Tu peux compter les billets ou amasser les richesses,
Accumuler les actions, nous enculer en souplesse,
Avec tes slogans, tes salades, tes désirs préfabriqués,
Personne n’est dupe de ton jeu, tu restes un con diplômé.
Tu travailles dans le conseil ou comme « chargé de mission »,
En gros, tu joues du pipotron et tu fais des réunions.
Pour toi tout est binaire : il y a ceux qui gagnent et qui perdent.
Même dans l’intitulé de tes tafs tu te prends pas pour de la merde.
T’aimes bien la compagnie des femmes pour collaborer,
Dans le fond tu préfères les baiser et les rabaisser.
Une petite pipe de la stagiaire te ferait bien kiffer,
C’est toujours plus excitant qu’une relation tarifée.
Fils de bourges en rut, j’aurais pu dire fils de pute,
Mais insulter les travailleuses du sexe n’est pas mon but.
Elles qui luttent comme nous tous pour un salaire décent,
Des luttes qui te sont étrangères, toi le fils de l’argent.
Fils du fric, de la finance, de la défaite,
Tu pues l’alcool et la déprime jusqu’en dans tes fêtes.
Fils du fric, de bonne famille, riche et parfaite,
T’es un danger pour toi-même que pour la planète.
« Fils du fric », tu l’as compris ce sera ton nom,
Un sobriquet plus précis qu’un simple « fils de patron ».
A la question d’où viens-tu, bien souvent tu réponds,
« De l’ouest parisien, de l’autre côté du pont ».
Tu as a grandi dans l’opulence et l’accumulation,
Alors que nos vies sont faites d’errance et de privation.
Le mercredi on a piscine, toi équitation,
Alors va niquer ta mère avant de nous faire la leçon.
« Fils du fric », je le vois au fond de tes pupilles,
Le mépris pour les pauvres d’Afrique ou des Antilles,
Le mépris pour les pauvres quel que soit leur tropique,
Du Roms aux Maghrébins jusqu’aux prolos nordiques.
Plus tu répètes à tous que tu l’as mérité,
Plus tu culpabilises d’avoir hérité.
L’argent t’enlève des soucis au quotidien,
Et la lucidité de celui qui n’a rien.
L’argent, c’est ta manière d’accepter le monde tel qu’il est.
Pourquoi vouloir changer un lieu où on est choyé ?
On sait tous qu’il est injuste mais on espère gratter,
Sa place au soleil avec les gagnants du bon ticket.
Tu sais pourquoi toutes les religions prônent l’amour et le partage ?
Parce qu’on a très vite calculé que les « fils du fric » pullulaient parmi nous,
Et pourquoi dans le même temps on a fait de « fils de pute » l’insulte suprême ?
Pour asseoir le contrôle des hommes sur les femmes,
Les réduire à des mères ou des putes.
En somme à des domestiques, parce que dominer est une passion bien ancrée chez l’être humain avec une paire de couilles.
Depuis les premières civilisations, des Sumer aux Mayas,
Des Egyptiens aux Grecques,
Avec des pierres tombales, des menhirs, des pyramides,
Des châteaux, Des palais, des mausolées, des épopées,
On construit des édifices à la gloire des « fils du frics ».
Dans le fond…enfin tu vois…
« Fils de pute » c’est une expression de « fils du fric »,
D’enfant de salaud, de manipulateur aigri et paradoxalement d’impuissant,
De merdre avec le cœur asséché par les désirs de possession,
De haine des autres, de haine de soi, de repli sur soi,
Bouffé par l’égoïsme, la peur, la vindicte et l’entre soi.
Avec tout ça qu’est ce que tu veux que je te dise,
M’abaisser à employer une expression de merde pour te qualifier,
Alors que t’es juste le fuit de ton milieu social, mon pauvre ami.
Traquer les pauvres, tronquer les faits, trouver ses pairs et s’agripper au trône,
Tacler l’utopie, la tuer dans l’œuf, réduire les débats aux mensonges, au bluff,
Voilà ce que tu sais faire de mieux derrière ton bureau d’acajou,
Vois comme les gens sont en colère et voudraient te claquer les joues.
Mais figure-toi fils du fric que j’en ai fini avec toi,
Change ton froc, reprend tes affaires,
Casse toi, je te dis, on a d’autres choses à faire,
Oui, voilà, t’es libre maintenant,
On n’en a fini avec toi, le message est passé, tu vois ?
Casse toi, je te dis.