Première sortie de Stéphane Ravier (FN) dans une cité marseillaise

Ça devait arriver. Stéphane Ravier, le maire FN fraîchement élu dans le 7ème secteur de Marseille, à la faveur de l'abstention et du vote des zones résidentielles ultra sécurisées, a choisi la Busserine pour venir pointer son nez pour la première fois dans une cité, en plein moment de deuil. Ce matin, peu avant 10h, 6 balles, 1 mort de plus, un jeune papa de 25 ans, abattu sous la fenêtre de sa mère.

Ça devait arriver. Stéphane Ravier, le maire FN fraîchement élu dans le 7ème secteur de Marseille, à la faveur de l'abstention et du vote des zones résidentielles ultra sécurisées, a choisi la Busserine pour venir pointer son nez pour la première fois dans une cité, en plein moment de deuil. Ce matin, peu avant 10h, 6 balles, 1 mort de plus, un jeune papa de 25 ans, abattu sous la fenêtre de sa mère.

Un meurtre de plus, le 3ème décès d'enfants de ce territoire en moins d'un mois, l'un suite à une course poursuite avec la police, les deux autres abattus lors de crimes liés aux trafics de drogues.

Vers 13h, Stéphane Ravier se pointe, confiant, seul avec son chauffeur. Après une rapide prise de contact avec la police, les journalistes l'interrogent sur "l'insécurité". Le discours est bien rodé, la communication sans accroc, digne de celles du PS ou de l'UMP : "laissez faire la police républicaine", "il leur faut plus de moyens", "le gouvernement ne fait pas son travail" ... rien de plus. En somme, un discours sécuritaire qui n'a plus besoin de tomber dans la surenchère, tant il a été banalisé par la droite et par une partie de la gauche. On croirait entendre le FN reprendre des discours communs si ce n'est qu'il faut se rappeler que ce sont l'UMP et le PS qui ont alimenté leurs propositions politiques de celles portées par le FN.

Mais les vraies questions ne sont jamais loin, les habitants non plus, et le masque tombe vite. Un journaliste commence à l'interroger sur les vraies préoccupations des habitants et tranche de ses collègues pour la plupart amorphes : on parle donc enfin de travail dans une cité où le chômage culmine à près de 50%, l'élu évite la question et balbutie quelques mots "oui c'est vrai, mais parlons d'abord de sécurité". Puis un habitant lui tend une lettre de son bailleur, annonçant la présence d'amiante dans son appartement. Ravier commence à être bousculé, sur un terrain qu'il déteste : la réalité. "Je ne suis que maire de secteur, je ne peux rien faire de plus", alors pourquoi venir ?

"Oui, il faut du travail, mais dans les noyaux villageois aussi", on sent le "les nôtres d'abord" pointer son nez au bout de sa langue. Il poursuit : "partout en France, des familles manquent de travail, ce n'est pas pour ça que leurs enfants vont dealer", "parlons de sécurité et de démanteler les réseaux, on parlera ensuite du travail" et enfin "de toutes façons, l'un des principaux problèmes, c'est que les familles démissionnent, si elles ne laissaient pas leurs enfants traîner dans la rue, ils ne rentreraient pas dans les mafias". La tension commence à monter et le sujet traîne pendant 1 ou 2 minutes. Les habitants, d'abord peu réactifs à son arrivée, commencent à s'attrouper, car deux d'entre eux ont osé l'interpeller. Le jeu n'est plus seulement médiatique, le FN doit répondre de ses actes devant les habitants. Unanimement, la vingtaine d'habitants sortie un instant du deuil pour voir ce que "le nouveau" est venu dire réagissent par le dégoût. "Un de plus" diront certains, en référence aux politiciens venus depuis des décennies faire leur campagne sur le dos des deuils qui se multiplient. "Il a osé" réagiront d'autres, profondément choqués qu'en cet instant de deuil, le FN ose attaquer la responsabilité de familles qu'il n'a sûrement jamais rencontrées, dont il ne connaît rien de leurs réalités.

Le masque tombe donc rapidement : le FN reste l'ennemi des travailleurs. La scène n'a pas duré plus d'une demi heure et S. Ravier s'en va après avoir été interpellé par une militante, ancienne élue Front de Gauche, présente sur les listes de Pape Diouf. "Je ne veux pas parler de politique ici" ... ou en tous cas pas dans la contradiction puisque le nouveau maire déjà en campagne pour les européennes n'a pas hésité juste avant à pointer du doigt l'Union Européenne, co-responsable avec le Maroc de la situation, selon lui. On comprend désormais pourquoi est-il venu faire ce "bain de foule" (selon les termes d'une journaliste) qui n'en était finalement pas un. "On se reverra à la Mairie" lance-t-il en s'en allant, oubliant même la composition de son conseil municipal puisque la candidate n'a pas été élue.

Non, ce ne sont pas les familles qui sont responsables de la crise et des réseaux de deals florissants. Non, les familles ne démissionnent pas, elles se battent contre les réseaux et surtout contre la drogue, le chômage, la précarité du cadre de vie, en témoigne la mère du jeune abattu il y a deux semaines sur l'autoroute, une militante historique du territoire qui a créé les premières actions innovantes de lutte contre la toxicomanie dans les années 80, avant qu'on ne lui coupe les subventions.

Non, elles ne démissionnent pas, elles se battent pour maintenir des solidarités malgré qu'on leur enlève les subventions aux associations et qu'on les enfonce dans la précarité. Non, la police et les policiers ne sont pas la solution, ils sont une partie du problème lorsqu'ils font monter systématiquement la tension, en témoigne la mort récente d'un jeune d'une autre cité voisine, poursuivi par la police, "mort pour rien, pour 100€" comme me le disait récemment un jeune guetteur du réseau voisin. En témoigne également "les attitudes de cow-boys" de certains d'entre eux ce matin.

Le FN défend lui ce système, vecteur de chômage, qui créé les conditions de prolifération de la drogue et des réseaux qui y sont liés et préfère accuser des familles qui galèrent tous les jours, coincées entre le chômage et l'amiante, refusant de parler d'emploi et de conditions de vie.

Oui, le FN est notre pire ennemi, le meilleur allié du chômage et du racisme, des politiques sécuritaires et de la haine. Si le masque n'est peut être pas totalement tombé, ces quelques habitants ont peut-être sans le vouloir commencé à le lui arracher. Stéphane Ravier, s'il pouvait bénéficier du dégoût du politique qui s'est installé chez les habitants de la Busserine ou d'ailleurs, n'a donc pas résisté à l'épreuve de la réalité.

[MAJ 24/04/2014 : on me signale à juste titre que ce n'est pas seulement la maman du jeune qui habitait au dessus et qui "ne démissionnait pas" mais l'ensemble des familles, hommes et femmes confondus. Je voulais ici répondre à S. Ravier et je me suis moi même laissé prendre dans des termes du débat ciblés sur la figure des "mamans épleurées" et surtout isolées dans un monde "d'hommes violents" alors que ces solidarités dépassent les questions de genre]

Crédit photo : afp.com/Boris Horvat.

 

 

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