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Personne ne sent aussi bon, personne ne transpire aussi peu. Forcément, il s’est tartiné les aisselles de déo. Car l’aisselle est si lasse et bien seule confinée sous les bras damnés, condamnée à suer toute la sainte journée. L’aisselle est sale et sent, souillant les narines et auréolant les chemises. Ainsi naquit Déo Deus au secours de l’Homme exsudant son musc. D’un simple roulement à bille, Déo prive alors les aisselles de leur sueur apocrine.
Mais est – ce la transpiration qui pue, ou la puanteur qui transpire ? Cela Déo ne le dit pas. Car telle n’est pas sa mission. Lui doit juste priver l’accusé de son double méfait : transpirer et puer. Déo ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment, il a pour seul objectif d’invisibiliser le suspect. Déo ne s’intéresse pas à la personnalité de son sujet. Déo est un genre d’avocat qui n’a pas besoin de croire à l’innocence de son client pour le défendre.
Pourtant, l’odeur est bien là, blottie sous les bras. La transpiration aussi, tapie sous le tapis de poils. Le déo cache, voile, maquille. Le déo sauve les apparences. Le déo fait comme si. Le déo empêche de puer / suinter de l’extérieur mais pas de l’intérieur. Comme ces menteurs qui ne disent rien mais qui n’en pensent pas moins. Finalement le déo ment. Et il ment très bien. Car comment distinguer celui qui a besoin de mettre du déo, de celui qui n'en n'a pas besoin ?
En effet, si le déo est aussi efficace qu’on le dit, alors il est impossible de déduire quoi que ce soit de l’absence d’auréoles ou d’odeurs du suspect. « A-t-il mis du déo ou pas ? » Impossible à trancher. Peut être le gars est – il pourvu d’une constitution qui le prive naturellement de vapeurs méphitiques. Dans ce cas, le déo ne lui est d’aucune utilité. Mais comment savoir si c’est bien de ce gars dont nous parlons ? Peut être s’agit – il de l’autre gars, celui qui pue et transpire, mais dont le déo travestit les expressions et fait illusion.
Le déo ment. Et alors ? Quelle importance. Après tout, ce qui compte c’est que personne ne soit lésé dans cette affaire. Et il faut bien reconnaitre que le déo rend justice à tout le monde, celui qui a peur de gêner, comme celui qui redoute d’être gêné par celui qui a peur de gêner. Et puis le déo a bon dos. Il n’est pas le seul après tout. Le déo ment, c’est entendu. Mais quel objet contemporain ne ment pas ? Automobile, cigarette, produits manufacturés divers et variés, tous mentent. Le déo l’est – il plus ou moins que les autres ? Ne sais pas. Mais vu que j’en ai marre de prendre le métrodeur, j’avais envie de parler du déo et des autres.