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«Le vent se lève!...Il faut tenter de vivre » Le Cimetière marin ( Paul Valéry ), 風立ちぬ, Kaze Tachinu, Château Kînz, Chateau Zînk, Zink Tchâ Eau, Mf ...

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Billet de blog 28 décembre 2025

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« Ô ma plus que Sœur, Viens ! »

Ce billet est entièrement écrit de la main droite, mon bras gauche étant entravé d'attelles ; il est dédié à ma chère soeur *****, morte le samedi vingt décembre deux mille vingt-cinq, au matin, ce même matin où mon bras s'est brisé sur un parvis ... Je le fermerai à la fin aux commentaires que je publierai, tel un tombeau.

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Illustration 1
B__U__S__S
Illustration 2
A__G__L__I__A

           Le mal du pays

Marceline Desbordes-Valmore

Je veux aller mourir aux lieux où je suis née ;

Le tombeau d’Albertine est près de mon berceau ;
Je veux aller trouver son ombre abandonnée ;
Je veux un même lit près du même ruisseau.
 
Je veux dormir. J’ai soif de sommeil, d’innocence,
D’amour ! d’un long silence écouté sans effroi,
De l’air pur qui soufflait au jour de ma naissance,
Doux pour l’enfant du pauvre et pour l’enfant du roi.
 
J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne.
Qu’on me rende Albertine ! elle avait cette voix
Qu’un souvenir du ciel à quelques femmes donne ;
Elle a béni mon nom... autre part... autrefois !
 
Autrefois !... qu’il est loin le jour de son baptême !
Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau :
Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même,
Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau.
 
D’où vient-on quand on frappe aux portes de la terre ?
Sans clarté dans la vie, où s’adressent nos pas ?
Inconnus aux mortels qui nous tendent les bras,
Pleurants, comme effrayés d’un sort involontaire.
 
Où va-t-on quand, lassé d’un chemin sans bonheur,
On tourne vers le ciel un regard chargé d’ombre ?
Quand on ferme sur nous l’autre porte, si sombre !
Et qu’un ami n’a plus que nos traits dans son cœur ?
 
Ah ! quand je descendrai rapide, palpitante,
L’invisible sentier qu’on ne remonte pas,
Reconnaîtrai-je enfin la seule âme constante
Qui m’aimait imparfaite et me grondait si bas ?
 
Te verrai-je, Albertine ! ombre jeune et craintive ?
Jeune, tu t’envolas peureuse des autans :
Dénouant pour mourir ta robe de printemps,
Tu dis : « Semez ces fleurs sur ma cendre captive. »
 
Oui ! je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants,
Miroir de la pitié qui marchait sur tes traces,
Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces,
Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements !
 
Oui, tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile,
Albertine ! et tu sais l’autre vie avant moi.
Un jour, j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile ;
Elle a baisé mon front, et j’ai dit : « C’est donc toi ! »
 
Viens encor, viens ! j’ai tant de choses à te dire !
Ce qu’on t’a fait souffrir, je le sais ! j’ai souffert.
Ô ma plus que sœur, viens ! ce que je n’ose écrire,
Viens le voir palpiter dans mon cœur entrouvert !

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L’invitation au voyage        

Illustration 56
Dante-gabriel-rossetti-proserpine
    `

                                                           Baudelaire

Mon enfant, ma sœur,

  Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

  Aimer à loisir,

  Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

  Les soleils mouillés

  De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

  Si mystérieux

  De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,

  Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ;

  Les plus rares fleurs

  Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l’ambre,

  Les riches plafonds,

  Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

  Tout y parlerait

  À l’âme en secret

Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

  Vois sur ces canaux

  Dormir ces vaisseaux

Dont l’humeur est vagabonde ;

  C’est pour assouvir

  Ton moindre désir

Qu’ils viennent du bout du monde.

  — Les soleils couchants

  Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

  D’hyacinthe et d’or ;

  Le monde s’endort

Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

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Illustration 57
©cinemagraph Julien Douvier

I. — LES RIVIÈRES                  Georges Rodenbach

                                                                                  L’eau qui parle

 
Te rappelles-tu nos calmes rivières
Qui se répandaient, limpides et fières,
À travers les champs fleuris de houblons,
Dans le beau pays où les toits sont blonds.
Te rappelles-tu nos rivières lentes
Qui traînaient au loin leurs eaux indolentes,
Tristes de quitter un si doux climat.
À peine une barque avec un long mât
Troublait le sommeil des rivières calmes,
Où les nénuphars allongeaient leurs palmes,
Les nénuphars blancs qui semblaient des lys.
Oh ! les noms charmants : la Dendre et la Lys,
Qui, venant de voir quelques villes proches,
Conservaient encor un adieu de cloches,
Et dans la campagne apaisant leurs eaux
Chuchotaient tous bas aux jeunes roseaux
Qu’il est beau de voir sous des ciels maussades,
Le gothique noir des vieilles façades !
 

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Illustration 78
V_O_I_X_

Illustration 79
L__A__C__T__É__E__

Voie lactée ô soeur lumineuse...

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

Regret des yeux de la putain
Et belle comme une panthère
Amour vos baisers florentins
Avaient une saveur amère
Qui a rebuté nos destins

Ses regards laissaient une traîne
D'étoiles dans les soirs tremblants
Dans ses yeux nageaient les sirènes
Et nos baisers mordus sanglants
Faisaient pleurer nos fées marraines

Mais en vérité je l'attends
Avec mon coeur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t'en
Si jamais reviens cette femme
Je lui dirai Je suis content

Mon coeur et ma tête se vident
Tout le ciel s'écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide

Je ne veux jamais l'oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier

Les satyres et les pyraustes
Les égypans les feux follets
Et les destins damnés ou faustes
La corde au cou comme à Calais
Sur ma douleur quel holocauste

Douleur qui doubles les destins
La licorne et le capricorne
Mon âme et mon corps incertains
Te fuient ô bûcher divin qu'ornent
Des astres des fleurs du matin

Malheur dieu pâle aux yeux d'ivoire
Tes prêtres fous t'ont-ils paré
Tes victimes en robe noire
Ont-elles vainement pleuré
Malheur dieu qu'il ne faut pas croire

Et toi qui me suis en rampant
Dieu de mes dieux morts en automne
Tu mesures combien d’empans
J'ai droit que la terre me donne
O mon ombre ô mon vieux serpent

Au soleil parce que tu l'aimes
Je t'ai mené souviens-t'en bien
Ténébreuse épouse que j'aime
Tu es à moi en n'étant rien
O mon ombre en deuil de moi-même

L'hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers
Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l'Avril léger

Mort d'immortels argyraspides
La neige aux boucliers d'argent
Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui ressourient les yeux humides

Mais moi j'ai le coeur aussi gros
Qu'un cul de dame damascène
O mon amour je t'aimais trop
Et maintenant j'ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau

Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon coeur et la folie
Veux raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j'oublie

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918) 

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