Drogues et «quartiers sensibles»: le mauvais plan Macron

La politique pour les villes « est aussi vieille que moi » déclarait M. Emmanuel Macron hier, à l’occasion de sa récente intervention sur les « quartiers sensibles », ajoutant ensuite : « Pourquoi est-ce qu'on n'essaye pas d'écouter ceux qui savent ? »

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Le CIRC prend acte de ces propos en invitant le Président de la République à également reconsidérer la loi du 31 décembre 1970 sur les stupéfiants de 8 ans son aînée et à effectivement écouter ceux qui savent et qui réclament la tenue d’un vrai débat sur la question, les professionnels de la réduction des risques liés à l’abus de drogues, mais aussi les sociologues, les économistes… et les associations d’usagers ou citoyennes œuvrant pour une décriminalisation du cannabis.

Mais le leader de La République en Marche semble opter, comme ses prédécesseurs, pour un énième « plan de mobilisation générale » contre les trafics internationaux de drogues, soufflé sans doute par son ministre de l’Intérieur, M. Gérard Collomb, auquel la mémoire semble manquer. Ne croisait-il pas il y a quelques temps encore, des ami(e)s cannabinophiles à l’occasion de rencontres de sympathisant(e)s socialistes lyonnais(es) ? Nous n’en dirons pas plus…

Nous attendons donc avec impatience, l’annonce de ces « nouvelles mesures anti-drogues ». S’agira-t-il de répondre aux demandes sécuritaires de certain(e)s élu(e)s appelant à la mobilisation de l’armée dans les quartiers touchés par le trafic ? D’appliquer enfin la loi en incarcérant les usagers ? De « mettre le paquet » en terme de moyens humains et financiers ?

La vérité est que jamais les autorités ne pourront rivaliser avec ceux des réseaux criminels. Le budget consacré par l’État à ce phénomène ne pourra jamais atteindre celui des profits considérables que représente le trafic de stupéfiants.

Une fois de plus, nos responsables politiques nous mènent dans une impasse avec au bout un mur, mou, dans lequel toute la société française s’enfonce doucement depuis un demi-siècle.

Et pendant ce temps s’enrichissent les mafias, produisant une économie souterraine s’infiltrant toujours plus dans l’économie réelle, corrompant les institutions bancaires et politiques. Policières aussi, car il faut que des yeux se ferment parfois, pour laisser entrer les marchandises illicites…

Il n’y a de procès d’intention que si l’intention est bonne…

Le constat d’échec de la prohibition ne semble pas cependant émouvoir grand-monde. L’absence de résultats, pire, ses conséquences désastreuses qui susciteraient, sur d’autres sujets, de vives polémiques, n’inquiètent personnes. Qui s’interroge actuellement sur le fait que la montée en puissance des réseaux criminels trouve ses origines dans le dispositif lui-même ? Qui ose alors dénoncer ses partisans comme autant d’alliés objectifs de ces mafias ?

Il ne faudra sans doute pas beaucoup de temps pour juger de l’affligeante médiocrité des mesures à venir, de l’ignorance crasse du gouvernement et de son mépris total vis à vis de plusieurs millions de cannabinophiles que la loi criminalise inutilement, usagers récréatifs, mais aussi et surtout thérapeutiques.

Les mesures les plus à même de répondre à la délicate situation des quartiers populaires sont la sortie du cannabis du tableau des stupéfiants suivie par l’adoption d’une régulation pure et simple de la filière récréative et thérapeutique en intégrant les acteurs actuels, cannabiculteurs, importateurs et revendeurs, en tout cas celles et ceux n’étant pas impliqué(e)s dans des crimes de sang.

Le désordre imputé aux drogues est le fruit de l’interdiction. Contrairement à ce que répandent les prohibitionnistes, nous ne pouvons spéculer sur ce que produirait une légalisation, mais au regard de ce que nous connaissons aujourd’hui, il est certain que ça ne pourrait pas être pire. Cela relève du bon sens.

#AmendeForfaitaireNonMerci #StopLaProhibition

Fédération des CIRC

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