Cher Michel
Agrandissement : Illustration 1
Cymès
Vous avez tenu lundi 27 février sur le plateau de l'émission "C à vous", des propos assez surprenants au sujet de la légalisation du cannabis, propos auxquels le CIRC souhaite réagir en tant qu'association de cannabinophiles.
Depuis quelques années, les seuls arguments avancés pour légitimer la prohibition de cette plante concernent LA jeunesse et « les dégâts sur le cerveau en formation de nos ados » comme vous le rappeliez. Ce cerveau dont on se soucie peu quand il s’agit de prescrire à nos jeunes des médicaments pour calmer leur « suractivité », de les nourrir d’aliments saturés de substances chimiques nocives, de sucres et de graisses ou enfin d’ondes électromagnétiques diffusées par les portables dont ils usent et abusent.
Ces mêmes ados dont on ne se pose pas non-plus la question si leur entrée dans l’âge adulte avec le statut de délinquant n’est pas responsable de la défiance à l’égard de l’autorité que l’on dénonce par ailleurs. Pas plus que l’on se demande si les violences policières récemment mises au jour, ne verraient leur origine dans le harcèlement quotidien dont ils sont victimes sous prétexte de lutte contre les stupéfiants et le cannabis en particulier. Faut-il ajouter que ce sont surtout des jeunes issus des quartiers populaires et des « minorités visibles » comme on dit poliment, qui en font les frais ?
S’agissant du dispositif légal, nous voudrions attirer votre attention sur le fait que la France détient le record de consommation en général et chez les jeunes en particulier. Nos voisins ayant seulement dépénalisé l’usage sont loin derrière. Cela ne vous fait-il pas douter de la pertinence du dogme prohibitionniste qui, depuis sont adoption, nous promet une éradication des stupéfiants avec les résultats que nous observons ?
Nous sommes d’autant plus désolé(e)s par votre position qu’elle sous-entend que les thèses antiprohibitionnistes viseraient à encourager l’usage. Le pensez-vous sérieusement ? Croyez-vous vraiment que, pour ne parler que de notre association – le CIRC – elle ait pour objectif que nos concitoyen(ne)s, quelque soit leur âge, se mettent à consommer du chanvre ? Évidemment non ! Comme l’ensemble des acteurs de la réduction des risques, ce que nous visons, c’est le respect des libertés individuelles, lesquelles sont largement bafouées en l’occurrence, l’usage de stupéfiants relevant d’un acte individuel dépourvu de victime. Personne n’oblige quiconque à modifier son état de conscience et cet état modifié est un droit humain.
C’est donc justement en tant que médecin que vous devriez réfléchir aux graves conséquences sanitaires et sociales que pose la prohibition. Au fait que cette dernière limite voire interdit aux usagers problématiques qui ne représentent, soit dit en passant, pas plus de 10 % de l’ensemble des cannabinophiles, d’oser se présenter auprès de services sociaux ou sanitaires, ces derniers ne les rencontrant le plus souvent qu’à l’occasion de « péripéties » judiciaires.
Notre analyse de la situation ne serait pas complète si nous n’ajoutions pas le laxisme qui entoure la dérégulation actuelle du marché. Celle qui abandonne aux réseaux criminels le négoce du cannabis, avec tout ce que nous observons de règlements de compte sanglant, toujours dans les quartiers populaires, et l’insécurité vécue par leurs habitant(e)s du fait des activités liées au trafic comme des initiatives policières.
Faut-il enfin rappeler que la situation que nous connaissons aujourd’hui et tout ce que nous pouvons constater aujourd’hui tant au niveau de l’explosion des trafics que des consommations, intervient dans un contexte de stricte prohibition. Ne doit-on dès lors pas s’interroger sur son efficacité et réfléchir à des alternatives ?
Non, la légalisation ne prétend pas éradiquer les drogues mais « seulement » éviter qu’elles ne représentent un danger plus grave que ce qu’elles sont en réalité pour leurs amateur(trice)s et la société. « Les drogues ne sont pas interdites parce qu’elles sont dangereuses, elles sont dangereuses parce qu’elles sont interdites » aimait à répéter feu le parrain de notre association, l’ex-procureur de la République de Valence, le regretté Georges Apap. Une belle formule sur laquelle nous vous invitons à méditer.
Merci pour votre attention.
KShoo,
pour la Fédération des CIRCs.