L'abstention comme arme politique, la suite

Et si, et si, et si ? Et si l’extrême-droite parvenait à la magistrature suprême ? Et si le bellâtre adoubé par la caste politique traditionnelle et la finance, se prenait un râteau ? Pour cette dernière, il ne faut pas s’inquiéter. Le capitaliste a ceci de remarquable qu’il est capable de s’adapter à n’importe quel tendance politique, du moment que celle-ci lui laisse mener ses petites affaires…

Manif lycéenne Manif lycéenne
Et gageons qu’en l’occurrence, Marine ne le contraindra pas trop, du moment qu’il suit sa politique identitaire.

En attendant l’on assise à un espèce de branle-bas-le-combat pathétique avec les mêmes acteur(trice)s, d’un côté des responsables politiques dépouillé(e)s de leurs partis désormais en lambeaux mais néanmoins prêt(e)s à s’en parer à nouveau ; de l’autres ces chroniqueurs, philosophes, politicien(ne)s à la retraite, artistes aussi, tâchant de mobiliser des électeur(trice)s désabusé(e)s par les pratiques de leurs dirigeant(e)s.

Il en aura fallut du temps pour se rendre compte de l’évidente capacité du système républicain actuel à générer corruption, affairisme et duplicité avec le vrai pouvoir qu’est la finance. Et ses partisan(e)s de venir ensuite nous faire la morale, de stigmatiser les abstentionnistes, de dénoncer « la montée des extrêmes » en n’hésitant pas à mettre dos à dos ceux de droite et de gauche. Quelle imposture ! Comme s’ils reposaient sur les mêmes bases. Cette malhonnêteté intellectuelle ne fait qu’ajouter à la confusion. Il n’y a pas de comparaison possible entre un mouvement portant en lui les germes de l’exclusion, du retour sur soi et de l’identité nationale, et cet autre appelant à l’émancipation des êtres humains, la liberté et l’internationalisme. Mais nous ne sommes pas à un mensonge prêt.

Qu’est-il pire à entendre que ces ex-révolutionnaires qui portèrent, voici un demi-siècle, la parole contestataire dans les universités, les rues et les usines, venir aujourd’hui nous sermonner, nous cracher quasi au visage, insulter des leaders politiques somme toute cohérents dans leur démarche. Ces donneurs de leçon, auto-proclamés détenteurs d’une juste vision, spécialistes du retournement de veste.

Quant à cette relecture de l’histoire par nos élites à ne considérer l’émergence du FN que depuis une quinzaine d’années alors que la planification date des années 80, qu’elle a été parfaitement orchestrée par le pouvoir mitterrandien appuyé par les principaux médias.

La vindicte s’amplifie au fur et à mesure que se rapproche l’échéance électorale du 7 mai. Le constat de la faiblesse du candidat préféré la motive d’autant. Le jeune Macron ne semble effectivement pas faire le poids face au tank lepéniste. Celui-ci dispose de réseaux militants en capacité d’occuper l’espace public tandis qu’En Marche ! ressemble à un parti hors-sol, réunissant affairistes, opportunistes de tous bords soutenu par un public tellement perdu qu’il en vient à plébisciter le premier venu du moment qu’il lui promet le changement.

Mais peut-on vraisemblablement prétendre au changement quand on professe toujours les mêmes sornettes ? Quand on affirme faire du neuf avec du vieux ? Quelle supercherie ! Quelle ignorance aussi et quelle folie de ne pas admettre que le véritable changement ne peut se faire sans une modification radicale de nos comportements économiques et sociaux. Une transition que l’on nomme écologique parce que de l’écologie dépend la survit de notre espèce comme celle de l’éco-système. On ne peut dénoncer les graves conséquences de l’activité industrielle humaine et se féliciter des ventes automobiles ou militaires. Nous vivons dans une schizophrénie totale où l’on en vient à défendre des industries mortifères au nom de l’emploi. Le capital a beau jeu de rendre complice de sa folie l’ensemble de la population.

Si c’est bien l’industrie agroalimentaire qui nous empoisonne depuis les champs jusque dans nos assiettes, appuyée par celle de la pétrochimie et du nucléaire, ce sont aussi ses principales victimes qui en assurent le bon fonctionnement. Car il en faut des bras et des cerveaux pour faire tourner la machine capitaliste. Il en faut des bouches pour se nourrir de sa production, consommer sans cesse tout un tas de produits inutiles, rapidement obsolètes ou voués à le devenir.

Qu’est-ce qui est le plus indécent ? L’arrogance du candidat des banques ou celle de l’héritière de la droite identitaire et ultra-réactionnaire qui n’en finit pas de nous donner des leçons de démocratie ? C’est la même insupportable prétention à vouloir décider de nos vies.

