Etrange sensation, que de rentrer dans leurs tentes pour y récupérer ce qui servira aux prochains, de pénétrer dans ce qui était le peu de leur intimité, d’y découvrir ces quelques jouets, de songer à ce que ce jeune enfant a vécu ici, d’imaginer l’angoisse de sa mère... Aucun enfant ne devrait avoir inscrit dans son histoire qu’il a transité sur un trottoir. Quel sera son avenir ?
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Certains vidaient les tentes, d’autres les pliaient, d’autres les nettoieront, d’autres les stockeront… une chaine incroyable pour récupérer le « trésor de guerre » comme l’a dit un ami soutien.
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Curieux sentiment de trouver le peu de choses qu'ils ont laissé, une fois encore derrière eux... Ça c'était hier.
Hier soir nous avons passé notre soirée à essayer de savoir combien sont arrivés ou revenus et à quel endroit ils seraient " tolérés " pour passer une nuit tranquille... Eole est mort, il a rejoint Stal 1,2 et 3: les grillages en souvenir de l'enfer qu'il y a eu ici.
Le jour d'après, on se demande comment vont nos amis " évacués ", on fait circuler les infos des nouvelles qu'on arrive à avoir... au compte-goutte…
Nos questions sont les mêmes " Où sont-ils ? Comment vont-ils ? Est ce qu'on s'occupe convenablement d'eux ? Vont-ils rester ? Pour combien de temps ? Qui pourra les aider dans leurs démarches de demande d'asile, comment occuperont-ils leurs journées ?
Hier, au milieu de tout cela, il y a eu la blague du jour : alors que j'appelais un afghan pour savoir où il était arrivé, il m'a dit: " il n'y a pas la wifi, mais maintenant qu'on est dans un endroit pour faire du sport (gymnase) est-il possible d'avoir du matériel pour jouer au cricket ?" Signe d’un nouveau souffle peut être, d'un espoir, celui de reprendre des petits plaisirs de la vie... Comble du sort, depuis hier on est passé de l'hiver à l'été... Ils se sont caillés plusieurs semaines sous la pluie incessante... Maintenant, ils doivent étouffer dans leurs gymnases...
La semaine dernière, j'ai recroisé 3 jeunes, ils venaient près du camp dans l'espoir de retrouver des soutiens. Je les connais depuis 3 mois, depuis le campement de stal 2, ils m'ont demandé comment avoir des cours de français, ou aller ? Ils sont hébergés loin de Paris, ils se sont débarrassés de la gale en échange de puces de lit dans leur lieu de "mise à l'abri" ... Ils disent que personne ne s'occupe d'eux... je m'étonne, forcée de constater que l'après n'est pas au point et que les endroits où ils "tombent" relèvent d'une vraie loterie... Je me revois leurs dire en montrant le camp "step by step...Look... It's better than this ", mais qui leur expliquera ? Qui pourra les rassurer, qui pourra les considérer ?
Ce soir, demain... Un nouveau campement se reformera, s'organisera une nouvelle fois, ils choisiront l’endroit et nous serons là. Les tentes sèchent au soleil et les duvets épuisent les lavomats...