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Billet de blog 31 décembre 2025

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2025 ou 2026 ?

Si vous deviez choisir entre une année 2025 qui se termine, et une année 2026 sur le point de commencer. Alors ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je sais bien que la question est ridicule, on ne peut pas choisir entre le passé et l’avenir. Le passé est plié, sans effet rétroactif, nous sommes condamnés à l’avoir vécu. Alors que l’avenir est en suspens, déambulant sur l’horizon des possibles, il nous invite à sauter dans le vide. Le passé ne rêve plus, l’avenir fantasme encore. Passé et avenir ne jouent donc pas dans la même catégorie. Mais imaginons quand même, vous êtes plutôt 2025 ou 2026 ?

Soyons plus concrets encore. On vous laisse le choix entre revivre 2025 mais sans possibilité de vivre 2026, ou bien d’effacer 2025 de votre vécu et de vivre pleinement 2026. On a l’impression qu’on nous demande alors de choisir entre « un tien » ou « deux tu l’auras ». C’est aussi la question que se pose le joueur de poker qui déjà perdu sa chemise et qui doit faire un choix impossible, abandonner la partie ou tenter de se refaire et risquer alors de perdre sa maison. Plus subtil, on pensera au problème du ou de la secrétaire : lors d’un entretien d’embauche, le recruteur vient d’auditionner quelques profils, il finit par en trouver un pas mal, mais il doit décider s’il l’embauche maintenant ou s’il prend le risque d’en auditionner un autre et de perdre le bon profil qui postule déjà ailleurs. Bref, tous ces cas posent la question suivante : comment choisir entre un passé certain et un avenir incertain. Pour 2025 et 2026 le choix se pose aussi en ces termes.

L’avantage de revivre 2025 c’est que vous savez exactement ce que vous avez perdu, faire pire est impossible puisque tout est déjà gravé dans le marbre. Quelle note donner à 2025 ? Une manière de répondre à cette question est de confronter les attentes et le rendu. Quels étaient nos espoirs début 2025 ? Je dirais globalement les mêmes que début 2023, que début 2022 aussi, etc… Donc à chaque fois des espoirs déçus, des vœux pieux. Ainsi 2025 est peut - être une année à jeter, comme les autres, mais vous avez au moins une bonne idée de la peine subie. Cette information est certaine et peut donc constituer un avantage, mais aussi un inconvénient. Car la certitude est incompatible avec l’espoir.

Or l’espoir c’est justement ce que 2026 vous propose, en théorie, puisqu’il est rangé dans l’avenir. L’avenir parait toujours plus excitant, moins étouffant que le passé. Il offre en effet la possibilité de faire mieux, même si cela se paie par la possibilité de faire pire. Mais le problème de l’avenir proposé par 2026 c’est qu’il est biaisé, corrompu, l’éventail des possibles ne se dépliant que d’un côté, celui déjà écorné. On ne voit pas en effet quel miracle pourrait nous faire dévier de notre trajectoire, tout droit dans la brume. Déjà l’air se rarifie, la lumière nous fuit, même l’écho s’est tu.

Alors puisqu’il ne faut pas choisir entre 2025 et 2026, savourons au moins l’instant. Nous voilà posés là le cul entre deux chaises bancales, le 31 décembre 2025 suçant la roue du 1er janvier 2026. En équilibre instable entre l’acquis âcre et l’inique promis. 

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