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Billet de blog 30 décembre 2025

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Il faut sauver les riches

Durant les crises majeures, les autorités sortent l’artillerie lourde pour sauver le monde. Si leurs mesures sont bien utiles pour les plus mal lotis, elles sont surtout extrêmement bénéfiques pour les plus riches.

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Les autorités monétaire et gouvernementale n’ignorent pas le fait. Elles en débattent même régulièrement, comme la Banque centrale américaine récemment. Mais elles s’avouent impuissantes. Sauver le monde a un coût. Et ce coût serait d’enrichir les riches.

Les crises majeures peuvent mettre un pays à terre en quelques jours. Sauf si les autorités interviennent massivement pour éviter le pire. Ce fut le cas en 2000 juste après l’éclatement de la bulle des valeurs technologiques, en 2008 avec la crise des subprimes, en 2011 avec la crise de la dette souveraine européenne, et en 2020 avec la crise Covid. A chaque fois, les autorités monétaires et gouvernementales sortiront l’artillerie lourde, jusqu’à oser l’interdit : l’argent magique pour financer la dette en orbite.

La fin doit justifier tous les moyens dit – on. Ok. Mais il se trouve que certains savent particulièrement bien profiter des moyens mis en œuvre, saisissant les opportunités mieux que personne. Ainsi, les inégalités n’ont jamais autant cru que durant les crises de ces dernières décennies. Toujours plus cynique, les riches se même enrichis durant ces crises. A qui profite le crime ? On pourrait avoir l’impression que les politiques mises en œuvre en temps de crise sont bien plus efficaces pour enrichir les riches que pour sauver les personnes vulnérables. Osons l’impensé, on pourrait presque dire que les riches n’attendent que ça, qu’une bonne crise survienne afin de s’enrichir davantage encore. Non je retire ce que je dis.

Le Co-nobel français d’économie Philippe Aghion nous dit qu’il ne faut pas se battre contre les riches, mais contre la pauvreté. C’est beau. Personne ne veut être pauvre. Je suis bien d’accord. Mais si pour se battre contre la pauvreté il faut enrichir exubéramment le riche, on s’éloigne un peu de l’idée de départ non ? Un peu quand même. Mais pas le choix. Il faut « sauver » les riches pour sauver la piétaille. De toute façon, le pauvre ne sait pas faire, sinon il serait riche lui aussi. Le pauvre est un savetier en tout, inapte à la fulgurance, il est tout juste bon à s’accrocher aux branches, afin de ne pas chuter. « Je vis sous une pierre, assommé mais non écrasé, et je ne fais que me débattre », Dostoïevski Les Démons.

Mais sauver les riches, comment ça marche ? Concrètement les politiques de soutien mises en œuvre durant les crises ont d’abord et surtout un impact favorable sur les actifs financiers ou réels (immobilier), plutôt que sur le marché de l’emploi. Et qui détient ce genre d’actif ? Pas ceux qui en auraient bien besoin. Avant, on détenait des actifs parce que l’on était riche. Aujourd’hui, on est riche par ce que l’on détient. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Dans le premier cas on achète des actifs parce que l’on est riche ; dans le second cas on devient riche parce que les actifs que l’on détient s’apprécient tous seuls. Et nous ne parlons pas des ultra – riches, hors catégorie. Jadis, on connaissant le slogan « privatiser les bénéfices, socialiser les pertes ». Aujourd’hui, on privatise toujours les bénéfices, mais on a perdu la deuxième partie du slogan.

« Les riches sont faits pour être très riches, et les pauvres très pauvres, sinon comment les distinguerait – on ? », Desproges. 

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