Nicaragua: Aimer pour ne pas oublier

"Aimer et ne pas oublier", c'est le titre choisi par l'Association des mères d'Avril - AMA pour le musée virtuel inauguré en hommage aux centaines de victimes, en majorité des jeunes, fauchés par les balles de la police ou de civils armés fidèles au régime, depuis le 19 avril 2018. Jusqu'à présent, les clameurs des familles qui réclament justice sont restées lettre morte et ces crimes impunis.

Autel virtuel du Musée de la mémoire "Aimer et ne pas oublier" Autel virtuel du Musée de la mémoire "Aimer et ne pas oublier"

Le musée de la mémoire contre l’impunité (http://www.museodelamemorianicaragua.org/) rappelle à qui souhaiterait l'oublier qu’au Nicaragua « rien n’est normal ». En offrant au monde les visages jadis souriants de leurs enfants assassinés et en exposant leurs courtes biographies, les "mères d'avril" prennent le contrepied des partisans du régime lorsqu’ils tentent de faire croire à un supposé retour à la normalité. Au niveau international, la rhétorique de l’ex-ambassadrice du Nicaragua en France, fraîchement désignée pour représenter le pays à l’assemblée de l’Organisation des États Américains (OEA), peine à convaincre face aux rapports accablants (et désormais relativement concordants sur le nombre de victimes de la répression) du Haut-commissariat aux droits de l’Homme des Nations Unies ou de la Commission Interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH).

L’affirmation, martelée avec insistance para les fidèles du régime, selon laquelle la liberté d’expression est parfaitement garantie au Nicaragua sonne comme une mauvaise farce à l’heure où environ soixante-dix journalistes sont toujours en exil. Certains qui ont tenté de rentrer ont été harcelés par des fanatiques du régime opérant sous le regard bienveillant des forces de l’ordre. Sur les réseaux sociaux, les photos de personnes arbitrairement détenues ou séquestrées par des groupes civils armés, continuent de circuler quotidiennement. Confirmer les informations et exercer un journalisme critique relève de la gageure. Ainsi, le quotidien El Nuevo Diario – créé il y a près de quarante ans dans le sillage de la révolution sandiniste – a finalement succombé à des mois de rétention de matériel d’imprimerie (encre et papier). Logé à la même enseigne, son concurrent, le quotidien conservateur La Prensa a réduit sa pagination de 32 à 8 pages. Dans ce contexte, le site du musée de la mémoire est un espace de résistance parmi tant d’autres voix dérangeantes. A l’encontre des discours officiels lénifiants qui plaident pour le maintien du règne de l’impunité.

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