Le choix du 7 mai n’est pas un choix. Quoi qu’il en ressorte, il nous mènera dans un mur. L’un dur, frontal, frontiste, l’autre mou, sirupeux mais tout aussi mortel. Il n’existe pas d’avenir pour la société humaine en dehors d’un complet abandon du paradigme capitaliste. Nous n’y survivront pas. À un tel point que c’est à ce demander si ça n’est même pas déjà trop tard. À peine deux siècles d’industrialisation, et voilà que notre planète se meure. Qu’un processus fatal c’est enclenché, provoquant à son tour de nouvelles catastrophes en déclenchant d’autres encore.

Nous ne sommes qu’au début des scandales que dénonçaient les écologistes les plus éclairé(e)s, ceux du XIXème siècle déjà. Nous prenons quotidiennement la mesure de ce que notre production industrielle provoque à l’échelle mondiale. Du désordre organisé dans les sociétés dont les populations sont malmenées au gré des profits financiers. Des conséquences de la surconsommation de produits demandant autant si ce n’est plus d’énergie pour être fabriqués que pour être recyclés.

Nous marchons indubitablement sur la tête. Plus que jamais, faire « un pas de côté » comme le préconisaient les libertaires des années 60/70, relève de l’indispensable. Tout arrêter le temps de se poser pour réfléchir au sens à donner à nos vies. Sommes-nous voué(e)s à n’être que des homos consumericus, s’appauvrissant pour mieux enrichir nos maîtres ? Ou sommes-nous en mesure de reprendre en main notre avenir pour le rendre radieux et non funeste.

Dans tous les cas, ça n’est plus dans les urnes que se joue la politique, la vie de la cité, mais dans la rue, dans les associations, à travers tous ces réseaux de solidarité qui n’en finissent pas de s’organiser. Cette formidable aspiration à l’autonomie, l’autogestion que prônent depuis toujours les anarchistes et que l’on voit aujourd’hui mis en œuvre par tout un tas d’individus inconscients de l’héritage libertaire qu’ils perpétuent. Drapeaux noirs et rouges – verts aussi – flottent plus que jamais dans les esprits sans que l’on s’en rende compte. Il n’est plus besoin de s’en revendiquer pour en appliquer les principes. Ceux de la démocratie et de l’action directes, de la solidarité, du partage et de la fête.

Les témoignages de cette révolution en marche nous viennent aussi bien de certains médias institutionnels (avec par exemple l’émission Carnets de campagne sur France Inter), que des réseaux sociaux. Alors oui, ceux-ci relaient tout et n’importe quoi, mais le dénigrement dont ils sont victimes n’a d’égal que la crainte des médias traditionnels de perdre leur monopole de propagande. Que les gens se fassent leur propre opinion en empruntant des circuits autres que ceux de la pensée dominante, inquiète à juste titre ses partisan(e)s. Quand le pouvoir, quel qu’il soit, s’acharne sur d’autres opinions, il faut toujours se méfier et chercher à en connaître les motivations.

Le choix d’un ou d’une président(e) n’est en soi pas le plus important. Celui d’une assemblée de député(e)s sans doute un peu plus. Le choix de s’engager plus avant dans la vie de la cité, la politique au sens noble du terme, celle qui organise nos vies, définie nos aspirations et fait de la société ce qu’elle est, une abominable machine à broyer l’humain ou un formidable moyen de l’émanciper, ce choix est le plus déterminant.

Il n’est pas d’espoir ailleurs que dans la soumission comme le disait un philosophe situationniste. Ça n’est donc pas d’espoir dont nous avons besoin mais de projets concrets. D’utopies à réaliser ensemble et pour le bien de tous, le bien commun, celui que les libéraux et les identitaires vouent à l’anathème.

On tente de nous faire croire en l’importance des élections et de leurs conséquences, mais à leur terme, l’on se rend compte qu’il n’en est rien et qu’après la conquête du pouvoir par certain(e)s, la vie continue pour la majorité, avec les mêmes difficultés, les mêmes soucis et sans plus de solutions à l’horizon.

Il s’agit donc bien de révolutionner notre société, pacifiquement, socialement, en commençant par ne plus accepter de consommer bêtement. Si l’impulsion à une telle démarche ne vient pas d’en haut, il faut qu’elle se propage par le bas. Cela n’a rien d’évident, c’est certain. Mais faut-il attendre d’avoir des dirigeant(e)s éclairé(e)s pour entamer ce processus radical ? Le principal obstacle est la peur de l’inconnu. L’on sait pourtant où nous mène actuellement notre système économique. Vers la mort par l’épuisement des ressources et la pollution généralisée. On redoute cependant ce qui pourrait nous éviter le pire, sans doute par manque de courage. Car la transition ne se fera pas sans problèmes et c’est justement notre capacité à parvenir à les gérer qui la rendra supportable.

Si le chemin est encore long, il n’est cependant pas aussi impraticable.

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