« Ils s’en vont de plus en plus vite

Pour arriver de moins en moins loin. »

Prévert

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