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Billet de blog 11 février 2018

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CE QUE SE DROGUER IMPLIQUE

Depuis toujours monopolisée par des politiciens en quête de carrière, relayés comme il se doit par des médias à court de sujets et plus récemment par une nouvelle filière médico-affairiste – celle de l’addictologie – il est temps que leurs amateurs eux-mêmes se ré-approprient la question des drogues. Car qui d’autre peut prétendre mieux qu’eux à l’expertise ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si l’on pouvait, dans les années 1960/1970, nous représenter sous la forme d’agents contre-culturels, forcément jeunes et subversifs, bref, comme de potentiels dangers pour la sécurité des nations occidentales, il est apparait qu’aujourd’hui, rien de tout cela ne tient. Un demi-siècle de répression acharnée est passé par là provoquant l’exact contraire de ce qu’elle était censée produire, à savoir une explosion de la consommation de substances psychoactives.

Une guerre perdue par ses partisans aussi bien que par les réseaux criminels aux-mêmes, ceux-ci ayant fort à craindre d’une régulation de ce négoce et de sa production.

Quels en sont les vainqueurs alors ? Leurs amateurs sans doute, les millions de consommateurs de ces plantes psychoactives illicites et de leurs produits dérivés. Une victoire au goût cependant amer étant donné le nombre de victimes. Mais quelle guerre n’en produit pas ?

Il est temps que nous reprenions la parole pour dire notre vérité sur ce sujet. Et si nous prétendons aujourd’hui en être les véritables experts, ça n’est pas pour en promouvoir l’usage. Cela nous est bien égal. Ce qui nous importe, c’est qu’enfin soit reconnu le droit de chacun à disposer de sa conscience et de son corps, quitte à les altérer le temps d’une expérience.

À nous dès lors d’exposer nos motivations, en dépit des difficultés s’il n’est pas question de repentie et de remord. Inhaler, ingérer ou injecter des substances, nous l’assumons, qu’il s’agisse d’un usage récréatif, thérapeutique ou autre. Nous ne reconnaissons pour à personne, ni institution politique ou médicale, de juger qu’il puisse être problématique. L’abus fait partie des expériences humaines. Il n’est pas plus présent chez les « psychonautes » dont nous nous revendiquons, que chez n’importe quel autre usager en tout autre domaine. Le risque est un élément incontournable des pratiques humaines. Il permet à chacun d’établir ses limites sensiblement différentes selon les individus.

Quelles sont donc ces motivations jusqu’ici attribuées à une volonté de fuite en réponse à un hypothétique mal-être ?

Il serait avant tout utile de rappeler que la question des drogues associe un lot de délits ou de crimes dépourvus de victime. C’est en cela que nous pouvons qualifier le Droit prohibitionniste de « criminogène ». Personne ne nous oblige à prendre tel ou tel produit. C’est un choix individuel normalement dépourvu de conséquences pour autrui.

La principale motivation du psychonaute est l’altération de sa conscience, la recherche d’une autre perception de la réalité, de son corps ou de son environnement. Le désir de repousser ses limites tant psychiques que physiques. C’est le besoin de se détendre, de s’apaiser aussi bien que de s’arracher la tête, de se défoncer. D’oublier, de fuir le temps d’une ivresse ou de tout simplement partager un moment de convivialité. Cela peut être aussi d’ordre spirituel, les bien nommées expériences psychédéliques (« qui révèlent l’âme ») ou culturel. Que serait l’art sans les drogues ? Pas grand-chose sans doute. Il est très peu de créateurs tant dans le domaine littéraire, pictural, musical, cinématographique… n’ayant été inspirés à un moment donné par une quelconque substance, pas plus qu’il n’est de civilisation humaine ayant ritualisé l’usage d’une drogue. C’est ainsi.

Quelques soient les modes d’utilisation, c’est donc la recherche de plaisir qui nous motive. Du simple amateur « ultra récréatif » au consommateur effréné, il n’est pas question de souffrir mais bien de jouir. Et quand bien même nous voudrions en crever, cela nous regarde et ce serait sans douleurs, sans peine. En douceur, dans le coton d’un opiacé ou avec l’assistance d’un hallucinogène, pourquoi pas ? Dans tous les cas il ne peut s’agir en dernier ressort que de choix et de comportements individuels que des lois abusivement globalisantes tentent de gouverner en dépit du bon sens.

