Penser le trou noir, c’est penser l’impossible. Un genre de néant qui avale tout, les vivants et leurs âmes, la lumière et le temps, le tout – venant, même lui il s’avale à la fin. Pour le mettre où ? On ne sait pas, ou on ne sait plus. C’est le principe du trou noir, un combo d’amnésie et d’aveuglement. Combo d'une actualité brûlante.
Comme on est un peu taquin, on décide quand même de se rapprocher. Juste pour y voir de plus près. Un peu au début, puis davantage après. Tout se passe bien, on ne sent rien, c’est curieux. Presque agréable en vérité, alors on se laisser glisser tranquillement. Finalement, pas si terrible que ça ce trou noir.
Sauf que le gars qui est resté en retrait observe les choses avec le recul nécessaire, lui voit la tragédie se produire sous ses yeux. Il vous voie vous étirer indéfiniment, comme si vous étiez écartelé d’un côté par le trou noir qui vous avale la tête, et de l’autre les jambes qui n’ont pas le temps de suivre le rythme. Et ce n’est qu’au tout dernier moment, sans même vous en rendre compte, que vous disparaissez. Gloups. Avalé.
Le trou noir politique
Une fois avalé, plus aucune trace, ni de vous, ni du trou noir. Et pour cause, le trou noir a même avalé la lumière. Fini, terminé, rideau. On est même pas sûr que vous ayez jamais existé. D’ailleurs difficile de se convaincre alors qu’il y avait bien un trou noir à cet endroit, puisqu’on n’y voit plus rien. A moins d’avoir le regard éduqué, quelque outil d’analyse, un peu de mémoire et de bon sens aussi. Le juste nécessaire afin d’identifier des indices, des traces, des preuves, des absurdités ou autres antinomies trahissant la présence d'un trou noir physique, ou politique.
Mais le trou noir est malin, comme s’il conspirait son méfait pour nous prendre par derrière. Le trou noir avance masqué en vérité, du genre Mario le magicien produisant son spectacle de qualité médiocre, mais suffisante pour distraire nos âmes perdues. Et nous nous laissons alors prendre au jeu. Le vertige du vide peut être, l’ivresse du néant probablement, comme celle de Jean Tardieu et de sa môme néant.
Puis plus rien, rien de rien, le néant du vide, ou l’inverse. Le trou noir nous fascine et nous effraie. Un genre de big bang inversé, où tout s’évapore en fumée pour terminer en rien. Et même rien c’est trop, le trou noir l’a aussi avalé.
Le trou noir, fallait pas l’inviter. En vérité, il s’est invité tout seul. Le trou noir, c’est nous. Une étoile qui a fini par s’effondrer sur elle-même, par manque d’énergie, d’inspiration, de fulgurances, de pensée critique, par excès de confiance, de dogmatique compulsif, d’errance diagnostique, blabla...
Y en a même qui disent que c’était inévitable : « le trou noir serait le sort réservé à tous les grands corps massifs parvenus à un stade de leur évolution auquel les forces de pression interne ne suffisent plus à assurer la cohésion du corps face à l’implacable attraction de sa propre influence gravitationnelle ». Je sais plus qui à dit ça, mais il l’a vraiment dit.
Nous nous rêvions tel le baron de Münchhausen qui réussit à s’élever tout seul en se tirant par les cheveux. Nous nous réalisons l’inverse, nous effondrant sur nous-mêmes. Nous sommes une supernova.