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Billet de blog 28 mars 2017

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Experts clandestins

La plupart du temps ostracisés dans l’espace public, au mieux relégués à l’état de témoins, en tout cas rarement pris au sérieux, les cannabinophiles n’en peuvent plus de ce mépris généralisé.

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Nous n’en pouvons plus d’être ainsi présenté(e)s au mieux comme d’indécrottables glandeur(euse)s, jeunes comme il se doit. D’être absent(e)s de médias préférant donner la parole aux nouveaux spécialistes « auto-proclamés » que sont les addictologues dont le message anxiogène à propos des adolescents est d’autant plus insupportable que certains d’entre eux ont vécu l’expérience cannabique dans leur très jeunes années. Sont-ils de ce fait les mieux placés pour donner des conseils et participer à ce qui demeure de la propagande prohibitionniste ? Surtout quand ces mêmes « spécialistes » se permettent par ailleurs de dénoncer un cadre légal contre-productif pour l’exercice de leur métier. Nous n’en sommes il est vrai pas à un paradoxe près dans un pays où l’on revendique la liberté, l’égalité et la fraternité sans vraiment se demander où chacune d’entre elles commencent et s’achèvent.
Les limites de la première interviennent sans doute là où commence la liberté des autres. C’est une règle de savoir vivre en collectivité, la base de toute société humaine. La deuxième s’exprime dans les Droits accordés à chacun(e), au respect des différences marquant les individus de toutes origines, de  tous les milieux et de toutes religions ainsi que de celles et ceux qui ne croient pas. La dernière découle des précédentes dans une sorte de conclusion. Elle en est la logique finalité. Il n’existe de fraternité sans liberté et égalité.
Le paradoxe du « pays des Droits de l’être humain » est celui de la plupart des « grandes démocraties » occidentales dont la prétention à être des modèles de société n’a d’égale que l’hypocrisie du système dans sa globalité. La propension qu’elles ont toutes à s’en revendiquer n’en est que plus douteuse à l’épreuve de la vie quotidienne de ses citoyen(ne)s. Nous n’avons en réalité de liberté que celle de répondre aux schémas sociaux et économiques (et de nous en plaindre), d’égalité que devant la loi (bien que les puissant-e-s se permettent de s’en affranchir sans vergogne), et de fraternité dans ce que ces mêmes citoyen(ne)s parviennent à exprimer dans les activités associatives sans lesquelles nos sociétés seraient plongées dans un chaos bien plus profond encore.
Pour en revenir à la question du cannabis et de la remarquable absence des organisations représentatives de ses adeptes dans les médias, qu’est-il à craindre en vérité ? Que nous nous prenions à en faire la promotion. Le chanvre se suffit à lui-même comme nous aimons à le répéter au CIRC. Faut-il aussi faire remarquer que la situation à laquelle nous assistons, celle d’une augmentation exponentielle de l’usage et du trafic malgré une répression féroce, intervient dans un cadre de totale interdiction. Qu’en la matière ses partisan(e)s ont beau jeu de dénoncer les arguments des antiprohibitionnistes que nous sommes et prédire une catastrophe effective.
À ces allégations nous pouvons désormais opposer les premiers résultats des réformes menées outre-Atlantique. Si les dispositifs adoptés sont loin de faire l’unanimité quand ils s’appliquent dans un cadre libéral au sens économique du terme, l’on peut tout de même observer des conséquences sociologiques et sanitaires plutôt positives
Nous n’avons par exemple pas assisté à une explosion de la consommation de cannabis. S’il y a effectivement augmentation de l’usage, cela peut être imputé d’une par à la curiosité et à la criminalisation qui dissuadait jusqu’ici beaucoup d’individu, l’envie de transgresser, et du fait aussi qu’en sortant de la clandestinité, la population des cannabinophiles est désormais plus exubérante et visible. La recrudescence des passages aux urgences s’explique de la même manière, les personnes souffrant de phobies suite à une surdose de cannabis étant plus enclin à chercher une assistance sanitaire en l’absence de sanction. Jusque là, elles devaient attendre patiemment chez elles que les effets se dissipent.
