Le bruit que font les cons fait – il plus de bruit que le bruit que font les autres ? Oui. Mais soyons plus précis. Lorsqu’un con tape avec son marteau, est -ce que cela fait plus de bruit qu’un gars normal qui tape avec le même marteau ? Oui. Le marteau du con n’a pas encore produit son bruit qu’il porte déjà en lui tout le bien que l’on pense de son usager. Je parle d’un marteau, mais cela fonctionne aussi avec la scie.
En vérité, cela fonctionne avec toute sorte d’objet. Et cela fonctionne encore mieux durant certaines plages horaires et à intervalles réguliers. Par exemple, à 9H du matin le dimanche, ou / et ce même dimanche mais l’après – midi, tous les dimanches. Il est pourtant possible que le con ait tout loisir d’œuvrer en semaine, mais il préfère le dimanche pour une raison qui échappe au bon sens. Le con a ses raisons que la raison ignore.
En quête de rationalité, nous sommes quand même mis au défi de trouver une explication. Même si c’est perdu d’avance. Deux tentatives d’explications sont alors proposées.
- Soit le con fait du bruit pour qu’on le remarque, parce qu’il est tellement con qu’il se dit que ce serait bête de ne pas nous en faire profiter, il veut partager. C’est un moyen pour lui de nous prouver qu’il est vraiment con, au cas où on ne l’ait pas remarqué par ailleurs.
- Soit le con fait du bruit mais il ne s’en rend pas compte, parce qu’il est sourd et ne comprend pas qu’on ne le soit pas également. Ou bien est – il aveugle et ne sait pas lire les textes de loi qui proposent des plages horaires pour faire le con. Ou tout simplement parce qu’il est con et n’imprime pas.
Mais il y a pire, c’est lorsque le con en question conjugue les deux motifs : un con au carré en quelque sorte. En vérité, ce dernier con est même le plus probable. En effet, le con est particulièrement doué dans son domaine, il fait preuve d’une aptitude hors du commun pour cumuler les tares. Il n’est donc pas rare que le con soit vraiment un gros con.
Cela dit, il faut toujours laisser une place un doute, une place raisonnable. Peut – être le con n’est – il pas aussi con qu’il en a l’air ? Peut – être que le bruit qu’il fait, nous est rendu insupportable par le con qu’il est ? Il ne faut pas accuser le con de faire du bruit parce qu’il est con, mais il faut l’accuser d’être con parce qu’il fait du bruit. Il faut donc que la preuve soit honnête et non pas fondée sur les préjugés ou autre procédé malhonnête. Il faut respecter le Principe de loyauté de la preuve, le même que celui auquel l’autorité publique est contrainte.
Ainsi donc, peut être que le con n’est pas aussi con qu’il en l’air ? Peut être que le bruit qu’il fait en exagère les traits ? Peut – être est – il con par instant ? Juste là maintenant, au moment où il fait du bruit ? Moi par exemple, il m’arrive d’être con, très con même. Cela dit je crois que je m’en rends compte alors, et trouve la situation suffisamment inconfortable pour tenter de changer de posture. Peut- être cela ne suffit – il pas à me rendre moins con, mais au moins suis – je un con différent. Ce qui témoigne déjà de quelque effort.
Car il faut quand même faire une nuance décisive entre le con qui fait tout pour s’en sortir, et le con qui n’éprouve aucune forme d’inconfort à rester con. Moi le con dont je parle ici ne semble animé par aucun désir de changer quoi que ce soit dans son attitude. Très curieux, Il ne faut jamais chercher à comprendre l’indicible, à percer le mystère. Parfois, c’est juste parce qu’il n’y a que du vide.
Quand même, c’est plus fort que nous. Nous voilà confrontés à quelque chose d’inexplicable, mais aussi d’insupportable. Le bruit du con. Le seul moyen de trancher la question est d’aller sur le terrain, une première fois, une deuxième, etc… jusqu’à ce que le ton monte. Le con ne comprend pas que le ton monte. Quel con. Le con est étonné. Ce qui ne manque pas de nous étonner à notre tour. Nous nous étonnons de ce qu’il s’étonne.
« Le roi fut étonné, et Fouquet le fut de remarquer que le roi l'était », Madame de Lafayette.
Terminons. Peut – on entendre la forme d’un con ? Je crois bien que oui. Le con émet un bruit reconnaissable d’entre milles, seul un con peut produire une telle série de valeurs propres définissant les harmoniques, pour parler comme le gars qui a creusé la chose. Pourtant, les mathématiciens sont moins affirmatifs. « Peut – on entendre la forme d’un tambour ? » Cette question célèbre en son temps a accouché d’un résultat négatif. Non. Le même son peut être produit par des tambours bien différents. Pourtant, je reste persuadé que seul un con peut faire un bruit de con.
« Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons », avait bien noté François Furet.
Bien évidemment, cet aphorisme mérite mieux. Il mériterait d’être autrement utilisé que pour le traitement de la pollution sonore. Les petits tracas du voisinage ne méritent pas autant de considération. Mais que peut – on opposer à la connerie, si ce n’est la culture. La psychanalyse ? Pas la peine nous rappelle Lacan :
« La psychanalyse est un remède contre l'ignorance ; elle est sans effet sur la connerie. »