20 - Changement d'axe

Et de 20 : l'épouse de Stéphane Gallais apporte son regard distancié sur ce qu'a vécu la famille. Il s'agit pour elle, non d'une mise au point, mais d'une approche holistique du phénomène à l’œuvre. Les énergies qui nous gouvernent ne s'arrêtent pas aux seules personnes impliquées.

20 – changement d'axe

Mot des éditeurs :

Le texte qui suit nous est parvenu en même temps que celui de Stéphane Gallais / Pierre Bestin, mais sous enveloppe séparée. Il est signé d’une certaine Sandrine Gallais et ne se réclame pas à proprement parler d’un droit de réponse. La légitimité de son auteur ayant été vérifiée, ces quelques paragraphes nous ont semblé de nature à éclairer encore les faits sous un autre jour.

Comme il s’agissait d’un manuscrit au sens propre – écrit à la main – notre secrétariat s’est employé à en saisir les termes exacts, sans autre travail éditorial qu’une simple correction orthographique lorsque nécessaire. Les chapitres correspondent à chaque changement de papier ou d'instrument d'écriture.

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Pourquoi prendre le stylo pour vous écrire. Pourquoi réagir à ce qui a été publié dans votre journal. Pas parce que j’ai été choquée par les expressions obscènes que le journaliste met dans ma bouche. Ce qui est dit de moi dans ses articles construit une réalité aberrante, mais je m’en accommode. Ma propre réalité a plus de poids. L’image qu’on tente de donner de notre famille est une caricature qui en dit plus sur ceux qui la diffusent que sur nous. Je vous écris de bien ailleurs, de là où ma parole prend une autre importance. Je vous écris depuis la source de vérité même.

Dans les faits, il n’y a rien à ajouter à ce que vous a écrit Stéphane. Pourtant j’aimerais élargir la vision que vous pourriez avoir de ce qui nous a touchés. Je le ferai avec mes mots qui ne sont ni sociologiques ni économiques. Je vois les choses telles qu’elles sont vraiment dans leur pureté. Je les ressens au-delà d’une matérialité limitée. C’est cela que j’espère pouvoir partager. Même si je dois vous paraître un peu étrange il faut que je parvienne à exprimer ce qui est. Passer au-delà des interprétations pour partager la vérité.

D'abord, nous mettre d'accord sur ce dont nous parlons. Le monde matériel sensible, tout ce que nous pouvons voir et toucher, provient d’une même substance d’origine qu’on appellera comme on veut mais qui constitue un champ unifié dépassant nos cinq sens. Il faut avoir vécu l’expérience de l’Unité pour ne pas s’arrêter à l’apparente contradiction champ-substance de ce que je viens d’énoncer. On peut alors accepter l’inépuisable prospérité qui découle de ce champ unifié. En tant qu'humains, l'abondance sous toutes ses formes est notre droit de naissance. Nous sommes nés pour jouir totalement de la vie, pour faire l'expérience de toutes les émotions et pour que germent et fleurissent tous les potentiels qui vivent en nous. Dans ce champ, énergie et matière ne font qu’un, toujours prêts à se concrétiser pour notre conscience et selon nos besoins. Là est la vraie théorie du ruissellement, n’en déplaise à notre bon président. L'univers est toujours là pour nous soutenir et nous aider à explorer notre soi suprême, un esprit rayonnant qui mérite tout ce que la vie peut offrir. Il y a une question de confiance, bien sûr. Mais nous pouvons tous puiser dans un inépuisable réservoir de courage pour quitter notre zone de confort et nous aventurer dans un infini de potentiels, de joies, d'unité.

Paradoxal ? Sans rapport avec le monde réel ? Encore une fois, la contradiction n'est qu’apparences : certes, dans notre matérialité concrétisée, aucun bébé n’a exprimé le besoin d’une bombe au phosphore ou d’un cancer du pancréas. Mais ce besoin, comme toute autre chose précipitée dans ce que nous appelons le réel, aura pris naissance dans son âme et dans l’expérience de vie que celle-ci aura choisie. Selon ce point de vue nous sommes aussi puissants que l'univers lui-même, aussi plein de curiosité et de pouvoir sur nos vies. L’acceptation est la clé de la compréhension dans son sens le plus intime : prendre en soi.

J’aimerais, à ce stade et puisque je me suis déjà bien écartée du sujet, citer moi aussi un écrivain célèbre. Il s’agit de Barjavel, tellement célèbre que j’en oublie son prénom. Il a écrit, dans La Faim du tigre, quelque chose d’assez juste je crois sur la perte du sens des choses et que je me permets de recopier ici : « Chaque parcelle de l'Univers, du microcosme au macrocosme, est un mot du message. Les relations des mots entre eux, des atomes et des molécules, des feuilles avec les fruits et les racines, du sang et des os, de la pesanteur et de la chute, du mangeur et du mangé, des étoiles et des Voies lactées, composent une signification totale que nous ne savons plus déchiffrer, ni dans ses détails, ni dans l'équilibre de ses parties, ni dans la grande et simple évidence de son tout.

