Marseille, "the place to go" en 2013.

Face à la bonne mère, sur une place de l'Hôtel de Ville refaite à neuf, construit d'un bois chaleureux, le « Pavillon M » est un beau bâtiment faisant office de point névralgique de l'opération « Marseille-Provence 2013 » (MP2013). Choisie pour être capitale européenne de la culture, la ville de Marseille a investi 3 millions d'euros pour un édifice qui ne durera pourtant que le temps de « l'année capitale ». Les débats ont été en apparence houleux, certes, mais PS et UMPs'accordent pour défendre l'année 2013 et le rayonnement internation de Marseille, devenant « the place to go » -après Rio de Janeiro- selon le New York Times. En déplaçant notre point de vue sur le quotidien des associations sociales et culturelles de la cité, la réalité tranche pourtant avec cet unanimisme.

Des millions d'euros pour une opération de com'

La visite du Pavillon M en est une illustration caricaturale. Les expositions permanentes et animations multimédias, fort nombreuses, évitent ainsi soigneusement d'évoquer des emblèmes Marseillais un peu trop gênants. Lorsque le chapitre « culture » oublie la place du rap dans la ville et que le volet histoire met de côté les immigrations postcoloniales (en consacrant pourtant un reportage à l'arrivée des Pieds Noirs), c'est pour mieux laisser place à un opération de com' à 2 millions d'euros, à la limite du bourrage de crâne, sur l'opération Euromed. Ce nouveau pôle financier qui a du mal à démarrer, construit sur les ruines d'anciens quartiers populaires, vient compléter le lifting du vieux quartier populaire du Panier devenu tristement semblable à l'image qu'en donne la série « Plus Belle la Vie ». Le week end d'inauguration faisait lui aussi la part belle à Euromed, ne laissant planer aucun doute quant à ses objectifs. Après avoir fait fermer de nombreux lieux associatifs qui faisaient vivre tant bien que mal les nuits marseillaises (coupes de subventions, répressions administratives et policières), le centre ville s'est ainsi déplacé des quartiers populaires vers le nouveau quartier d'affaire. La soirée inaugurale du 12 janvier « offrait » ainsi aux Marseillais une vingtaine d'activités culturelles dont les ¾ étaient concentrées dans ce nouveau centre. Quelle belle opération de com' donc que de voir les 400 000 participants, issus de toutes les couches sociales, faire -mollement- la fête entre des bâtiments dont certains de leurs amis, parents ont été expulsés les années précédentes. Pour sur, peu d'entre eux auront de nouveau l'occasion de profiter des nouveaux équipements qui y sont construits pour attirer les investisseurs.

Dans les quartiers, ça bouillonne.

Continuons la visite. Un peu plus au Nord, entre les tours de bétons que vous ne verrez pas au pavillon M, il serait faux de dire que MP2013 a oublié les habitants des cités, et eux non plus n'ont pas oublié MP2013. C'est dans le Grand Saint Barthélémy, cité à l'identité militante affirmée depuis longtemps, qu'a été donné le coup d'envoi de l'expression critique et populaire. MP2013 voulait y implanter l'un des 13 « Quartiers Créatifs » censés « apporter » la culture dans les quartiers et rectifier le tir d'une programmation concentrée de manière trop visible sur le centre ville. Fort d'un tissu associatif qui n'a pas besoin qu'on lui donne des leçons de culture mais plutôt des subventions, mobilisé depuis deux ans pour faire face aux dangers de l'opération de rénovation urbaine en cours, les acteurs associatifs se sont mobilisés depuis Novembre pour critiquer de manière globale le projet. Les Quartiers Créatifs sont annoncés clairement dans leur convention d'objectif comme devant permettre de « valoriser les changements urbains » et ainsi masquer les conflits sociaux. Concertation inexistante, budget de 420 000€ pour un jardin artistique éphémère -comme le pavillon M, décidément c'est une manie-, aucune retombée économique pour les associations et les habitants … la critique du projet a permis aux associations de faire de nouvelles propositions pour un développement culturel, urbain et économique pérenne. Alors que le tissu culturel avait été mis sous pression de par la précarité des structures et des intermittents du spectacle, cette nouvelle mobilisation dans le Grand Saint Barthélémy a donc permis d'attirer quelques médias nationaux et de bousculer les élus. Bien sur, la réponse ne s'est pas faite attendre et Valérie Boyer, députée UMP et élue municipale en charge de la Politique de Ville et des rénovations urbaines s'est empressée de comparer les associations à une mafia. Malgré les pressions, telle que la menace de licenciement sur l'une des militantes du quartier et également salariée du théâtre du Merlan, scène nationale partenaire du projet, la ténacité commence ici à payer et les projets portés par les associations pourraient, nous l'espérons, aboutir prochainement, posant ainsi de biens meilleures bases de travail avec des artistes coincés dans un conflit social dans lequel la Ville souhaite les utiliser.

Descendez à la capitale

Si vous « descendez à la capitale » cette année donc, ne boudez pas le plaisir d'aller visiter les expositions et profiter des spectacles, ce serait gâcher les 91 millions d'euros investis pour la programmation et qui viennent s'ajouter aux centaines de millions d'euros d'investissements d'équipements. N'hésitez pas mais à une condition : venez voir les coulisses, les quartiers populaires et leurs associations, les « petits lieux » culturels qui tentent de s'organiser ou encore le festival Paroles de Galère, autofinancé et militant. Bref, Marseille n'a pas attendu 2013 pour être une ville riche culturellement, populaire et fière de ses immigrations. Si « l'année capitale » souhaite une nouvelle fois tourner le dos à cette histoire et cette identité, cela ne nous découragera pas de vous faire visiter le Marseille des résistances.

 

pour aller plus loin, voir les articles sur le sujet sur Médiapart : http://www.mediapart.fr/search/apachesolr_search/marseille%20provence%202013

en particulier, l'article de Louise Fessard sur culture & rénovation urbaine : http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/100113/marseille-2013-quand-la-culture-se-heurte-la-renovation-urbaine

 

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