Comment est-ce qu’on pourrait jubiler devant une manœuvre communicationnelle de la maire de la ville de Paris, annonçant et réitérant une infamie qui consisterait à mettre à l’écart, à créer un « camp » aux allures de léproseries, pour "demandeurs d’asile"?
Comment on pourrait jubiler à l’idée d’un haut lieu de la mise à l’écart, dans la continuité d’une logique hygiéniste, humanitaire et concentrationnaire?
Comment est-ce qu’on pourrait jubiler à l’annonce d'une nouvelle fabrique des parias?
Pourquoi réitérer cette France des camps d’internement?
Pourquoi s'extasier à l’idée qu’un « camp aux normes » qui serait la norme pour ceux qui arrivent dans cette ville? Pourquoi jubiler à l’idée de hauts lieu, des sombres pratiques dix-Neuviémiste, d’identification, d’assignation, pour mieux trier, classer et comme souvent terrasser?
Pourquoi nous est-il impossible de repenser notre rapport à cette ville, à tous ceux qui échouent dans cette ville, autrement que par cette « norme camp »? Pourquoi nous est-il impossible de le formuler politiquement et poétiquement, par autre chose que de la récrimination ou/et de la ségrégation?
« Les camps/ et campements » informels de ces derniers mois dans cette ville, en dépit de l’extrême violence de la situation de ceux qui y ont survécu, ont pu se muer, à différent moments, en une grande singularité éphémère: quelque chose de l’ordre de la parole, de la rencontre, de la lutte, quelque chose de l'ordre d'une brèche…
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