Du côté de la criminalité, il était évident que nous assisterions à une chute spectaculaire des délits liés au cannabis. Mécaniquement, l’abandon des poursuites des usagers, la reconnaissance de la production et de la vente comme une activité désormais légale transforment celles et ceux qui s’y adonnaient clandestinement en des membres à part entière de la société. Un petit bémol cependant, tenant au fait que les États nord-américains ayant choisi de réguler le marché, n’ont pas pris le soin d’accorder aux détenteur-e-s de casiers judiciaires, le droit d’exercer quelque activité en ce domaine. Or la réforme des politiques des drogues nécessite une amnistie de toutes les personnes ayant été condamnées pour des faits assimilés, hormis celles impliquées dans des crimes de sang évidemment.
Celui qui a le plus à craindre de la prise de parole des cannabinophiles est sans nul doute l’État lui-même qui, quelque soit les mouvements politiques qui en ont occupé les fonctions, qu’ils est été foncièrement prohibitionnistes ou réformateurs (dans l’opposition) pour finalement se rallier aux croisé(e)s de la guerre à la drogue une fois aux affaires, n’a fait que renforcer les mesures anti-drogues. Avec le succès que l’on sait et les conséquences que l’on peut désormais quotidiennement observer, allant du « banal » harcèlement de la jeunesse issue des quartiers populaires et des « minorités visibles » à la défiance de cette même jeunesse face à l’injustice ressentie et aux violences policières qui en découlent. Il est en effet bon de le rappeler, les récentes exactions policières dénoncées ainsi que toutes les autres dont nous n’auront jamais connaissance, découlent de la politique des drogues. La recherche de stupéfiants est le principal prétexte au contrôle d’identité. Il s’exerce généralement au détriment de cette population, les fonctionnaires de police y étant encourager par leur hiérarchie par facilité. Dans les beaux quartiers et chez les pontes du narcotrafic, on peut dormir sur ses deux oreilles.
La paix sociale qu’achèterait une tolérance de fait les activités liées au trafic semble cependant de plus en plus voler en éclat. Les profits générés par ce business sont tels qu’ils entrainent la convoitise de plus en plus de gens dépourvus de perspectives professionnelles. Pire, chez celles et ceux censé(e)s faire appliquer la loi, cela peut aussi constituer un débouché. Les récentes affaires de détournements de saisies de drogues et de trafic impliquant l’OCRTIS en sont une illustration des plus inquiétantes que pour cette dernière, l’on a vu de haut responsables d’État se ruer devant caméras et micros aux côtés des fonctionnaires impliqués.
Qui mieux que les cannabinophiles eux-mêmes, du moins celles et ceux confronté(e)s aux affres de la répression, peuvent aussi dénoncer la corruption quotidienne des forces de l’ordre saisissant leurs produits sans la moindre contravention ? Que deviennent-ils alors ? Pensez-vous sérieusement que ces policier(e)s iront à postériori les déclarer ?
En toute objectivité, ce que les autorités ont à craindre des organisations cannabiques, c’est la franchise avec laquelle elles s’expriment tant bien que mal depuis toujours. C’est aussi la forme d’expertise qui les distingue des autres intervenant(e)s dans la mesure où elle s’appuie sur l’expérience, bonne ET mauvaise, qu’elles ont de la plante et de ses dérivés.
Cette expertise repose sur un certain enthousiasme, celui de personnes découvrant petit à petit que la plupart des choses dites sur le sujet, relève de l’irrationnel, avec tout ce que cela peut comporter d’absurde, à savoir que si tout repose sur le mensonge, le contraire est vrai. Il n’en est rien bien évidemment, le cannabis est bel et bien une substance psychoactive entrainant des modifications temporaires de la conscience, phénomènes que nous qualifierons majoritairement de plaisants sinon pourquoi autant de gens y souscriraient ?
