27 - C'est fini

Entrée du blog au club des 27 : un dernier chapitre pour clore l'histoire et surtout la mettre en perspective avec une prise de parole de l'auteur (le vrai).

27 – C'est fini

Dernier mot des éditeurs

Roland Digoin, bien que contesté dans sa déontologie professionnelle par les deux témoignages que vous venez de lire, n’a pas souhaité réagir dans ces pages. Il nous revient donc de conclure, en assumant pleinement, et la republication des articles, et les deux réponses qui leur ont été apportées.

Notre œuvre, notre honneur même, restera toujours d’enrichir les savoirs et l’imaginaire de nos lecteurs. Si la vérité des faits évoqués n’est pas contestable, tout n’est ensuite qu’interprétation. Au lecteur de trouver donc, dans chacune des contributions présentées, matière à renforcer ou faire vaciller son opinion.

Le doute, voilà ce qui doit bénéficier à tous, et ce n’est que justice.

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Prière d’insérer accompagnant l’édition originale

Nous venons d’apprendre, au moment de faire partir ce livre vers les librairies, que M. Stéphane Gallais est décédé en détention. Selon l’administration pénitentiaire et dans l’attente des conclusions de l’enquête la thèse du suicide doit a priori être écartée.

 

 

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Comme des riches : fiction du réel (testament de l'auteur)

Voilà, fin du feuilleton au vingt-septième chapitre. Encore un membre du club des 27 qui va rejoindre Robert Johnson, Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrisson, Janis Joplin, Kurt Cobain et Amy Winehouse ? Ce serait un peu facile et lui prédirait une renommée indue. Pourtant ce livre parle de mort et de vie, de succès et d'échecs, de l'espoir qu'il y a peut-être dans une envie de liberté et d'évolution dont nous sommes tous un petit peu habités. Une histoire qu'on se raconte pour mieux aller de l'avant.

Ce roman est une fiction, bien sûr. J'ai mis plus de cinq ans à l'écrire, en parallèle avec d'autres textes. L'idée de départ était de compiler différentes anecdotes croisées dans ma vie professionnelle. Je ne suis pas conseiller en organisation, mais rédacteur publicitaire free-lance. Cette activité me met en position de rencontrer toutes sortes d'entreprises dont je dois très rapidement comprendre le contexte et les problématiques. Dès le brief initial – le document précisant la demande du client – il est possible d'en dessiner le portrait robot, de saisir l'ambiance générale et de comprendre les objectifs sous-jacents aux questions de communication. Comme je travaille en sous-traitance pour des agences je dispose souvent d'un recul supplémentaire : je ne vais souvent intervenir qu'une seule fois, à mes conditions, je n'ai pas la tête dans le guidon.

Mais cette position d'indépendant soumis au bon-vouloir d'un client m'a aussi mis plus d'une fois dans la situation décrite par Stéphane Gallais dans sa réponse aux articles. Il se crée une relation étrange entre le commanditaire et l'exécutant. En tant que professionnel j'ai envie de partager les points de vue et les objectifs de celui pour lequel je travaille. Ce sont souvent des gens brillants, charmeurs, sachant très bien argumenter en leur faveur. Le recul est difficile à prendre. On voit ce qui ne marche pas, les contradictions entre le discours et les faits. On cherche à les atténuer pour donner le meilleur de soi-même sans être freiné par des considérations morales. Jusqu'au jour où cela craque. On peut dire non, on a envie de dire non, on voudrait tellement que l'argent ou la séduction n'entre pas en ligne de compte pour tolérer ce qui n'est pas tolérable. C'est d'ailleurs le moment où l'on se demande pourquoi on l'a toléré jusqu'ici et combien de fois on a piétiné ses propres principes.

Il n'est sans doute pas simple de dessiner le cadre d'une évolution du fonctionnement des entreprises pour que chacun en sorte gagnant. Le titre initial du roman était Ça devrait suffire. Il traduisait pour moi le glissement d'état d'esprit qui devrait nous éloigner du toujours plus à l’œuvre dans l'économie libérale, mais aussi dans la gestion des services publics. Passer de Ça devrait suffire à Comme des riches n'est pas anodin. Il ne s'agit pas de l'expression d'un désespoir. Comme l'exprime Sandrine Gallais, nous pouvons, à titre individuel et collectif, sortir d'une posture du comme si pour nous reconnecter à ce que nous voulons vraiment.

Les trois narrateurs du livre représentent chacun une partie du discours intérieur qui me traverse en permanence. Qu'est-ce que j'ai intérêt à faire ? Cela va-t-il me ressembler ou m'éloigner de moi-même ? Qu'est-ce que je peux changer, en moi et autour, pour retrouver une forme de paix ? J'ai vécu ce texte, non pas comme un riche, mais comme une richesse intérieure, en laissant s'exprimer tout ce qui prenait place et donc avait sa place. Pas de bons et pas de méchants, mais des tensions que chacun expérimente à sa façon, et dont personne, Président ou Gilet Jaune, ne peut se prétendre exempt. Chaque jour, à chaque instant, la question se pose de nouveau : que puis-je faire pour donner la meilleure expression de moi-même ?

Merci à ceux qui auront lu jusqu'au bout.
Laurent Gidon

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