22 - L'Univers a répondu

22ème position : se rendre compte que, même dans l'échec et dans la souffrance, quelqu'un peut se trouver à sa juste place. Non pas pour suggérer l'abandon de toute lutte, mais pour signifier que chaque étape est une avancée sur le chemin.

22 - L'Univers a répondu

Il faut savoir remercier ce qui est, car tout est réponse. Ce que Stéphane a fait, le crime qu’il a commis (si crime il y a, et seulement selon la justice des hommes) demeure pour moi la plus éclatante mise en lumière de ce que nous sommes et de ce que nous faisons, les uns aux autres. Ce qui nous est arrivé, je le compare avec ravissement à un film, encore une question de lumière, ordonnée et projetée. Un film dont le message limpide éblouira facilement celui qui ne sait voir. Un film avec son scénario, sa tension entre bons et méchants, son enjeu (s’en sortiront-ils ?), puis sa montée vers un point culminant autour de cette attaque à main armée, et puis nouveau suspense dans le suspense : réussir signifie alors faire le mal, voler, donc double tension. Bien joué ! On peut le raconter ainsi, votre journal ne s’en est pas privé. Pourtant, le message n’est pas là.

Ce que j’ai vu, vécu, ce qu’il faut en retenir, c’est la magie du cycle et la toute puissance du destin. L’âme de Stéphane cherchait à retrouver son chemin alors que son esprit et son corps avaient pris la mauvaise route. L’univers a entendu cet appel et lui a répondu. L’univers répond toujours, mais il nous arrive souvent de ne pas comprendre, voire de ne pas entendre. La réponse est venue très tôt, alors même que la question n’avait pas encore été posée.

J’ai observé mon mari avec attention pendant cette longue période qui, vue de l’extérieur, s’apparentait à une chute. Comment dormait-il ? Digérait-il bien ? Où avait-il mal ? Quels types d’incidents physiques le frappaient ? Le corps nous parle. Il murmure en permanence pour nous inciter à rester sur la bonne voie. Savons-nous l’écouter ? Non. Au contraire, nous mettons toute notre intelligence à le faire taire. Un médecin a écrit : « la santé, c’est le silence des organes ». Un tel point de vue irrigue toute la science médicale occidentale. Réduire le corps au silence… Mais c’est bâillonner l’âme !

Il faut imaginer l’âme comme le passager d’un carrosse magnifique qui serait notre corps. Toutes les fenêtres de ce carrosse sont obturées par d’épais volets ne laissant passer aucun son. L’esprit est sur le siège extérieur et conduit le carrosse. Pour dire au cocher, et donc à notre mental, qu’il a pris la mauvaise route, l’âme n’a d’autre moyen que de frapper les parois du carrosse en indiquant par l’angle des coups la direction à prendre. Si rien ne change, l’âme se verra obligée de cogner de plus en plus fort, jusqu’à être entendue. Mais, pris par les impératifs apparents de la conduite, l'esprit en vient très vite à oublier son véritable objectif qui est de réaliser le projet de l’âme. Il fonce là où cela semble le plus simple ou le plus facile et écoute de moins en moins les messages passant par le corps. Il cherche même à éviter de les recevoir. Ne vous est-il jamais arrivé, en ville, d’esquiver un bouchon en tournant dans une rue paraissant plus fluide, puis de tourner encore pour éviter des travaux, puis encore parce qu’un livreur bouchait le passage… et ainsi de suite, tout entier consacré à l’efficacité immédiate pour optimiser votre déplacement, jusqu’à en arriver à perdre de vue la destination finale ? Ce gag a été très bien illustré dans le Dîner de cons, lorsque l’aimable imbécile se réjouit d’avoir arraché un contrat au producteur au lieu d’obtenir l’information qui motivait son appel. On veut faire plus, mieux, progresser dans de multiples domaines, en oubliant le pourquoi. Notre âme se rappelle toujours son pourquoi. Et elle nous le rappelle en cognant toujours plus fort. Notre corps encaisse les coups, mais c’est notre âme qui nous parle.

L’âme est à la manœuvre lorsque notre intestin se bloque, mais aussi quand notre pied se cogne ou notre bras se casse. Il est facile de ne pas voir le message en accusant le hasard lors d’un accident soudain. Votre âme n’y serait pour rien si ce snowbordeur vous a coupé la piste et fracturé le tibia ? Réfléchissez à ce qui vous a conduit sur cette piste de ski, à cet instant-là. Pensez à la somme des hasards qui n’en sont pas, mais qui relèvent de décisions petites ou grandes : le choix d’une station de ski plutôt qu’une autre, ou l’envie de partir une minute plus tôt ou plus tard, jusqu’à ce virage à gauche plutôt qu’à droite… Ces décisions en chaîne prises par vous, qui vous ont conduit, ici et maintenant, à croiser ce surfeur sans pouvoir l’éviter et, dans un dernier geste inconscient, à présenter votre tibia contre la carre affûtée de sa planche. Que veut vous dire votre corps dans cet accident qui n’a rien de fortuit si vous le regardez sous cet angle ? Que veut vous signifier votre âme, à travers ce coup porté et parfaitement ajusté ? L’interprétation est laissée à l’appréciation de chacun, en fonction de ses croyances et de son histoire personnelle. Mais quelques constantes apparaissent et nous relient dans une langue corporelle commune.

