À la première, outrageusement utilisée comme bouclier humain, assouplir la loi reviendrait à lui donner un « mauvais signal ». Mais que dire de celui consistant à la criminaliser pour sa pratique intégré du cannabis ? Peut-on vraiment considérer cela comme plus adapté ? Appuyés par une profession – celle des « addictologues » – répétant son inquiétude de voir des ados en pleine formation cérébrale, fumer des joints, ils semblent cependant oublier que la loi la plus répressive d’Europe n’a jusqu’ici fait que provoquer l’explosion de la consommation dans cette population.
La seconde, agitée tel un chiffon rouge, est tout aussi instrumentalisée à coup d’interprétation fallacieuse de statistiques et en dépit d’études menées à l’étranger et discrètement occultées pour les besoins de leur cause (voir le dossier du CIRC Lyon). Car il est une évidence : la question de l’usage du cannabis et de la sécurité routière ne peut être considérée à l’aune de l’émotion suscitée par quelque fait divers que ce soit.
L’argument consistant à mettre en relation des accidents de la circulation et la consommation de cannabis relève en effet d’une interprétation douteuse des chiffres recueillis. D’une part parce que les tests pratiqués, s’ils révèlent bien la présence de THC dans l’organisme*, ne certifient pas que les personnes incriminées sont sous son emprise. D’autre part parce que ces mêmes tests sont menés sur les victimes de ces accidents, ce qui fausse tout.
En tout état de cause les mesures prises par les autorités relèvent d’une application très arbitraire du Code de la route. S’il y a bien des règles à observer, elles devraient d’abord consister à évaluer précisément la capacité des cannabinophiles automobiliste à conduire leur véhicule, qu’il s’agisse d’individus débutants ou aguerris dans la conduite comme dans l’usage de cette drogue. Il serait tout aussi avisé de ne plus considérer l’ivresse cannabique comme celle de l’alcool. Si cette dernière encourage les conducteurs à la prise de risque, la première les rend au contraire très prudents, comme le confirme les études publiées sur ce sujet à l’étranger.
De ce fait, nous pourrions alors aussi nous demander dans quelle mesure le cannabis serait à l’origine de nombreux accidents évités. Nous avons tous parmi nos relations, des proches portés sur une pratique plutôt « sportive » de la conduite, mais définitivement plus prudent après avoir fumer un joint. Cela fait sans doute parti des vérités difficiles à entendre, mais qui d’autres que des cannabinophiles sont en mesure d’en parler ? Notre expérience fait pourtant office d’expertise, bien plus que la parole de celles et ceux qui s’expriment médiatiquement en tenant des propos toujours plus anxiogènes sur le cannabis.
La « nouvelle » campagne de la sécurité routière ne déroge pas à cette règle. Mettant en scène des jeunes, elle opte pour la culpabilisation plutôt que pour la responsabilisation, ce qui est de toute évidence contre-productif. Bien qu’elle rappelle le Droit en détaillant les conséquences d’un flagrant délit d’usage au volant, elle oublie soigneusement d’expliquer celles du retrait de permis qui entraine souvent perte d’’emploi, discorde familiale, stigmatisation sociale, etc.
Elle oublie aussi que la répression s’applique à tou(te)s, usagers récréatifs ou thérapeutiques. Et l’on sait que le nombre de ceux-ci augmentera lorsque les vertus médicales du cannabis seront enfin reconnus et sa prescription pharmaceutique répandue. Ne faudra-t-il pas alors envisager une « tolérance » comme cela se pratique avec les automobilistes usant de médicaments psychotropes ?
Pour toutes ces raisons, le CIRC insiste sur la nécessité d’entamer sans plus tarder la réalisation d’études dans ce domaine. Ses adhérent(e)s, cannabinophiles et automobilistes confirmés ou non, pourraient être mis à contribution, la plupart d’entre eux/elles se sentant jusqu’ici exclu(e)s de mesures les touchant pourtant directement dans leur vie de tous les jours.
Si cette décision devait être prise, on sait où nous trouver…
Fédération des CIRCs
* cannabinoïde psychoactif interdit et pouvant demeurer dans l’organisme durant de longues semaines sous une forme inactive.