26 – L'Ouverture par le geste

26ème stance : l'ouverture par le geste, ou comment suivre sa propre voie pour créer le monde tel que nous le voulons pour nous y réaliser. Et, bien sûr, la révélation finale !

26 – L'Ouverture par le geste

Se réapproprier le monde commence par soi-même. En cela, mon mari a peut-être fait le plus grand pas qu’il pouvait accomplir dans cette vie. Se donner à soi pour s’ouvrir au monde exige une discipline hors d’atteinte dans la course du quotidien. Faire en conscience chacun des gestes de notre civilisation du rentable me semble possible, certes, mais pourquoi me l’infliger ? Je n'y vois qu'un sacré gaspillage de conscience... Après un long travail de recherche et d'intégration qui ne m'a été permis que par des rencontres et une grande ouverture personnelle, je dispose d'outils me permettant d'agir sur mon réel à partir d'énergies et d'entités concrétisées depuis l'invisible. Une telle démarche, longue et difficile, peut sembler insolite, voire farfelue, à nombre de ceux qui souffrent et qui ont conscience des causes de leur souffrance. Prendre la marge paraît alors tellement plus simple. C'est ce qu'a fait Stéphane. Son chemin comporte nombre de risques et de difficultés. Ce parcours l'a placé là où on dispose du temps et de l'espace pour évoluer vraiment et changer de niveau. Je ne vais pas dans ces lignes vous donner un mode d'emploi. D'abord parce que mon expérience et mon chemin me sont personnels et n'auraient pas d'efficacité pour vous. Et aussi parce que chacun pourra trouver son propre parcours à travers toute la littérature de développement personnel disponible, toutes les techniques inventées, toutes les initiations ésotériques, tous les stages proposés. Mais tout chemin commence par un premier pas et le mieux reste de commencer par aller vers soi, se reconnecter à soi-même. Cela part du chakra racine, le premier, le plus physique. L’ouvrir non par la pensée, mais par le geste : n'importe quelle activité qui fait prendre conscience de son corps renforce ce chakra. Aussi étonnant que cela puisse sonner, la méditation fait partie de ces activités physiques. Là où il est, Stéphane peut s’y consacrer sans arrière-pensées. Lui qui a « perdu pied » va se reconnecter à la Terre, rouvrir son chakra racine, être de nouveau en terrain sûr. C’est un début et c'est ce que je lui souhaite. Il a le temps.

 

Lorsqu’on parle de peine de prison, en fait on parle de temps. C’est la durée qui fait la peine, plus que le lieu. Mais que cherchait Stéphane, alors qu’il donnait l’apparence de perdre pied ? Du temps et rien d’autre. Du temps en dehors de l’espace marchand. Du temps pour lui et pour le monde. Du temps pour autre chose que l’utilitaire tel qu’on le définit aujourd’hui, alors qu’il n’y a rien dans tout cela de vraiment utile. Comme le dirait Stéphane, nous courons tout juste pour du rentable, et encore. On ne s'en aperçoit pas quand tout va bien, mais l’indispensable et l’urgent de nos vies économiques à flux tendu disparaissent dès qu’un besoin supérieur se présente. On se rappelle du « drame » provoqué par ce volcan islandais dont les fumées ont empêché les avions de voler : pendant quelques jours quelques personnes (bon, d’accord, quelques centaines de personnes, ou même quelques milliers) n’ont pas pu reprendre leur activité rentable et tout a semblé s’arrêter. Un drame d'un point de vue économique, sauf qu'il n’y a eu ni mort ni blessé. Ce drame n’en était pas un, cette catastrophe n’a pas eu lieu, rien n’a changé. Mais lorsque la catastrophe se produit, lorsque le tsunami ravage la côte ou lorsque le tremblement de terre jette à bas tous nos fondements, un autre type d’urgence et d’efficacité se fait jour. Là, dans le gouffre, l’humain redevient humain et s’attache à sauver ou soulager son semblable sans se soucier de rentabilité ou de situation sociale. L’unicité en action. On aide et on verra plus tard combien ça coûte et qui payera. Chacun fait sa part, chacun apporte sa lumière.

