Honduras : Le journaliste Felix Molina attaqué deux fois dans la même journée

Tegucigalpa, 3 mai 2016: Dans la journée du 2 mai, le journaliste hondurien Felix Molina a été attaqué à deux reprises. Lors de la seconde tentative, aux alentours de 17 heures, il a été atteint par une balle dans chaque jambe. Heureusement aucun organe vital n'a été touché. Le journaliste se remet dans un hôpital de la capitale Tegucigalpa.

La première attaque a eu lieu en milieu de journée. Alors que Felix Molina circulait à bord d'un taxi, un homme et une femme circulant à moto ont tenté de lui tirer dessus. A 12h40, Felix relate l'incident sur les réseaux sociaux, précisant que l'homme lui a ordonné de lui remettre son téléphone portable et demandé à son accompagnante de faire feu (voir capture d'écran).

Post de Felix Molina sur les réseaux sociaux Post de Felix Molina sur les réseaux sociaux

Le chauffeur ayant eu le réflexe de démarrer en trombe, les assaillants n'ont eu que le temps de l'avertir : « tu ne passeras pas la journée ». A peine 4 heures plus tard, au même endroit, une arme est de nouveau pointée sur sa tête. Ayant pu s'abriter in extremis derrière le siège du véhicule, les tirs lui ont traversé les deux cuisses.

Difficile de penser qu'il s'agit d'une simple tentative de vol avec violence, d'une part en raison des menaces proférées et du caractère réitératif de l'attaque. Et surtout, parce que Felix Molina n’est pas un inconnu au Honduras. Son programme quotidien Alter Eco est extrêmement populaire parmi les opposants au gouvernement. Ses très incisives chroniques sont diffusées sur Radio Globo mais aussi reprises par Radio Progreso, deux radios d'opposition qui jouissent d'une grande écoute. Après le coup d'Etat de 2009, Felix Molina a animé quotidiennement et pendant plusieurs années l'émission du Front Populaire National de Résistance sur Radio Globo. Il est également coordinateur d’une Association des médias communautaires qui sont nombreux à relayer ses émissions. Collaborateur actif du COFADEH (Comité des familles de détenus disparus du Honduras), on peut le croiser quotidiennement dans les locaux de cette organisation de défense des Droits de l'Homme. Dès la nouvelle de l'attentat connue, la coordinatrice générale du COFADEH, Bertha Oliva s'est immédiatement rendue à son chevet ainsi que la direction et les membres de la rédaction de Radio Globo.

L'attentat contre le journaliste a eu lieu le jour même où le ministère public annonçait la capture de quatre personnes dans le cadre de l'enquête sur le meurtre, dans la nuit du 2 au 3 mars dernier, de la dirigeante indigène lenca et militante écologiste Berta Cáceres. Deux des détenus sont membres de l'armée (l'un en active et l'autre en retraite), un troisième est un collaborateur de DESA, l'entreprise chargée de construire une centrale hydroélectrique sur la rivière Gualcarque en territoire lenca contre lequel Berta Cáceres et l'organisation qu'elle avait fondée s'opposaient farouchement depuis des années. Dans sa chronique matinale, Felix Molina avait publié des informations détaillées sur la nomenclature de DESA et le profil des individus incriminés, soulignant notamment leurs liens avec des personnalités politiques honduriennes (voir ici son article en espagnol : http://criterio.hn/la-memoria-pincha-sangrar/).

Un appel unanime a été lancé pour dénoncer la violence dont les journalistes honduriens sont régulièrement la cible. Il est temps que l'opinion nationale et internationale se rende compte de la situation qu'affrontent quotidiennement les journalistes au Honduras a déclaré le directeur de Radio Globo, rappelant par la même occasion que de nombreux journalistes s'identifient avec les mouvements d'opposition. Quoi qu'il en soit, lorsqu'un journaliste est attaqué au Honduras, c'est l'ensemble de la profession qui se sent menacée.

En 2014, plusieurs organisations françaises avaient profité du match France – Honduras disputé lors du Mondial de football, pour attirer l’attention sur les dizaines d’assassinats et attentats perpétrés contre des journalistes, des syndicalistes, des militants politiques et des défenseur(e)s des droits humains. Le meurtre de Berta Cáceres, il y deux mois, et maintenant la tentative d’assassinat de Felix Molina, démontrent qu’il est grand temps de brandir à nouveau le carton rouge.

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