À chacun alors revient de prêter attention et de savoir décrypter. En cas d’erreur de parcours, l’âme frappe doucement, comme un coup de sonnette pour prévenir de sa présence. Ouille ! On s’entaille le doigt en coupant le pain, on se cogne le genou à la portière en sortant de la voiture… Si l’on sait écouter son corps, et donc si l’on sait écouter son âme, il est toujours possible de rectifier la décision ou l’attitude désaccordée. Mais si l’on ignore le message ou pire, si l’on cherche à l’effacer avec des antalgiques et des anti-inflammatoires, alors il ne reste plus au corps qu’à crier son désaccord. La blessure, l’accident, la maladie, le cancer même, ne sont alors que des fausses routes qu’il convient à chacun de corriger.

L’idée peut faire hurler si elle est mal comprise. Il ne s’agit pas de détourner les blessés ou les malades de la médecine, encore moins de culpabiliser en leur disant que c’est de leur seule faute. Au contraire, je parle d’un message d’espoir qui s’adresse aussi bien aux esprits carrés qu’à ceux qui souffrent sans comprendre. « Pourquoi moi ? » disent-ils, alors que ce n’est pas la bonne question. L’espoir est de se dire « je peux changer les choses, c’est à ma portée, il me suffit d’écouter. » J’aimerais alors être là, à leur oreille, et murmurer ce que leur âme demande sous les cris de leur corps. M’écouteraient-ils ? Sans doute pas. Chacun peut parcourir sa route à sa façon. C’est d’ailleurs ce qui m’a étonné chez Stéphane.

Pour lui, aucune douleur, ni crispation ni tendinite, pas même une petite insomnie ou une constipation. Aux débuts de ses ennuis, je n’étais pas encore consciente. Je souffrais comme lui, moralement, de sa descente aux enfers. Mais aussi physiquement, comme si son âme s’exprimait à travers mon corps. Je ne savais à l’époque ni lire les signes ni écouter les âmes, et encore moins la mienne. Je vibrais de basse intensité et ne percevais que l’écume des choses. Infections urinaires à répétition, symptômes d’herpès génital, grosseur au sein gauche, diagnostic de fibrome à l’utérus, mon corps hurlait sans que je le comprenne. L’âme de Stéphane avait trouvé son médium à travers moi, son message traversait mon corps, connexion sublime que personne, ni lui ni moi, n’osait décrypter.

Je ne savais pas écouter, et pourtant j’étais prête à tout entendre. L’âme en tant que concept « me parlait », comme on dit lorsqu’un sujet trouve en soi son écho. Je me suis alors intéressée à ce qui en moi me parlait, j’ai lu des livres, rencontré des personnes éclairées. Mais ce que j’ai appris alors n’a contribué qu’à me masquer la réalité. J’ai cru comprendre ce qui m’arrivait, les maux du système reproducteur exprimant des problèmes dans le couple, des tensions ou souffrances par rapport au conjoint : je souffre pour Stéphane, pensais-je alors. Car lui ne souffrait pas, pas de façon visible, pas physiquement. J’ai cru endosser sa part de cris du corps et rendre visible ce que son propre corps n’exprimait pas. Je me trompais, bien sûr.

Je me prenais pour sa mère. En le regardant plonger sans rien pouvoir faire d’autre que l’encourager et le soutenir, j’acceptais une position maternelle que mon âme refusait. Je ne savais pas, je n’avais pas conscience de ce qui était bon alors, mais mon âme le savait. Elle m’indiquait très clairement, en cognant dans mes organes de maternité, que je faisais erreur. Non pas une erreur d’action, mais de position. Je me plaçais au-dessus de Stéphane au lieu d’être à côté pour distinguer le chemin qu’il empruntait, son chemin, afin de pouvoir prendre un chemin peut-être parallèle mais qui serait le mien.

Il m’a fallu cette prise de conscience en cascade pour comprendre enfin pourquoi Stéphane ne souffrait pas. Si son corps n’exprimait rien, c’est tout simplement qu’il allait bien, dans le bon sens. Son âme n’avait pas à tordre ou bousculer pour qu’il change de voie : il était dans sa voie. Ses échecs professionnels l’atteignaient, bien sûr. Il était touché moralement, stressé, énervé, triste, en colère, effondré parfois. Mais cet effondrement était le chemin prévu par son âme. Il lui fallait prendre ces coups venus de l’extérieur et Stéphane n’avait donc pas besoin de recevoir de message intérieur pour rester sur sa voie.

Je sais que c’est une notion étrangère à beaucoup d’entre nous. Moi-même j’ai eu du mal à entrevoir cette vérité et il m’arrive encore de douter. Mais c’est un fait : nous n’avons pas tous, pas toujours, comme mission de vie de nous améliorer, de progresser, de triompher. Chuter, perdre, se heurter à des murs, voilà autant de routes qu’un être peut prendre tout en restant sur SA voie. En la matière, Stéphane a été particulièrement bien pourvu par l’univers, notre Maître.

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