COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Sécurité routière et cannabis : un message inopérant

La nouvelle campagne de "sensibilisation" à la conduite sous l'emprise de cannabis ne déroge pas à la règle en d"livrant un message anxiogène en complet décalage avec le ressenti des automobilistes cannabinophiles.

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Un cimetière, une famille, des ami(e)s épleuré(e)s autour d’un cercueil d’où s’échappe une longue trainée de fumée, le tout filmé au ralenti, en un noir et blanc appuyé par des violons lugubres. Les volutes nous mènent sur les lieux d’un accident de voiture tandis que la voix du défunt y va de son couplet emprunt de remords et de contrition.

C’est ainsi que la Sécurité routière pense toucher les automobilistes cannabinophiles. Et d’insister sur son site en publiant « l’éclairage du Pr Nicolas Simon », « addictocrate » de son état. Et l’éminent « spécialiste » de s’avancer sur un terrain qu’il ne semble pas vraiment maîtriser, assénant ses vérités par la seule interprétation des statistiques de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). Aucune référence, par exemple, sur le fait que si l’on peut retrouver des traces de cannabis dans le sang d’un conducteur, cela n’implique pas qu’il soit sous son emprise, le THC* pouvant demeurer des semaines après usage. Pas plus qu’il ne dit que ces mêmes statistiques de précisent pas si le conducteur impliqué est responsable ou non de l’accident.

Comment dès lors s’attendre à ce que soit pris en compte la spécificité de l’ivresse cannabique qui, contrairement à celle de l’alcool, ne provoque pas de sentiment de « sur-moi ». Le cannabinophile expérimenté ayant conscience de son état , est mieux à même d’adapter sa conduite à celui-ci. Nous parlons ici de l’usage seul du cannabis. Mélangé à l’alcool, il en potentialise les effets, ce qui est là, effectivement, un danger.

Que l’on soit clair, la plupart des amateurs et amatrices de cannabis conduisent parfois juste après avoir fumé. Il en est fumant en conduisant. Nul besoin d’avoir mené de hautes études pour constater que, statistiquement toujours, ils/elles ne provoquent pas plus d’accidents que les autres. Nous pourrions même considérer que le cannabis est un réducteur de risque. Nombre d’automobilistes nerveux, à la conduite à risque, trouve en effet en lui de quoi se calmer.

Cette vérité, qui d’autres que des cannabinophiles peuvent la dire ? Il ne s’agit pas de sous-estimer ou de chercher à minimiser les dangers mais bien à relativiser en dehors de tout discours anxiogène. Et c’est en cela que le message de la Sécurité routière est complètement « à côté de la plaque ». Si ce spot sinistre avait pour vocation de sensibiliser les automobilistes cannabinophiles, c’est un échec, un de plus. La communication sur les drogues, au volant, à l’école ou ailleurs ne semble décidément pas être le fort des autorités. À moins qu’il s’agisse une fois encore, de stigmatiser cette frange de la population française préférant l’ivresse cannabique à toute autre.

L’inéluctable légalisation devrait au contraire inciter les autorités à faire preuve de plus de pragmatisme à ce sujet. Par exemple en menant de véritables études sur la conduite sous l’emprise de stupéfiants et en adoptant des règles à la mesure des dangers potentiels que ceux-ci représentent. Cela éviterait de nombreux drames comme celui de la perte de son emploi, de l’interruption de ses études ou du rejet par sa famille après avoir été contrôlé positif et s’être vu retiré son permis de conduire.

Le CIRC reçoit régulièrement nombre de témoignages de victimes de ce dispositif répressif arbitraire. À cette peine s’ajoute aussi le délit d’usage, bientôt fortement astreint par une amende forfaitaire. Le renforcement de la loi du 31 décembre 1970 observé depuis son adoption n’en fait pas moins la France championne d’Europe de la consommation de cannabis. Un échec donc !

Un dossier complet sur le cannabis au volant est disponible sur le site du CIRC Lyon.

Une pétition initiée par l'association Norml France dénonçant les amendes forfaitaires à venir circule, à signer et partager

* ∆-9-tétrahydrocannabinol, la substance rendant nigaud.

#StopLaProhibition
#ContraventionnalisationNonMerci

Fédération des CIRC

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