Valls et Cazeneuve ont choisi de mettre le feu à Calais.

Lundi 29 février plus de 40 cars de CRS et des bulldozers sont entrés en action pour détruire la partie sud de la "jungle" de Calais. Avec lacrymos, tirs de flashball, matraquages et canons à eau.

François Guennoc, représentant de L'Auberge des migrants explique : "Les policiers sont arrivés le matin et ont demandé aux migrants encore présents de partir et, dans la foulée, ils ont tout démoli. La façon dont c'est fait est violente, dégradante et contraire aux engagements de l'État". Un témoignage en direct décrit : " 16h50 : Grosse charge, 400 CRS, au moins deux fois plus de migrants. Les migrants jettent les cabanes sur le chemin pour que les CRS ne puissent pas passer. La situation est de plus en plus tendue. Nouvelle charge. 17h00 : Le camp est en feu : les migrants mettent le feu aux cabanes déjà détruites pour ralentir les CRS. Il y a des bouteilles de gaz dans les cabanes. Il y a de grosses explosions. Les gens crient : « Human Rights,  France de merde. »

Pour les autorités, mensonges, hypocrisie et violence vont de pair. Cinq jours seulement auparavant Cazeneuve avait affirmé sans vergogne : "Il n'a jamais été question d'envoyer des bulldozers pour procéder à la dispersion des migrants". Le même jour, Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais, déclarait : "Le recours à la force publique, on n’en a nul besoin parce que nous allons agir dans la persuasion"! Olivier Marteau de MSF a dénoncé : "Le démantèlement avait été annoncé comme pacifié , ciblant les tentes vides et les abris inoccupés. Il a en réalité ciblé tous les logements de la zone 9, densément occupée et habitée, et inévitablement dégénéré en violences, dans un camp où vivent des familles et des enfants".

Alors lundi en fin de journée les migrants ont commencé à riposter envahissant même la rocade. Ce sont bien sûr les migrants qui ont été accusés de violence. Et les activistes solidaires labellisés "No borders" accusés de manipuler les migrants qu'on ne veut pas entendre. Sans dire que le périmètre de la destruction, encerclé par la police, est interdit aux associations. Le mépris de la parole des migrants est partie prenante de la violence de l'Etat.

Les associations avaient pourtant prévenu : les migrants ne veulent bien sûr pas rester dans la jungle, mais c'est parce qu'ils et elles veulent aller en Angleterre. Pas ailleurs. Et la jungle, malgré toutes ses limites, est le lieu où les migrantEs peuvent s'organiser et survivre en lien avec les activistes solidaires et les associations. La zone, actuellement démantelée regroupe 3500 migrantEs selon un recensement précis réalisé par les associations, dont plus de 400 mineurs. Là encore les autorités ont menti pour justifier leurs exactions, prétendant qu'il n'y avait que 800 à 1000 migrants dans cette zone. Vider la jungle c'est atomiser les migrantEs et les rejeter dans des conditions encore plus indignes et dangereuses. C'est les exposer aux exactions des milices racistes et fascistes. C'est aussi exacerber toutes les tensions avec les habitantEs de la région. Mais cela, le gouvernement s'en fout. Son seul but c'est d'invisibiliser les migrantEs, les insécuriser et leur faire peur. Au risque de faire exploser la région.

A qui sait les écouter, les migrants avaient prévenu qu'ils résisteraient. Pas besoin d'activistes pour cela. Mercredi 24 février, alors que l'expulsion était temporairement suspendue par la préfecture par la saisie du Tribunal administratif par les associations, un millier de migrants ont repris la route de la manifestation du 23 janvier, passant par le centre de Calais pour aller vers le site d'Eurotunnel. Symbole du mépris actuel de l'exécutif pour la justice, la préfecture a interprété le jugement du Tribunal administratif comme un blanc-seing à l'expulsion. Alors que le jugement exclut toute destruction de "lieux de vie". Mais le recours auprès du Conseil d'Etat n'est pas suspensif...

Le mardi matin, 1er mars, l'opération policière a repris. A nouveau des migrants sont montés sur le toit de leurs cabanes. A nouveau ils ont été expulsés violemment par la police. Calais va encore brûler.

Valls et Cazeneuve ont décidé de mettre le feu à Calais. Poussant les frontières à se fermer dans toute l'Europe. Pourchassant dans le même temps et selon la même logique les réfugiés demandant l'asile dans les rues de Paris.

Valls et Cazeneuve ont décidé de mettre le feu à Calais. Au mépris de ses habitantEs. Alors que Calais aurait pu prospérer dans une logique d'ouverture et d'échanges.

Avec ce gouvernement, la guerre est bel et bien déclarée.

Denis Godard, 1er mars 2016

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