La Drôle de guerre : Blanquer, les islamistes et les islamo gauchistes

2015, salle de cours, Paris 19e : « Et bientôt, ce sera votre tour… » parole d’élève à un enseignant dans le cadre d’une discussion après le massacre de Charlie.

Quand j’entends monsieur Blanquer, Ministre-fossoyeur de l’Éducation Nationale, imputer  aux « islamo-gauchistes » la responsabilité de cette horrible histoire, je me dis que le mensonge et l’hypocrisie sont devenues les deux mamelles  de l’Éducation Nationale.

Gouvernements de gauche (ne rions pas) ou de droite, le même déni a été pratiqué depuis plus de 20 ans par l’Éducation Nationale. La montée d’un fascisme islamiste militant a été niée, les dérives sectaires amalgamées à l’islam «normal». Donc, il fallait discuter, apaiser.  On discute avec le totalitarisme, avec les menaces et la violence .Genre accords de Munich avec Hitler, traumatisé par la défaite de 1918. On sait où nous mènent ces Drôles de guerre. Mais on recommence. C’est une spécialité française.

On rend fous les enseignants avec des injonctions contradictoires : enseigner les lois laïques et les droits constitutionnels en grand respect MAIS ne rien faire en cas de manifestation intolérante ou violente en cours. Écouter, tempérer avec les incitations à la haine, les racismes, le sectarisme religieux. Et si ça continue, c’est qu’on est un mauvais prof qui ne sait pas discuter bien comme il faut avec les élèves.

On diligente en 2004 Jean-Pierre Obin pour rapporter l’état des lieux et on l’ignore royalement. On tourne la tête devant les pressions, les intimidations des salafistes, le climat conformiste et intolérant qu’ils essaient (et réussissent dans certains quartiers et dans certaines classes) à imposer, fermer les yeux sur des pratiques sectaires qui ciblent les plus jeunes (comme les fascistes). Oui, faiblesse et complaisance, soumission devant les plus méchants, ignorance des autres, élèves « normaux », musulmans ou pas et qui aimeraient bien sortir de ce remugle Race & Religion.

Aucun soutien de l’enseignant, toujours soupçonné a priori d’être en tort. C’est vrai, il faut bien casser ces « agents » qui depuis 1995, se sont ralliés aux mouvements sociaux et refusent oh ! bien gentiment, la destruction programmée de l’École publique.

On demande à l’enseignant de se comporter comme un Saint, de recevoir les flèches en regardant le ciel (pédagogique ?) les yeux plein de larmes.

Pour rappel, Samuel Paty n’a-t-il pas eu à s’expliquer, voire à s’excuser auprès des parents d’élèves, et un Inspecteur référent à la Laïcité n’est-il pas venu lui « rappeler les règles » ? Malgré les dénégations frénétiques, il semble bien que le professeur ait été, au mieux, tenu de se justifier, en tout cas placé à 50/50 avec  la famille.

Il a été soutenu dans son collège. Certes. Mais n’empêche qu’il semble normal à un Principal de recevoir un militant salafiste avec le père d’une élève absente et menteuse. Qu’a-t-on à « discuter » quand un de ses enseignants est calomnié par un parent d’élève déchainé  et un militant salafiste connu pour sa virulence ? La cabale sur les réseaux sociaux aurait dû alerter sur la sécurité de l’enseignant avant tout. Je ne jette pas la pierre à la Principale du collège : les chefs d’établissement ont des ordres  et ils les appliquent. Eux aussi sont sous pression et avalent bien des couleuvres.

Donc, on organise une grande réunion pour en causer un brin, avalisant la pertinence d’une réaction fanatique et intolérante avec laquelle il faut composer. Tout le monde était content, juste avant les vacances en plus. On connait la suite.

C’est cette fine stratégie de dialogue et d’ouverture avec les fous furieux de la Race et de la Religion qui nous amène là où nous en sommes.

Mr Blanquer était très réservé le lendemain du meurtre de Samuel Paty. Il a bien parlé d’école, de République menacée mais pas de Samuel. C’est la réaction de tous qui a fait évoluer vers l’hommage récupérateur que l’on connait.

Et puis  il s’énerve : c’est la faute aux islamo-gauchistes tout ça. C’est quoi un islamo-gauchiste pour Blanquer ?

Pour moi, ce sont des enseignants, CPE ou autres qui obéissent aux ordres de l’Éducation nationale et qui composent, et qui dénient.

 Alors, je ne vois pas pourquoi  monsieur Blanquer  les accable : ils ont obéi aux ordres et ont suivi le déni de la hiérarchie.  Ils ont prôné la même prudence, ont écouté et vu sans réagir parce que, en sociologues éclairés auto-proclamés, ils ont imputé ces dérives islamistes à  la misère des pauvres. Et ces dérives sont excusables et à relativiser. Ou à récupérer. Avec condescendance, ils ont donc abandonné toute ambition  et  ont cessé d’entendre les horreurs qui les ennuyaient. De toute façon, c’est ce qu’on leur demandait.

Obéissants et solidaires avec leur hiérarchie, ils ont condamné l'«islamophobie» de leurs collègues, su vaillamment résister aux inquiétudes de leurs emmerdeuses de collègues au féminisme dépassé, fermé les yeux sur les pressions entre élèves. L’ingratitude de Mr Blanquer à leur égard est proprement scandaleuse et amnésique.

Oui, vraiment, Drôle de guerre…alliance de fait entre les objectifs néo-libéraux d’une destruction de l’École publique (si ça sombre dans le chaos, tant mieux pour les écoles privées) et les confusionnismes militants de tout poil (LFI, gauche de petits-bourgeois qui culpabilise, Verts, Indigènes pas républicains, la liste est longue) avec des communautaristes divers et variés, plus ou moins violents mais qui diffusent de façon rampante les prémisses d’une société totalitaire où tout le monde est coupable de tout.

Je suis persuadée que cet abrutissement est loin d’être majoritaire : nous subissons les agissements de minorités bruyantes et agressives  qui occupent le terrain, histoire de faire un peu oublier la casse sociale et environnementale, l’état de l’hôpital public en temps de pandémie. Ces diversions arrangent bien des pouvoirs aux abois.

En réalité, nous manquons de fermeté dans nos principes de liberté dans notre quotidien. Nous sommes déjà dans la peur, entre les tirs de LBD dans les manifs et les attentats. Fermeté n’est pas répression : elle est affirmation courageuse des principes de liberté et d’égalité, loin des incitations racistes ou identitaires. Ne pas détourner les yeux quand nos élèves  versent dans le sectarisme et l’intolérance, lutter contre ce fanatisme qui les met en danger. Oui, continuer à faire les cours comme Samuel Paty.  

On oublie la puissance des idées : ce sont toujours les écrivains, penseurs, journalistes, dessinateurs de la liberté qui sont les premiers visés par le fascisme. Partout et de tout temps. Parce qu’ils sont les plus puissants. Enfin, s’ils sont soutenus et suivis. Car ce sont nos peurs qui isolent les courageux et les transforment en cibles. On croit ainsi se planquer peinard : erreur, le totalitarisme est méthodique, il ira jusqu’au bout. Les plus courageux d’abord puis les autres, petites souris terrorisées, une à une. Espérer la paix avec le fascisme, c’est ce qu’on avait fait en 1938, non ?

 

 

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