Nous, les zozos gauchos solidaires des migrants. Réponse à P. Henri, par H. El Assimi

Réponse au directeur de France Terre d'asile, qui dans un post daté du 2 aout 2016 sur son profil public facebook, a stigmatisé les soutiens aux migrants. P. Henry alimente ainsi la tentative du ministère de l'intérieur de criminaliser la solidarité, tout en prétendant critiquer ce même gouvernement pour une gestion désastreuse de l'asile... dont son organisation est un des principaux rouages...

Cher monsieur le Directeur Général Pierre Henry,

Par la présente nous souhaitons vous remercier.
Merci, pour votre probité, pour votre courage, pour votre honnêteté et pour votre esprit de résistance face aux vagues de désinformation que nous subissons.
Plus que jamais, actuellement, il importe de savoir distinguer ses faux ami-es, de ses véritables allié-es.

Merci d' informer vos 4588 amis Facebook et les 1887 personnes qui vous "suivent" que les collectifs de migrant-es, de citoyen-nes, de voisin-nes, de militant-es solidaires qui depuis plus d'un an sont présent-es sur les campements sauvages à Paris ou ailleurs ne vivent que pour avoir des images des rafles, des gazages et des matraquages de personnes à la rue.

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C'est vrai que nous n'avons pas d'autres objectifs que de faire des films entre deux sandwichs pour (qui sait ?) monter un jour les marches du palais du festival de Cannes.

C'est vrai que c'est scandaleux, inqualifiable, dangereux que des demandeurs-es d'asile aillent devant France terre d'asile pour demander l'asile !

Merci pour votre détermination, pour votre combat sans relâche pour que les migrant-es se positionnent en sujets politiques et non en victimes.
En adultes plutôt qu'en figures christiques à qui on devrait de temps en temps, et seullement lorsqu'ils et elles partagent « nos valeurs », faire la charité de leurs droits.

Nous savons que c'est pour pousser les exilé-es à apprendre le français que vous acceptez la pénurie de traducteurs dans vos locaux.

Nous savons que le fait de faire attendre Omar, soudanais de 53 ans, diabétique, dans une file en plein cagnard pendant 5 heures pour finalement ne pas lui donner un petit ticket n'est pas anodin.
Que le fait que quelques-uns de vos vigiles (encore plus précaires que certains de vos salariés) crachent à quelques centimètres des chaussures des exil-és à la porte de votre association, ou les poussent parfois violemment en expliquant aux personnes solidaires qui s' en émeuvent qu « ils » (les migrant-es) ne comprennent que la force » ne peut être innocent pour vous qui êtes si intelligent.

Merci pour votre obstination à assurer pour chaque demandeur-se d'asile un suivi toujours plus individualisé par les forces de l'ordre.
En effet, nous nous souvenons de votre élan d'Humanité le jour de l'expulsion du lycée Jean Jaurés.
Ce jour là, à rebours de toutes les autres associations qui ont refusé de participer à l’expulsion qui s’est transformée en rafle, vous avez tenu bon… aux côtés de la police pour qu'un maximum d' éxilé-es sans distinction de nationalité puissent se faire prendre leurs empreintes.

Ces vrai que nous, les "zozos gauchos" comme vous dites, prenons un immense plaisir à nous organiser pour essayer de sortir les personnes des centres de rétention administratif ou pour les accompagner à l'hôpital.

C'est vrai qu'informer des migrant-es raflé-es des démarches à faire pour contester une Oqtf, un transfert Dublin, ou pour se défendre face à l' arbitraire ou l'illégalité très fréquente des administrations est un hobby comme un autre.

C'est vrai que traduire des mots, des histoires, des doutes ou des rêves d' étranger-es, que tenter de vivre et d'exister ensemble, à égalité par delà les barrières administratives, linguistiques et sociales, est très tendance par les temps qui courent, tant dans l' Europe du président hongrois Viktor Orban, que dans ce pays.

Merci enfin de rappeler à rebours de la propagande que Calais serait une ville plus sûre que Paris (selon votre post facebook) pour les éxilé-es.
Les faits en témoignent : entre le 11 et le 26 juillet dernier 4 personnes exilées sont mortes, parmi lesquelles une érythréenne de 17 ans.

Merci de dénoncer sans relâche les mensonges insupportables des "zozos associatifs" du secours Catholique, de Délégation Pas-de Calais, d'Utopia 56, de ECNou, de la Brique, de la Cabane Juridique, du Réveil Voyageur, d'Elise Care, de l'Auberge des Migrants, d'Arras Solidarité Réfugiés, du Comité humaniste et résistant, de Terre d’Errance Norrent-Fontes, de Terre d’Errance Steenvoorde, d'Emmaüs France,Emmaüs Dunkerque, d'Emmaüs International, d'Aide Migrants Soldarité (AMiS) Téteghem, de ACCMV minorités visibles (Grande-Synthe), du Comité local du Secours Populaire Français de Vendin et Oblinghem, et de Médecins du Monde  qui affirment que début 2015, 37 personnes sont mortes à la frontière franco-britannique

Ces infâmes zadistes osant même ajouter dans une tribune publiée le 28 juillet comme nous le rappelons dans nos tracts que « Ces morts sont les conséquences funestes des décisions politiques. »

Merci à vous de dénoncer courageusement la pseudo solidarité plutôt que la soit distante répression.

Ainsi, grâce à vous, chaque jour, le mot asile fait de moins en moins référence à… la psychiatrie.

Bien à vous.

Houssam pour la chapelle Debout !

Ps : Merci aussi pour votre modestie.
Moi aussi j' aime bien être avec quelqu'un sur ma photo de profil Facebook ça va à rebours de l'hyper personnalisation, de la starification.
C'est courageux de votre part de vous afficher avec Stéphane Hessel, infatigable défenseur des sans papiers quand vous œuvrez à ce point pour faire le tri entre les méchant-es migrant-es économiques des gentil-les réfugié-es de guerre.


Moi aussi sur mon profil Facebook je suis avec un vieux monsieur.
Mais lui, il est encore bien vivant et il m' avait donné l' autorisation de m'afficher avec lui.
Il s'appelle Adolfo Kaminsky et il a fait plein de faux papiers, pour sauver des gens, les aider et parce que personne pour lui n' était illégal.
Si je suis à ces côtés, comme vous bien entendu, c'est moins pour capter sa lumière que pour m'inspirer de lui.

 

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