Je suis Mila!

Mediapart : un féminisme très sélectif?

La posture dogmatique d'une certaine gauche nous coûte très cher, à nous les femmes et à notre liberté en général. Le silence ahurissant de Mediapart sur Mila me glace. Charlie avait été lâché en 2010, Mila est aujourd'hui abandonnée. Charlie se moquait des religions et des intégristes religieux. Si tous les journaux  avaient, comme Charlie, publié les caricatures en solidarité, si la gauche unanime avait été intransigeante sur la liberté d'expression, les copains de Charlie n'auraient pas été isolés. C'est cet isolement qui leur a coûté la vie. Désignés comme cible par la lâcheté des gens de "gauche", ils étaient seuls, comme Mila aujourd'hui, comme tous ces intellectuels, écrivains ou journalistes qui vivent sous protection policière.

Mais depuis quand la gauche lèche-t-elle les bottes des intégristes religieux?  Comment peut-elle assimiler ces comportements de brutes   fascistes et phallocrates aux musulmans et les comprendre, les excuser? Question amalgame, on ne peut faire pire : donc, tout musulman est a priori assimilé à des pratiques violentes et intolérantes. C'est normal, il est comme ça, respectons le. Si on critique sa religion, il est naturel que le musulman se venge par le meurtre, il faut le comprendre.

La porte-parole d' EELV, Sandra Regol, expliquait sur une chaine d'info continue que ce n'était qu'une dispute entre jeunes. Dans une cour de récréation, cela se serait terminé par une bagarre et puis c'est tout. Ah? En effet, Mila se serait fait casser la figure ou même "punir" dans les toilettes, loin du regard des adultes, ce qui est tout à fait rassurant. Et puis c'est la faute de l’Éducation nationale qui n'a pas de places pour des élèves non adaptés pour la rescolariser. Mais est-ce Mila qui n'est pas adaptée ou les violents qui veulent la zigouiller? Tous ceux et celles qui prennent des postures pour pleurer avec #Metoo, qui soupirent de chagrin sur les féminicides expliquent que Mila n'avait pas à s'exprimer ainsi et qu'elle a commis une grave offense. Mais rien sur la drague lourde, harcelante, les insultes du macho. Rien sur les insultes haineuses et homophobes, rien sur les menaces de mort lui promettant l'égorgement. Apparemment, les gros mots de Mila, c'est bien plus grave. Elle n'a pas le droit d'être en colère, de rejeter le harcèlement en envoyant balader aux orties un type qui l'insulte, qui l'offense dans son intégrité de femme.  Et de dire que les religions l'emmerdent, ce ne serait pas son droit? Elle ne porte pas préjudice physique, n'appelle pas au meurtre. Comment peut-on comparer des mots à des menaces de mort réelles? Elle choque certains, comme d'autres sont choqués par les paroles homophobes, racistes et sexistes de certains rappeurs. Kaaris,&Booba sont-ils sous protection policière? Qui les poursuivrait dans la rue pour les tuer en criant "La France est grande et Marcel est son prophète!"? Et si un dingo le faisait, qui trouverait cela excusable ou compréhensible?

Certes, les élections municipales ne sont pas loin : pourtant, les calculs électoralistes des partis dits de gauche et féministes sont dérisoires. Ils veulent conquérir les votes des "musulmans". Ils  révèlent surtout  leur vision négative de ceux qu'ils voient encore comme des "immigrés" avec droit de vote, tellement crétins et écrasés de misère qu'ils sont incapables de comprendre une discours rationnel et tolérant. En réalité, ils leur refusent la capacité d'un débat franc et ouvert. Par contre, ils traitent d'islamophobes et de racistes -Eh oui!- des intellectuels musulmans  qui alertent sur la progression de l'islamisme, financé largement par de sympathiques pays comme l'Arabie saoudite ou le Qatar. Clientélisme bas : une gamine de seize ans vaut bien moins que quelques postes de conseillers municipaux. Et en plus, ils se plantent : ces furieux de la race et de la religion ne sont pas à gauche. Si le RN n'était pas xénophobe, ils voteraient plutôt pour lui, bien qu'il soit un peu trop cool sur les homos à leur goût. C'est vraiment ne pas les connaitre.

Donc, je pleure et je rage sur une gauche de merde qui a perdu son ADN, celui du courage et de la libre pensée. Celle qui sait dire "Ni Dieu ni maître!" existe encore, dans la rue, chez les Gilets jaunes dont je suis, dans les AG. Celle qui discute sec, en toute fraternité, avec tout musulman, modéré, piétiste ou islamiste et qui sait lui dire quand il dit des conneries. Celle qui milite, cherche l'échange et n'a pas peur de la sincérité et de ses valeurs. Celle qui ne s’aplatit pas devant la force et qui ne se prostitue pas pour quelques bulletins de vote. Celle qui n'abandonne pas les femmes ni tous ceux menacés par la violence islamiste, et Dieu sait s'ils sont nombreux.

Je dis merde aux Tartuffe copains de Tariq Ramadan, bourreau physique et théorique des femmes.

Avant de me désabonner, j'embrasse Zineb de Charlie, petite sœur si courageuse, Mila si seule devant les brutes invisibles qui la menacent et le fantôme de Samira, mon élève assassinée il y a vingt ans déjà par ses frères fanatiques.

 

 

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