Révisionnisme historique part I : la discrimination positive

L'absence de devoir de mémoire à l’égard des populations colonisées provoque des effets aussi violents qu’inattendus, notamment en occultant ce qui fut la genèse du capitalisme, le recours à des millions d’êtres humains déportés du continent africain aux Amériques.

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La violence de cette omission volontaire se retrouve dans le traitement des descendant(e)s des victimes du colonialisme et de l’esclavagisme. Dans les rapports sociaux et culturels que l’on entretient avec eux, qu'il s'agisse de l’immigration ou de la misère dans les territoires d’outre-mer et actuelles colonies françaises.

Les conséquences inattendues viennent, elles, de la réaction à cet état de fait à laquelle on assiste depuis quelques décennies dans le milieu artistique et cinématographique notamment. Je veux parler de la « discrimination positive » qui, si elle peut se concevoir en la plupart des milieux sociaux-professionnels, en matière de production audiovisuelle devient bien moins pertinente, pour ne pas dire inappropriée.

Cela commença en 1991 avec l’apparition d’un personnage étonnant campé par l’acteur afro-américain Morgan Freeman et qui le révéla, dans le film Robin des Bois, prince des voleurs avec la star de l’époque Kevin Cosner. Il y était un Maure sauvé et ramené dans ses bagages par le héros. Les médias ne manquèrent pas de signaler la chose et cela choqua d’autant moins qu’il s’agissait d’une légende et que cela pouvait être crédible.

Là où cela devient gênant voir ridicule, c’est quand des personnages de couleurs apparaissent en des situations improbables, occupant des postes ou des appartenant à des classes où, à l’époque, la plupart de leurs congénères subissaient ségrégation et/ou esclavagisme. L’on retrouve ce genre de scènes dans de nombreux films, western, enquêtes policières se déroulant au XVIIIème siècle.

Si la manœuvre peut sembler partir d’un bon sentiment, elle révèle avant tout l’expression d’une culpabilité toute judéo-chrétienne, un refus d’assumer un passé abject menant à une bien commode omission de ce dont je parlais plus haut, à savoir la création du système économique dominant que nous connaissons. Considérer celui-ci à l’aune de l’esclavagisme permettrait pourtant d’expliquer ce à quoi nous assistons actuellement. Il n’y a guère de différence entre la destruction de civilisation indigène qu’il entraina et celle de la planète qu’il mène de nos jours. L’admettre reviendrait cependant à prendre le risque de le remettre en cause plus encore.

Le choix de désormais intégrer les « minorités visibles » dans les représentations culturelles de notre société devient dès lors un moyen d’éviter toute polémique. Du moins le croit-on car en vérité elle soulève de bien plus importante question et notamment celle de la crédibilité historique. Quelle réflexion peut apporter la présence de noir(e)s par exemple dans des rôles improbables si ce n’est qu’ils/elles étaient alors l’égal des blancs. Ce qui est faux, comme chacun le sait.
Un individu ignorant de l’histoire, comme des enfants par exemple, quelque soit leurs origines ethniques, à la vue d’un tel spectacle, ne peuvent être amenés qu’à penser que la question raciale ne s’est jamais posée. Avec cette forme de révisionnisme, c’est à un négationnisme de la condition noire que l’on peut assister. Et tout ça sous couvert de vouloir rétablir une certaine parité.

Il ne s’agit pas non-plus d’interdire des rôles aux acteur(trice)s non-blanc(he)s, mais de resituer auprès du public le contexte historique. L’on voit au début de nombreux génériques, la mention « toute ressemblance, etc, etc ». Sans doute faudrait-il rappeler en des termes sensiblement identiques que la situation des populations noires à l’époque n’ était pas vraiment sympa. En tout cas trouver une formule permettant aux spectateur(trice)s d’avoir connaissance de la réalité historique de l’époque.

Le must du révisionnisme est sans doute le film de super-héros Black Panther qui vient de connaitre un succès commercial retentissant. Et les médias d’insister sur la production, la réalisation et les rôles occupés par des afro-américain(e)s.
Le film évoque une civilisation africaine particulièrement avancée technologiquement parlant, devançant même la société occidentale mais amenée à demeurer clandestine afin de ne pas se voir dérober une ressource énergétique extraordinaire, le « vibrarium ».

Au-delà du pur spectacle de divertissement se cache une forme de rejet des cultures tribales. Comme si l’intelligence d’un peuple ne pouvait se mesurer qu’à l’aune de sa technologie. Wakanda, ce pays africain imaginaire détient un savoir scientifique fabuleux et la résultante est que le réel savoir ancestral du peuple africain, celui des sorciers et sorcières appelé(e)s parfois griot(e)s issu de la culture animiste, se voit reléguer à la superstition.
On pouvait entendre s’exprimer, lors de la sortie de ce « blackbuster », la fierté de la population noire à voir enfin des super-héros de couleur, comme si cela suffisait à faire oublier la misère quotidienne de la majorité de la population afro-américaine, la violence qu’elle subit de la part de la police, l’extrême pauvreté du continent et l’exploitation quasi esclavagiste de très jeunes travailleur(euse)s pour la production de minerais rares, de cacao ou de café.

KShOo

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