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Billet de blog 8 novembre 2017

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Golup, chapitre 4: Lettre à mon fils, par Seven

Chaque semaine depuis six mois, Seven, peintre dessinateur, se rend au centre d'Ivry-sur-seine accueillant les familles demandeuses d'asiles pour un atelier de dessin avec un groupe d'enfants. Ensemble, il dessinent leurs histoires. Quatrième chapitre d'un récit en six parties .

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Lettre à mon fils :

« J'espère que j'aurai le temps de tout préparer pour te faire naître dans ce monde de crypto-fascistes. Ces cryptos-là ne sont pas comme ceux du Stendhal moins agressif, ici c'est plus une éducation comme dans Stars Wars. Les gens sont habitués à voir un héros blanc alors quand tu remplaces Luc par un Golup du Nigeria ça fait tout capoter. C'est pareil ici  pour moi, je suis le John Boyega des ateliers de l’asso ou je suis en résidence. Ils sont racistes, c'est comme cela, ils sont justes plus jeunes. La moyenne d'âge tourne autour de 26 ans. Je dois récupérer un numéro de SIRET pour être mon premier cachet environ trois cents euros, je suis allé à la fondation Rothschild retirer les papiers avec ta mère mais depuis qu'elle est partie je ne retrouve rien, je ne suis pas fait pour les formulaires. J'ai besoin d'elle près de moi, sans toi ma Teri je suis perdu. Je vis une vie de bohème, une vraie vie. Je l'aime de tout mon cœur. Je dessine l'histoire des Golups, notre histoire, c'est pour cela que je traîne dans ces endroits mal famés. Je l'ai créé pour t'expliquer comment était le monde avant moi et comment il le sera je l'espère un jour... je n'en suis qu'au début.

Ce texte déplié devant mes yeux me fait l'effet  d'une grande feuille de papyrus, la boîte de réception que j'utilise ne contient qu'une seule page qui semble interminable. Sans doute ou que Gmail n'existera plus quand tu seras assez mûr pour comprendre cette lettre, encore Facebook ce dinosaure que j'utilise pour parler avec Claude et d'autres qui sont sur la voie de l'indignation. Ils en veulent à notre peau, ils en veulent à notre terre, ils, c'est les blancs, les jaunes et bientôt les verts, qui sait. Ils ne veulent pas partir de chez nous et ils nous appellent les immigrés, les migrants...bien que j’écrive l’histoire de mon époque à partir d'un paronyme.

Golup, Golub, Go l’up le premier tu le connais sûrement. Le second se définit lui même «comme une sorte de reporter et proteste violemment dans ses toiles contre toutes les violences et les injustices. Ses immenses toiles à message sont peintes all over et se veulent des états des lieux de la société contemporaine. Ses sujets sont en général des archétypes de victimes, de mercenaires, de policiers et de soldats. La dureté de son propos est accentuée en accumulant des couches de peinture qu'il dissout avec du dissolvant. Ainsi il fait apparaître « une image sculpturale de l'homme, ravagé et érodé... ». Il dénonce l'usage de la force et les abus que nous faisons subir à notre monde ». Je ne veux pas tout te raconter, car j'espère que tu seras un homme curieux et passionné de culture tout comme je le suis.

Pour le moment ce ne sont que des ébauches. j'en saurai plus dans trois ans. Bien que cela semble long, je pense que c'est le temps qu'il me faut pour que les premiers grands formats sortent de l'atelier.

Ton père qui t'aime ».

Illustration 1
© Seven

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