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Billet de blog 13 juillet 2022

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L’âge pUber

L’âge pUber serait l’expression d’une certaine forme de maturité technologique, économique, geek, un truc mieux quoi ! Au même titre que l’âge pubère désigne le passage de l’enfance à l’âge adulte. Il s’agirait donc de grandir un peu ?

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« O, de la puberté, la terrible démence ! », nous prévient Jules Amédée Barbey d'Aurevilly.

Si Jules a raison, alors Uber a tort. Car Uber pense en pubère fier. Uber dit qu’il est venu le temps de grandir enfin. Le temps de sortir de la grotte et de faire tomber la peau de bête. Uber dit que nous sommes prêts, puisque les prodromes d’un Homo clicus sont manifestes : applications, notations. Uber nous dit donc sans aménité aucune qu’il est temps de devenir adulte, puisque déjà nous muons.

Mais Jules et d’autres sont dubitatifs. L’adulte a l’air sympa, mais pourquoi serait – il déjà l’heure de grandir ? Avons – nous rendez – vous avec l’Homme pressé ? Celui qui clique plus vite que son ombre ?  Après tout, l’Homme néoténique a aussi sa place dans la cité, et lui prend le temps de voire venir. Certains disent même que « l’adulte est un enfant qui a raté sa vie », dès lors pourquoi grandir si vite, voire pourquoi grandir ? Pourquoi s’Uberiser si vite, voire s’Ubériser tout court ?

Uberman

Uber ou pas Uber ? Telle est la question 2.0. Et quand je dis Uber, je ne dis pas qu’Uber. En effet, l’Ubérisation est devenu un terme qui dépasse largement la guéguerre du 4 roues.

La version angélique de l’Uberisation insiste sur le côté « monde à portée de clic » ; vous n’avez qu’à rester sur votre canapé, nous nous occupons du reste. La version coincée du cul de l’Uberisation pointe du doigt le côté « Homme jetable » ; si votre livreur n’est pas le meilleur c’est qu’il n’est plus livreur.

Uberman nous sauvera t’il de cette époque engoncée, incapable d’avancer par peur de reculer ? Ou bien Uberman n’est pas celui qu’il dit qu’il est, et se pare des plumes de paon ? Les discussions sont vives, car les gens sont nerveux, ou l'inverse. Il suffit alors d’un rien pour tisonner les sens : les Uber files.

Cet épisode de fiction – réalité propose deux lectures possibles, selon le camps auquel vous appartenez. Les pro - Uber y voient l’expression d’une tentation du bien qui pense que promouvoir l’Ubérisation est l’assurance d’un monde meilleur. Les anti – Uber y voient plutôt l’expression d’une fin qui justifie les moyens, le politique tutoyant l’interdit, comme une provocation à la juste mesure et l’impartialité du décideur.

Poils pubiens

Si l’âge pUber est vraiment l’âge pubère, une question technique chiffonne les spécialistes. A quoi pourraient donc ressembler les poils pubiens de l’âge pUber ?

Le poil pubien est un signe tangible de maturité. Il dit que quelque chose à changé du moins vers le plus. Un genre d’élévation, de pas en avant, de progrès en somme, le mot est lâché. Dans le cas d’Uberisation, le poil pubien pourrait être l’expression de cette capacité d’aller plus vite, plus loin, afin de satisfaire l’Homo clicus. Le poil pubien serait donc l’incarnation d’une forme de progrès, essentiellement technologique.

Or, des poils pubiens mal répartis ne sont guère esthétiques… Ainsi, des poils pubiens ne se manifestant que dans la seule zone du progrès technologique ne seraient être retenus comme seule preuve de l’Homme mature. Il faut laisser au temps que « la forêt s’épaississe », et que puissent s’y loger un jour un progrès économique, social, moral. Le seul progrès technologique mène vite mais pas loin.

Alors peut être arrivera le moment. Ce moment où une certaine forme d’Ubérisation du monde fera partie de l'horizon des possibles. Parce que le monde y consent. Parce qu’hier c’était hier, et que demain c’est aujourd’hui. Le futur excentrique aura mis un peu d’ordre dans ses idées, afin d’être adoubé par un présent jusqu’alors méfiant.  

Certes, il y aura toujours des pratiquants de l’impubérisme, mais la fenêtre d’Overton finirait probablement par trop glisser pour eux. Ils auraient beau repousser l’ubérisation de la société en appuyant ici ou là pour l’empêcher de sortir de sa gangue, elle finirait par trouver un autre moyen d’expression. « Parce qu’on peut mentir sur son âge, mais pas sur ses poils pubiens. On a beau les raser, ils repoussent », manuel du petit pubère.  

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