Stéphane a ressenti cette urgence. Il a vu le fond du gouffre. Il a cessé de récriminer et s’est donné du temps. Il l’a pris là où il y en avait le plus : en justice, en prison, là où on en donne, des mois, des années, la perpétuité au besoin. Du temps offert tout en croyant punir. Il n'y a pas d'ironie à cela, seulement une juste rétribution de l'univers ou de l'ordre des choses.

En annulant la course extérieure du temps commun, la prison l’a rendu à lui-même. Enfermé, il est libéré de l’extérieur. Le faux monde qui court et ruine lui fiche enfin la paix, selon ses propres dires. Il n'est pas là question d'une victoire, ou alors c'est une victoire sur lui-même dont il n'a peut-être pas encore pleinement conscience. Je le sens à sa façon d'éviter certains détails, de les contourner pour se donner le mauvais rôle, ou au moins un rôle, dans ce qui nous a touchés. Il avait besoin d'être aux abois pour justifier sa démarche intérieure. Ce que l'auteur des articles analyse comme du déclassement social et que Stéphane décrit comme un chemin raisonné vers le moindre mal, n'est en fait qu'une fiction bien pratique à l'un comme à l'autre.

Je pense qu'il est temps maintenant d'aborder la « révélation finale ». Dans un livre, ou un film au scénario bien ficelé, c'est l'information clé, le truc qui, une fois dévoilé, remet toute l'histoire en perspective. Mais ceci n'est pas une histoire, ou alors c'est la nôtre. Nous l'avons vécue, chacun dans son monde, chacun à sa manière, selon nos besoins ou nos perceptions. Ce fait caché qui change tout, le voici : nous n'avons jamais manqué d'argent. Jamais !

Stéphane ne m'en voudra pas de le révéler ici, et peut-être a-t-il voulu l'avouer en creux dans ses longues explications ou lorsqu'il divague sur le club d'équitation. L'argent n'est pas la cause. Ce n'est même pas seulement un critère de choix comme il le décrit avec amertume. C'est un moyen, et un moyen merveilleux. La Loi du Retour connecte tous les plans du réel dans une infinie circulation d'énergies qui se concrétisent dans ce que l'on donne et ce que l'on reçoit : l'argent y a sa place, comme la gentillesse ou la compassion. Il révèle l'abondance et la générosité de l'univers. Il ne manque qu'à ceux qui nient ou ignorent sa puissance miraculeuse. Certains milliardaires continuent, dans leur fors intérieur, à ressentir le manque d'argent malgré l'abondance qui les écrase. Stéphane avait besoin de manquer d'argent pour mettre en mouvement sa prise de conscience, et il a ressenti ce manque, même chimérique ou mensonger. Un manque terrible, avec des conséquences douloureuses qui l'ont conduit là où il est. Un manque construit dans un but difficile à admettre : éviter d'agir. Ne pas changer fondamentalement.

J'ai toujours eu de l'argent. Votre journaliste ne le savait peut-être pas ou n'a vu que ce qu'il voulait bien voir. Stéphane parle de notre supposée fuite en avant, de ce qu'il nous a fallu vendre, des comptes dans le rouge, des chèques de sa mère, des reproches de son frère ou de sa sœur... Dans sa fiction réparatrice, jamais un mot sur ce que je possède. Pas une allusion à l'héritage de ma tante, par exemple. C'est pourtant en touchant cette jolie somme que j'ai pu quitter mon emploi et ouvrir sereinement mon cabinet. C'est en puisant dans mes larges réserves, mais aussi en touchant les revenus d'appartements légués par mes parents, que je continue de vivre mon épanouissement professionnel au service de plus démunis. Stéphane accentue son mauvais rôle en affectant une souveraine indifférence pour nos conditions de vie une fois qu'il a fui en prison. Une posture facile, pour lui comme pour nous, puisque nous ne manquons de rien. C'est peut-être ce qui l'ennuie un peu : il aimerais que nous soyons, les filles et moi, désemparées sans lui. Eh bien non, fiction encore. La classe moyenne a les reins solides. Nous sommes des héritiers. Nous héritons d'argent ou de biens, mais aussi d'un langage, d'une culture. Cet héritage nous suit, même dans notre supposé déclassement. Nous ne pouvons que singer ceux qui viennent au monde avec rien, ou avec une langue et une culture qui n'ont pas cours en haut. Pas question d'en avoir honte et de chercher une rédemption. Mais nous pouvons en prendre conscience et puiser dans cet héritage le sens de notre vie, au lieu de nous en détourner. Ne pas nier nos richesses permet de les partager.

