Communiqué des occupant.e.s de Paris 8

Alors qu'elle ne cesse de mettre en avant sa sensibilité à la souffrance des migrant.e.s, la présidence de Paris 8 envoie un policier en civil parmi un groupe de techniciens qui, démasqué, se met à frapper des étudiant.e.s. Dans un souci de dialogue serein avec les autorités de Paris 8, les occupants demandent à ce que cesse ce double discours.

Ce matin, un mail envoyé par la Présidence annonçait que pour cause de
panne de chauffage dans toute l’Université, l'université fermerait à 15h
aujourd'hui jusqu’à lundi matin. Soucieux.ses de notre sécurité, nous
lui avons alors envoyé un mail dans le but de savoir ce qu'il en était
des risques d'évacuation pour les occupant.e.s en demandant un
rendez-vous immédiat. Au même moment, nous nous sommes rendu.e.s dans
les locaux de la Présidence où nous avons rencontré M. Arnaud Laimé,
Vice-Président du Conseil d'Administration, qui nous a donné sa parole
au nom de la Présidence qu'il n'y aurait pas d'évacuation policière.

Nous avons organisé un banquet dans le hall devant la bibliothèque pour
informer la communauté des étudiant.e.s, enseignant.e.s et du personnel
de Paris 8 du rassemblement prévu plus tard dans la journée en soutien à
l’occupation. Ce banquet a été l'occasion d'échanger et de rencontrer
des personnes qui nous ont témoigné leur soutien.
        A 14h, nous avons reçu un courriel de la Présidence qui confirme par
écrit qu’il n’y aurait pas d’évacuation (voir image ci-dessous).

Vers 15h30, une dizaine de personnes se présentant comme une commission
d’hygiène et de sécurité, menée par une représentante de l’université,
est venue « de façon inopinée mais prévue depuis trois ans ».
Après qu’ils et elles aient refusé de se présenter nominativement, nous
avons reconnu un policier parmi elles et eux. Bien évidemment, sa
présence mettant en danger les personnes en situation irrégulière, nous
n’avons pu la tolérer. Nous tenons à rappeler qu’en cas d’intervention
de la préfecture, ces personnes risquent des peines très lourdes allant
du CRA à la déportation. Nous avons donc demandé aux membres de cette
visite soit de faire partir ce policier soit de revenir plus tard sans
lui. Nous avons finalement accepté le déroulement de la visite sous
condition qu’elle puisse être filmée. Au moment où nous avons commencé à
filmer, la personne que nous avions identifiée comme étant policier a
réagi par une extrême violence. Ce dernier a tenté d’arracher le
téléphone d’une étudiante de Paris 8 en train de filmer. Nous lui avons
donc demandé de partir, ce à quoi il a répondu par la force physique :
saisies corporelles, arrachage de téléphone et tentatives de coup de
poing envers des étudiant.e.s de l’Université.

Nous ne refusons pas la venue de responsables d’Hygiène et de Sécurité
interne à Paris 8. Nous avons d’ailleurs depuis le premier jour accepté
que des membres SIAPP viennent plusieurs fois par jour vérifier la
sécurité des locaux. Mais le caractère inopiné de cette venue et  la
présence dans cette commission externe à Paris 8 d’un membre de la
police nous inquiète très vivement.
        Des membres du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de
Travail (CHSCT) interne à l’Université cette fois-ci composé d’élu.e.s
et de représentant.e.s distinct du service administratif, qui se tenait
peu de temps après, n’étaient pas au courant de la visite de la
commission.

Certes, les questions qui concernent l’électricité et la sécurité ne
sont pas à prendre à la légère. Mais une évacuation sous prétexte de
problème de sécurité aurait ceci de paradoxal que les occupant.e.s sont
bien plus menacé.e.s dans la rue ou en Centre de Rétention que par des
prises électriques liées aux conditions vétustes de Paris 8. Nous
rappelons la nuit dernière, il faisait -6°C dehors et que les exilé.e.s
ont demandé à chaque rencontre avec la Présidence de leur assurer la
sécurité qu’ils et elles n’ont pas dans la rue du fait des agressions
policières permanentes. Les questions de sécurité occupent toutes nos
tentatives de dialogues avec la Présidence alors que nous aimerions
qu’elles s’accompagnent de discussions sur les papiers, le logement, les
études et l’accès à l’emploi des migrant.e.s.

La Présidence, si, comme elle l’avance dans ses propos et communiqués,
se soucie vivement de la situation des occupant.e.s, devrait logiquement
avoir ceci en ligne de mire. Par souci de cohérence, elle devrait faire
corps avec les occupant.e.s. Laisser faire une intervention policière et
ne pas l’empêcher reviendrait à ce qu’elle se positionne du côté de la
préfecture et de la police. Elle se ferait alors maillon des rouages de
la politique raciste et répressive de l’État.
        Nous regrettons la position trouble de la Présidence qui, d’un côté,
nous assure de sa préoccupation pour la situation des migrant.e.s, au
point de proposer des accompagnements juridiques individualisés, mais
d’un autre, autorise sans nous prévenir la visite d’une commission
d’hygiène et de sécurité incluant notamment un policier en civil en même
temps que des membres de l’administration de l’Université. Souffler le
chaud et le froid est un facteur de stress supplémentaire pour les
occupant.e.s. Nous espérons que cette situation ne se reproduira pas.

En ce qui concerne les négociations propres au fonctionnement de
l’université, nous tenons à rappeler que lundi après-midi, lors de la
dernière rencontre avec la présidence, les exilé.e.s ont évoqué leur
ouverture à l’idée d’utiliser la cuisine et les sanitaires de l’amphi X
afin de répondre aux problèmes de sécurité qui nous sont opposés depuis
le début comme le principal motif porté à l’encontre de notre présence à
l’université. Nous n’avons à ce jour pas obtenu de réponse à cette
proposition.

Nous rappelons également qu’un groupe de travail s’est mis en place
avec l’UFR d’Art, Philosophie, Esthétique qui utilise habituellement les
salles du bâtiment A. Il a permis de trouver, malgré la fermeture de
l’université, une solution pour chaque cours qui pourra donc se tenir à
partir de lundi. Les salles d’atelier sont toujours à disposition pour
les étudiant-e-s qui souhaitent venir pratiquer pour la préparation de
leurs épreuves de concours. Nous restons toujours disponibles pour les
enseignant.e.s, les étudiant.e.s et les personnel-le-s en cas de souci.

Nous demandons que la présidence prenne position publiquement contre
toute intervention et présence policière à l'encontre des occupant.e.s
et de leurs soutiens.

Nous demandons également que tous nos communiqués soient dorénavant
transmis sur la liste de diffusion AllP8. Ceci pour éviter la
désinformation et les rumeurs d’où qu’elles viennent.

L'appel au rassemblement des étudiant.e.s et enseignant.e.s à 18h
devant l'Université est maintenu.

Rassemblement du 8 février à l'université de Saint Denis. Rassemblement du 8 février à l'université de Saint Denis.

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