Qui était Bernard Maris ?

Il m’est toujours difficile de chroniquer un ouvrage dont l’intention est de rendre hommage tantôt à untel, tantôt à truc, pour témoigner de ce qu’il était avant de se faire plomber la tête par un décervelé du mollah machin ou un dingue qui relevait simplement de la psychiatrie.

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Aussi, devant Prends le temps de penser à moi, j’ai hésité un moment. Un moment d’autant plus long que son auteur, la fille de Bernard Maris, y mêle des souvenirs d’enfance aux événements tragiques du sept janvier 2015.
Et ce « récit déchirant de la mort d’un père que toute la France a pleuré » avancé dans la quatrième de couverture me rebutait franchement. Alors j’ai reposé le livre bien droit dans le rayon pour ne pas l’abîmer, car je ne suis pas si bête. Méchant, en revanche je l’étais. De ne pas l’avoir pleuré, ni d’avoir mentionné, affiché, brandit Je suis Charlie alors même que le slogan se multipliait via les réseaux webiques, oui assurément je l’étais, méchant. Bien méchant même, quand l’expression honnête du chagrin populaire s’est vu récupérée par des politicards souillés jusqu’à l’entre-cuisse tant ils avaient les jetons.
Puis j’ai cédé à un je ne sais quoi deux ou trois semaines plus tard.
Ce n’était pourtant pas faute de savoir que Bernard Maris faisait sûrement parti de ces « têtes pensantes » qui, chaque mercredi, isolaient un peu plus Cavanna.
Cavanna...

Cavanna et ses positions engagées, sans concession pour les gros cons qui n’utilisaient les « boyaux de leurs têtes » que pour vanter, « sacraliser le besoin de gagner, de faire mieux que l’autre » quitte à l’écraser comme une merde. Comme « les cons de naissances et les cons volontaires » d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier ! Nul doute qu’il se retournerait dans sa tombe, le polygraphe, (s’il en avait une), d’entendre que Macron passe pour quelqu’un qui a renversé la table aux yeux de la presse. Et tous s’en félicitent, les cons. Ces même cons qui hier affichaient en bas à droite de l’écran cathodique une petite cartouche Je suis Charlie et, aujourd’hui, se frappent les cuisses tant ils marchent pour Macron le révolutionnaire. N’est-ce pas oublier un tantinet le travail de Bernard Maris ?
Un coup, Bernard Maris – non, pardon, le meurtre de Bernard – sert la presse pour vanter une liberté qu’ils n’ont pas. Un autre pour le ranger dans le placard dès qu’il s’agit de défendre les intérêts du beau capital délibérément libéral.
Alors, qui était Bernard Maris ? [...]

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