Nos pensées devraient aller aujourd’hui non pas à ces millions d’individus qui, de bonne foi sans doute, mais néanmoins naïvement, ont apporté leur soutien à La République en marche en votant pour son fringant candidat, mais à toutes celles et ceux qui, de toute aussi bonne foi, ont répondu à son appel à un renouvellement de la classe politique.
Bon, stratégiquement parlant, il n’y a rien à redire. Ce coup-ci le capital l’a joué fine en optant pour un p’tit gars formé (pour ne pas dire formaté) depuis toujours à devenir quelqu’un. Ça n’est pas comme l’autre petit nerveux, un arriviste compulsif incapable de maîtriser ses nerfs et surtout plus enclin à se servir lui et ses potes, que le pays. En même temps, il ne faut pas rêver, dès lors qu’on nous promet de servir nos intérêts, il faut comprendre que se sont surtout ceux des puissant(e)s qui passeront en priorité, et ceux-ci sont généralement bien éloignés des nôtres…
Ils/elles sont donc quelques centaines à briguer un poste de député(e) à l’Assemblée Nationale. Issu(e)s principalement de la « société civile » parait-il. Il ne faut pas rêver, nous avons là surtout des professions libérales, des chefs d’entreprises, des retraités, bref, des classes moyennes ayant une bonne éducation et du temps à consacrer à cette nouvelle activité. Les ouvrier(e)s eux/elles, ont d’autres préoccupations que de s’investir dans la politique, surtout dans un mouvement où ils/elles ne se reconnaissent finalement pas.
L’objectif serait, selon le-dit parti, de renouveler une classe politique vieillissante, trop attachée à ses petites habitudes. Il s’agirait plutôt de placer à ces postes de parfait(e)s novices qui, dès leur entrée en fonction, auront à se prononcer sur des lois, des ordonnances dont ils/elles ne mesurent pas encore la portée, mais dont on peut être sûr(e) sans risquer le procès d’intention, qu’elles porteront un sale coup aux maigres acquis sociaux qui demeurent.
C’est ça l’enjeu. Profiter de l’enthousiasme suscité par l’avènement d’un jeune blanc-bec parfaitement formaté pour faire passer les pires lois. Avec l’assentiment d’hommes et de femmes issu(e)s de son électorat histoire de prétendre à une unanimité quant à son projet.
Je n’ose trop imaginer leur réaction à ces braves gens qui, dans la foulée, auront à assumer pour commencer, le saccage du Droit du travail ou de ce qu’il en reste. Quand grondera la contestation, lorsque les rues et les places se verront à nouveau occupées par des centaines de milliers de manifestant(e)s et qu’ils/elles auront à s’expliquer sur leur soutien à la politique gouvernementale.
Ou alors, on peut rêver là encore, ils/elles prendront le temps de bien examiner de quoi il en retourne et, malgré cet enthousiasme ambiant, ils/elles refuseront de s’y soumettre et rejèteront le projet.
En attendant, après la mésaventure DSK, force est de constater que le capital a réussi là un coup magistral en portant M. Emmanuel Macron à la présidence. Que l’on se demande encore comment un individu, même muni d’une intelligence supérieure, puisse se retrouver à cette position en aussi peu de temps (et en partant de rien), parait surréaliste. On ne peut mobiliser autant de moyens sans qu’il y ait derrière une énorme machine de communication, un rouleau compresseur financier. Si les partis « traditionnels » développent eux-mêmes des moyens importants pour mener ce genre de campagnes, on peut imaginer ce qu’il en a été pour La République en marche.
Cette force de frappe économique n’était pas suffisante. La participation (involontaire ?) de la chèvre frontiste, celle qu’on agite à chaque échéance pour s’assure les « votes utiles », était indispensable. Parce qu’on a beau être jeune, dynamique, bien présenter, ça n’est pas tout. D’où la nécessité d’agiter la menace marinière pour s’assurer les voix des indécis(es), entre autres.
Chapeau l’artiste donc parce que ça marche du feu de dieu. Il faut dire que les médias eux-mêmes y vont de cet enthousiasme en répétant le même discours, en relayant les mêmes mythes macroniens tout en pratiquant le dénigrement et la caricature des autres projets politiques.
La machine politico-médiatique est particulièrement bien rodée, mais elle n’échappera cependant pas au grain de sable populaire.
Attendons nous à une rentrée… insoumise ?