La perception qu’ont nos concitoyens des « drogués » n’est pas que malentendus. Elle est le fruit d’une stratégie délibérément mensongère visant à masquer les manquements de la société par la désignation de bien commodes boucs émissaires. Une pensée dominante d’autant plus facilement distillée que ses victimes se trouvent dans l’incapacité de la dénoncer de par leur statut de délinquants ou de criminels. Et ainsi de faire notre l’absurde aphorisme « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Nous ne supportons plus désormais cet état de fait. Nous en avons assez de nous voir réduits au statut de malade ou d’irresponsable. Amateur de drogues nous sommes, et s’il n’y a aucune raison d’en être fier, nous n’en assumons pas moins la chose. Nous dénions à quiconque de nous juger, pas plus que nous n’encourageons à nous imiter.

Il est temps de révéler l’évidence. Nous ne sommes ni jeunes, vieux, français de souche ou issus de l’immigration. Nous ne sommes ni pauvres, riches, citadins ou « provinciaux », pas plus que chômeurs, fonctionnaires, ouvriers, artisans, artistes, patrons ou politiques. Nous sommes en réalité tout cela à la fois, et bien plus encore car figurez-vous que nous pouvons être aussi parents, grands-parents et même arrières grands-parents !

Rendez-vous compte, nous pouvons être votre fils(le)s, votre employé(e), votre chef, votre voisin(e), votre collègue. Nous sommes partout en vérité, et ce depuis toujours et sans doute de plus en plus. Et vous savez quoi ? Cette situation que d’aucun peut considérer comme surréaliste s’est construite dans le cadre du dispositif prohibitionniste ! Qu’est-ce à dire si ce n’est qu’il s’agit d’un des plus remarquable échec de l’histoire du Droit international. Une énorme verrue sur la face écarlate du Code Pénal. Une honte, une aberration, les qualificatifs ne manquent pas.

Il n’existe donc pas plus de « communauté des drogués » qu’il n’existe de communauté en général, les spécificités individuelles transcendant tous les milieux, comment dès lors oser le prétendre si ce n’est pour une nouvelle fois créer de la division, de l’exclusion ?

Depuis pas moins d’un siècle, on nous impose ce dogme du tout-répressif et voici qu’à présent en France, on nous propose d’en reprendre pour quelques décennies avec les dernières mesures gouvernementales annoncées par la voix du Ministère de l’Intérieur. Une autre aberration, s’agissant d’un sujet proprement culturel et sans doute aussi sanitaire, en tout cas certainement pas sécuritaire si ce n’est du fait des conséquences fâcheuses de la prohibition.

Si je concède personnellement à évoquer notre situation avec des institutions sanitaires, politiques et sociales, je refuse d’en débattre avec des corporations dont le rôle n’est pas de discuter des lois, mais bien de les appliquer. Quant à débattre avec les croisés de la guerre à la drogue, à quoi bon ? Il n’ont pas plus d’arguments aujourd’hui qu’ils n’en avaient naguère. Leur bilan est suffisamment démonstratif.

L’heure n’est plus à tergiverser mais bien à envisager les alternatives, à proposer non pas l’antiprohibitionniste comme une panacée car nous n’avons jamais prétendu résoudre les problèmes si ce ne sont ceux provoqués par l’interdiction. Ce que nous proposons c’est une organisation pragmatique du marché des drogues, en des modalités distinctes selon chacune et dans le respect des individus. C’est de répondre aux problèmes que l’usage susciterait chez certain(e) non pas par la morale ou l’arbitraire, mais par l’écoute et la solidarité.

Si ce changement de paradigme peut sembler irréel pour beaucoup, je pense qu’il apparaitra comme une évidence peu après qu’il eut été adopté. Ainsi nous regarderons nous tous en nous disant « mais bordel, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? ». Je rêve de voir nos actuels opposants se confondre un jour en excuses, admettre enfin leur duplicité, sans trop y croire en vérité.

Il reste cependant encore pas mal de chemin à parcourir que l’initiative à venir de fédération des organisations européennes de cannabinophiles et de professionnels de la santé permettra de rendre plus praticable, notamment par se travail de déconstruction des mythes de la drogue et des drogués. Cela dépendra aussi de la capacité des médias à la relayer.

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