Samedi dernier, j'ai donné deux sacs de couchage à Ayla, à sa fille de 10 ans et aussi à son tout petit fils. Ils viennent d'Érythrée et ont passé des nuits rudes derrière la Station de Stalingrad, un camp de réfugiés clandestin à Paris.
Un camp de réfugiés à Paris. Impossible! La Cité des Lumières « ternie» par un tel "fléau", qui a été "évacué" chaque fois par une administration qui ignore le problème en choisissant de ne rien faire pour les réfugiés et en se contentant de les éloigner et de les disperser pour les rendre invisibles.
La troisième évacuation du camp de Stalingrad a commencé ce matin à l'aube. Cela a commencé à cinq heures du matin jusque dans l'après-midi. Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai envoyé des textos et j’ai essayé de faire passer les informations.
Un autre volontaire qui appartient au Collectif Parisien en Soutien aux Exilés écrit:
« En ce moment, les personnes qui demandent l'asile à Paris et la région parisienne ne reçoivent aucun soutien de la part de l'Etat ni du gouvernement parisien et elles sont forcées de dormir dans les rues pendant des semaines voire des mois dans des conditions inhumaines. Les seuls à leur venir en aide sont des collectifs de volontaires. La politique du gouvernement parisien consiste essentiellement à attendre jusqu' à ce que les personnes se regroupent en un camp de réfugié informel. C'est à ce moment-là que la ville collabore avec la préfecture (l’Etat) pour évacuer le camp et redistribuer les personnes dans des centres d'accueil partout en France. »
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Des milliers de personnes, des familles avec des enfants, des hommes célibataires, des couples provenant de la Syrie, d'Érythrée, d Afghanistan ont fait la queue patiemment, attendant une place dans le bus qui les amènerait vers leur demeure temporaire.
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OFPRA, OFII, des représentants de l’Etat, Emmaüs, et d’autres représentants de larges associations étaient aussi présents. Ils ont séparé les familles du groupe en leur promettant de leur donner priorité.
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Mais ce n'est pas ce qu’il s’est passé.
J'ai vu Ayla qui a été menée hors du camp, sa jambe bandée, suivie de ses enfants. A peine hier matin elle allait bien, elle était en bonne santé, mais les conditions horribles et des situations de conflits violents font des victimes et les femmes sont souvent celles qui sont le plus durement touchées. Elle a été blessée dans une bousculade au cours d’une distribution de vêtements, au cours de laquelle elle est tombée.
Les réfugiés de Stalingrad sont maintenant placés à travers l'Ile de France, souvent très loin de Paris, ce qui reproduit la même stratégie hostile qui a été mise en place pendant les dernières évacuations de mars. Certains d'entre eux sont accueillis seulement pour une nuit, d'autres sont placés suffisamment loin pour abandonner tout retour à Paris.
En milieu d'après-midi, les bus étaient pleins et se sont dispersés laissant derrière une centaine de réfugiés livrés à eux-mêmes. Par définition, les réfugiés arrivent avec rien et l’image de leurs petits tas d’affaires abandonnés derrière eux en est encore plus poignante.
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En tant que volontaires nous avons trié, nettoyé et désinfecté ces affaires, récupérant les tentes qui peuvent encore servir, les sacs de couchage, les couvertures, nous préparant avec anxiété à la création du Stalingrad 4. Quoi qu'il arrive, nous avons besoin d’autres volontaires, de plus de soutiens, mais surtout ce qu'il faut c’est trouver une solution pour les demandeurs d’asile qui veulent un toit, une façon de subsister, des soins de santé et qui endurent dans des conditions précaires pendant des mois avant d’obtenir un entretien auprès des autorités.
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Photos: Danika Mracevic Jurisic
Une première version de cet article a d'abord été publiée en anglais sur Medium.
Merci à Julie Criniere et Clémentine Bou pour la traduction.