La guerre c'est la paix

Non Emmanuel, à part toi et tes potes du CAC 40, je ne connais pas de gens en guerre. Ni en France, ni ailleurs.

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Les peuples sont en lutte, nuance ! Ils se battent depuis longtemps déjà, parvenant à obtenir quelques miettes de ce s’empiffrent tes semblables. De bien maigres miettes en vérité, tout juste capable de les maintenir en vie pour produire toujours plus et toujours pour les mêmes.

Tu parles d’un ruissellement ! Acquises non sans douleur, souvent en des temps où les puissants n’avaient pas d’autres choix, elles sont depuis remises en cause, voir « réformées ». Doux euphémisme que ce terme. « Réformer » pour ne pas dire « abolir ».

Cette guerre larvée que tu mènes n’a pas de front. Pas d’armée non-plus si ce n’est celle des législateur(trice)s de ta chère République. Ce que leurs prédécesseur(euse)s ont voté, ils/elles s’appliquent désormais à l’amender. Et d’oser parler de progrès et de modernité en cassant chacun de ces pauvres acquis.

Le problème c’est que désormais plus personne n’est dupe. Toi seul, avec ta clique pense avoir la légitimité du pouvoir. La réalité c’est qu’avec de moins en moins de participation aux mascarades électorales, seul(e)s les plus crédules de nos concitoyen(ne)s, persistent à y croire. Pour combien de temps encore ?

La « crise des Gilets jaunes » par exemple. Là encore un terme inscrit dans la temporalité, comme s’il s’agissait d’un moment. Pas plus que les catastrophes nucléaires, ce mouvement est achevé. Il ne le sera réellement qu’à l’avénement d’une autre société. Autant dire que ça n’est pas demain la veille !

Quoi que… Réunis par milliers sur des ronds-point tout autant que dans le rue et sur les avenues, les GJ ont fait trembler non pas la France, mais ses dirigeants, politiques comme économiques. Avec un certain talent en communication – et non s’en les renforts des médias dominants – tu as réussi à les faire taire. Ça n’a pas été facile. Les faire passer pour une meute de réacs racistes, fachos, sexistes, etc., ça n’a pas marché. Il fallait frapper plus fort.

Tu as osé avec tes petits soldats en usant des milices citadines que sont les BAC, appelées à la rescousse pour mater les récalcitrant(e)s, ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants arpentant chaque samedi le bitume des villes. Pour justifier ce dispositif, un brin de provocation, quelques violences ça et là, juste de quoi irriter, énerver, pousser à des actes plus radicaux bien que symboliques avant tout.

Une vitrine brisée, un magasin exproprié, quelques symboles de la société de consommation attaqués et cette fois le compte y est pour lâcher les chiens de la BAC. Agents provocateurs s’il en est, ils frappent, tirent, frappent encore, chauffant les manifestant(e)s qui finissent par se retourner principalement contre les CRS et Gardes mobiles. Il ne s’agit pas de victimiser ces derniers. Ils sont tout aussi représentant de la violence de l’État et l’idée béni-oui-oui de prétendre que « oui mais ce sont des être humains », ben excusez-moi mais la définition de l’humanité ne se résume pas à des uniformes et aux ordres imbéciles qu’ils reçoivent et appliquent.

L’humanité c’est bien autre chose que celles et ceux qui nous dirigent et que nous sommes suffisamment cons et connes pour croire immuables.

Ce que l’histoire officielle veut nous faire croire, tout comme certaines sciences de la nature, c’est que la vie n’est que survie. Qu’elle est un long combat du plus fort contre le plus faible. Il n’en est rien. Cette idée n’est que le fruit d’esprits malades tous justes capable d’interpréter les interactions de tous les êtres vivants à l’aune de leurs propres névroses.

Tant que des psychopathes tiendront les rênes du pouvoir, tant qu’il existera un pouvoir et toute la hiérarchie nécessaire à son exercice, l’humanité ira à sa perte en entrainant comme on le voit l’ensemble du vivant.

Qu’ils ou elles aillent consulter tout(e)s ses taré(e)s persuadé(e)s d’être investi(e)s d’une mission pour leur pays. Qu’ils/elles aillent rejoindre ces autres malades mentaux que sont les religieux et leurs amis imaginaires. Ce sont les mêmes ambitions sous des couleurs à peine différentes.

Avec le COVID-19, l’Empereur est nu. Difficile de tirer au flashball sur un virus, de l’empêcher de se propager et surtout de mettre à jour les lamentables conséquences du système économique.

Avec le réchauffement climatique, il était encore possible de culpabiliser les gens à coup de « greenwashing » du côté d’une industrie décomplexée, écartée de toutes responsabilités de la situation actuelle. À nous de trier nos déchets tandis que cette dernière en produit toujours plus.

Alors oui, certes, nous devrions être un peu plus malin(e)s et ne pas répondre aux sirènes de la surconsommation, mais le système est bien rodé à générer de la frustration pour encourager le consumérisme. Le bonheur de l’acte d’achat immédiat est bien plus efficace qu’une profonde remise en cause sociétale. Du moins à court terme puisque ne proposant pas d’amélioration réelle des conditions de vie, au contraire.

Ce petit virus est devenu en quelques semaines le pire ennemie du libéralisme mondialiser. Du moins serions-nous tenté(e)s de le croire dans une analyse optimiste de la situation.

Arrêt de la plupart des activités industrielles et individuelles les plus nocives. Tourisme de masse, chasse (en Europe où nos forêts et ses habitant-e-s ont retrouvé la paix), circulation routière… la nature reprend sont souffle.

À contrario les activités virtuelles explosent dans un contexte de confinement. Les réseaux et les machines les alimentant, chauffent, accélérant sans doute le réchauffement de la planète. Il n’est hélas pas d’action humaine ne produisant de conséquences. Menées en masse, c’est d’autant plus terrible.

À contrario aussi, quelle formidable opportunité pour nos puissants que cet ennemie invisible. Prétexter de protéger les populations pour mieux les contrôler. La « liberté » des réseaux sociaux leurs avait déjà permis d’accéder à leurs données les plus personnelles. Données que chacun(e) d’entre-nous semble disposer à partager en un élan de narcissisme généralisé. Et de raconter sa vie et d’y diffuser des images… et de s’étonner des conséquences !

Il est dès lors plus facile pour les autorités d’instaurer de nouvelles lois, de nouvelles règles toujours pour le bien de toutes et tous, de mettre en place des outils susceptibles d’aider à combattre cette maladie, mais qui à terme pourraient servir à toute autre chose.

Cela n’a sans doute pas échappé à nos dirigeant(e)s au sujet des progrès chinois en la matière et de la capacité que ce pays a eu à contenir le virus. Tout en dénonçant le totalitarisme chinois, nos « élites » ont toujours été fascinées par ce pays et la remarquable soumission de son peuple. Nos industriels ne sont d’ailleurs pas précipités là-bas pour y installer leurs usines soumises à moins de contraintes ?

Le problème réside désormais dans le fait de parvenir à user des mêmes technologies et outils pour contrôler les masses et se maintenir au pouvoir tout en prétendant à une société démocratique et libre. Quel niveau de malfaisance faudra-t-il atteindre pour y parvenir ? Cela est-il possible sans que finalement ça ne soit plus tenable ?

Les semaines, les mois à venir devraient nous le révéler…

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