Stéphane savait tout cela. Lorsqu'il me décrit comme vivant dans un monde où rien ne peut m'atteindre, il ne veut pas seulement dire que je suis plutôt « perchée », mais bien que j'ai, que j'avais et que j'ai toujours eu, de quoi faire face à tous nos besoins matériels. Je pouvais payer les vacances, l'équitation des filles, l'entretien de la voiture ou l'achat d'un modèle neuf adapté à notre standing. Nous n'étions pas obligés de tout vendre comme il le dit. Il l'a voulu, par intransigeance. J'ai seulement laissé faire. Bien contente même de me débarrasser de ce piano encombrant qui me rappelait mon enfance rigide et les coups sur les doigts assénés par mon professeur lorsqu'il trouvait que je ne me tenais pas assez droite.

J'ai adhéré à cette sobriété que je voulais heureuse et que Stéphane cherche à dramatiser. Il évoque les caprices de ses filles, mais oublie son propre caprice : se laisser déclasser pour bien apparaître comme victime d'un système odieux et pervers, alors qu'il pouvait faire autrement, prendre l'argent là où il était, poursuivre son travail, prendre le risque d'améliorer les choses. Il n'a pas voulu. Un point d'honneur, disait-il. Et il avait sans doute raison. L'honneur est une notion intérieure, personnelle. Il s'est prostitué à cette notion. Il a créé de toutes pièces une situation qui avait du sens pour lui. Une situation qui donnait un sens à sa vie. Je ne lui en veux pas, mais je devais ici, comme lui, pour lui, rétablir la vérité.

En tant qu'humains nous avons la capacité de transformer ce que nous imaginons en réalité. S'il existe en nous un désir profond qui devient le tissu même de notre âme, il se crée alors un chemin pour le réaliser et le vivre. De la même façon qu'il a construit sa propre vérité, Stéphane s'est maintenant donné la possibilité de se consacrer au vrai monde. Le monde qui, pour chacun, commence par soi-même. Se contenter d’être, sans question ni raison, comme un animal, une plante ou une étoile. Comme l’univers entier, attentif à lui-même. De ce point de vue, malgré son mensonge ou son auto-aveuglement concernant nos moyens financiers, Stéphane a magistralement démontré que chacun construit sa vie et son monde selon ses propres perceptions. Chacun crée la vie qu'il doit vivre, quitte à modifier la réalité pour cela. Maintenant emprisonné il rejoint la condition vraie de tout ce qui est. Il expérimente l’unicité, la connexion au tout, le grand voyage vers partout et tout le temps. Vers l’unité.

Et quand je pense à lui, libre dans sa prison, je constate – non, j’éprouve au plus profond de moi – que je l’aime, perdu et retrouvé. Je l’aime comme vous devriez l’aimer, non pas malgré ce qu’il a fait, échec ou victoire, mais pour ce qu’il a fait et qui l’a mené droit à lui-même, là où il se trouve, ici et maintenant.

Ne voyez pas de message forcé dans ces quelques phrases qu’il m’a fallu vous partager : il n’y a de message que pour celle ou celui qui se sent prêt à l’entendre. Si ce que j’avais à vous dire sur Stéphane et sur le monde résonne en vous, laissez-vous guider, suivez votre âme. L’univers vous accompagne et vous contemple. Merci d’être ce que vous êtes, pleinement.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.