La lecture d'un brin d'herbe, d'une poignée de terre, d'une foule, d'un petit chat, des étoiles de l'été, devrait nous introduire très simplement et très profondément dans la Connaissance. L'Univers est un livre qui s'écrit sans cesse en pleine clarté. L'homme est un mot, une phrase, un chapitre de ce livre, mais il ne sait plus lire ni en lui-même ni dans les autres pages. Par son corps animal, il continue de faire absolument partie du grand fleuve de la création. Il est une goutte dans le courant, traversé par lui et lié à lui dans sa mobilité. Il est dedans, par toutes ses cellules. Mais par la pensée il a cru s'arracher à cette dépendance, explorer le fleuve à sa guise. Il a perdu le sens du courant. Il continue à être emporté, mais il ne sait plus où il va.

Il a inventé de nouvelles écritures qui lui ont fait oublier celle de l'Univers. Il a élaboré des sciences qui lui ont fait perdre le savoir. Toute son attention est appliquée à l'apparence des choses et néglige leur signification. Il est comme un enfant curieux qui suit avec le doigt le contour des lettres, et qui ne sait pas lire. Il s'est mis à faire l'inventaire de ce qui est, et ne sait plus pourquoi cela est. »

Je ne viens pas ici vous dire que j'ai appris à lire et que je sais les pourquoi. Ce que je voudrais c'est partager une expérience. Vous donner une autre lecture. Elle ne vous semblera ni juste ni légitime, mais elle est, dans l'immense domaine des possibles, et je la crois vraie. Je vous invite à lui faire une place et à la prendre en vous, aussi.

Nos succès de jeunesse, nos errements de maturité, le lent effondrement professionnel de Stéphane, mon ouverture à l’unicité, il m’a fallu les prendre en moi. Accepter cette succession d’événements pour ce qu’elle est. Mon chemin de vie, voilà. Il prend tout son sens lorsque j’examine sa trace en moi. Il n’y a rien dont je doive avoir honte. Il n’y a rien dont vous devriez avoir pitié même si quelques articles nous ont présentés comme pitoyables.

Si l’on ne s’intéresse pas à la dimension cosmique des choses on en vient vite à se dire que la vie a de bien curieuses manières. Mais il suffit de placer sa conscience au niveau adéquat pour se rendre compte que tout s’équilibre. Ce n’est pas pour moi de la conviction, ni de la croyance, encore moins une religion. Quand l’intuition vous tombe dessus, il faut juste l’admettre et en tenir compte. Elle aide à être heureux malgré tout. Cette sensation de perfection dans le bonheur, personne ne peut me l’enlever et elle ne fera que grandir si je la partage. On dirait une parabole de l’évangile à base de pains, de poissons et de multiplication. Et c’est peut-être ainsi que tout doit être.

Ne sommes-nous pas tous des gouttes d’intention divine ou des émanations du grand champ unifié ?

La justice universelle se passe bien de la volonté des hommes. Tout s’équilibre à l’atome près sans que ni vous ni moi n’ayons à lever le petit doigt. L’organisation harmonieuse se réalise sans effort. Ce fait incontestable, que les grands anciens avaient bien perçu, est de mieux en mieux compris par la science occidentale triomphante, et ce malgré son aveuglement partiel. Ils savent, ils constatent, même s’ils n’expliquent pas. Aussi je ne me sens pas tenue de rétablir l’exactitude des faits évoqués dans votre magazine et déjà rectifiée par mon mari. Si je m’adresse au monde dans ces quelques lignes, c’est pour un tout autre objectif que celui de faire valoir un quelconque droit, de réponse ou de suite.

La réalité a autant de visages que nous voulons bien lui en donner. Tous existent, en de multiples dimensions. Cette fonction créatrice de l’être intervient dans chacun de nos mots, chacune de nos pensées. Il nous arrive souvent de l’oublier, mais l’Univers trouve toujours et naturellement un moyen de nous le rappeler.

Lorsque je me suis moi aussi abandonnée à la peur, j’ai abdiqué mon pouvoir sur la réalité globale. C’est aussi simple que cela. Depuis, j’ai renoué le contact avec la puissance de mon être. En témoignant, je souhaite donner son plein rayonnement à cette puissance : ce que je dis ici aura des conséquences sur la vie et l’évolution spirituelle de tous. Écouter, lire avec son cœur, voilà les clés dont chacun de vous dispose.

Peut-être suis-je un peu longue dans cette introduction à ma vision des choses, mais je préfère être redondante. Il est si facile de mal me comprendre, surtout lorsque le sens commun refuse d’accepter ce que j’ai à dire. Ne vous laissez pas tromper par les apparences. Revenons au début. L’auteur des articles fait remonter sa prise de conscience de notre situation à un dîner où nous l’aurions croisé. On comprendra bien que pour nous le destin avait frappé bien avant. Quand un être s’engage sur une voie qui n’est pas la sienne, il n’y avance pas seul : tout est là pour lui dire son erreur, la lui murmurer ou la hurler au besoin.

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