S’il n’est donc pas anodin de s’enivrer de la sorte, il ne faut cependant pas pour autant sans inquiéter outre mesure. Nous ne sommes définitivement pas tou(te)s égaux face aux drogues. Nous y sommes plus ou moins sensibles et en apprécions de la même manière les effets. Celles et ceux vivant de mauvaises expériences évitent généralement de recommencer. Quant aux autres qui y trouvent un confort – voire un réconfort – plus ils/elles y sont aguerri(e)s et mieux en maîtrisent-ils/elles la pratique. C’est en cela que la question de sécurité routière est d’autant plus délicate que le cannabinophile régulier ne peut être véritablement considéré comme un danger sur la route, à moins qu’il n’ajoute à sa consommation de cannabis, celle de l’alcool ou de médicaments psychotropes présentant en eux-mêmes des dangers comme cela est connu. Là encore s’agit-il, avec la question de l’usage chez les ados, d’un sujet polémique qui ne peut être laissé aux seul(e)s professionnel(le)s de la santé et de la sécurité routière. Sans doute faudrait-il mener des études in-vivo pour décider par la suite des mesures les plus rationnelles et efficaces à prendre en la matière.
La parole libérée des cannabinophiles permettrait aussi de constater de la réalité de leur existence. Une réalité trans-générationnelle dépassant aussi les clivages sociaux. Contrairement aux idées reçues, les cannabinophiles ne sont pas seulement des jeunes mal dans leur peau ou amorphes. Depuis l’instauration de la loi sur les stupéfiant le 31 décembre 1970, la population jeune visée à l’époque a quelque peu vieilli. Elle est à présent sexa et septuagénaire. Elle a fondé des familles, eut enfants et petits-enfants et c’est pour eux que cette génération s’inquiète aujourd’hui. Non pas pour leur éventuelle rencontre avec les drogues illicites, mais surtout pour leur confrontation aux autorités, aux risques auxquels le dispositif légal les expose à travers la fréquentation de réseaux criminels, l’absence de contrôle de qualité des substances circulant, la possibilité de placement en garde à vue, de contraventions à répétition, d’obligation à se faire « soigner », de stigmatisation en milieu scolaire ou professionnel, bref de toute cette accumulation à caractère persécutif dont le rejet de la représentation politique est le moindre des effets négatifs.
La réalité c’est que les cannabinophiles ne sont en rien une communauté. Ce concept repose-t-il seulement sur quelque chose de tangible ? Nous ne le pensons pas dans la mesure où l’on peut être blanc(he), noir(e), de type maghrébin ou asiatique, croyant(e) ou non ; hétéro, homo ou transgenre, de Droite comme de Gauche, être atteint(e) de pathologie diverses, exercer une profession libérale, être cadre, patron(ne) ou ouvrier(e), artiste, policier(e), militaire, douanier(e), enseignant(e) bref, fonctionnaire en général… et cannabinophile. Aucune région, aucun département ne sont épargné(e)s et c’est en cela aussi que ce situe le scandale. Nous sommes au-delà de la banalisation du chanvre récréatif, nous en sommes à son intégration culturelle pure et simple !
Quand la loi contredit les mœurs de tout un peuple, il est temps de la faire évoluer. Quand en plus elle provoque les pires résultats, il est un devoir de la réformer.
C’est le message que les cannabinophiles souhaitent adresser à leurs concitoyen(ne)s profanes, aux responsables politiques et principalement à ceux prétendant aux plus hautes responsabilités. De ceux-ci, plus que des déclarations de principes, c’est à la présentation d’un projet concret de régulation que nous appelons. Des propositions susceptibles d’être discutées, débattues, amendées pour être appliquées dans le respect des droits et des libertés de chacun(e).
Il n’est plus question désormais de savoir s’il faut ou non sortir de la prohibition, mais comment !
KShOO

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